
Dès le dernier coup de sifflet du match Afrique du Sud – Cameroun de ce dimanche soir, la ville de Yaoundé a changé de rythme. Les Lions Indomptables venaient de se qualifier pour les quarts de finale de la CAN 2025. Ainsi, le calme fébrile des minutes d’attente a été balayé par une vague sonore continue faite de klaxons et de chants repris en chœur.
De Mvog-Ada à Bastos, en passant par l'e carrefour de la Poste Centrale, la capitale camerounaise s’est transformée en un immense espace de célébration spontanée. Dans les rues, des inconnus se prenaient dans les bras, des drapeaux surgissaient de partout et les téléphones portables filmaient cette nuit appelée à rester dans les mémoires.
Yaoundé en fête
A l’esplanade du stade Omnisports, la foule s’est densifiée à mesure que les minutes passaient. Des taxis, arrêtés moteur allumé, servaient de points d’appui à des supporters adossés sur les portières. Dieudonné, chauffeur depuis plus de vingt ans, exultait derrière son volant décoré aux couleurs nationales. « Ce soir, je ne pense plus au carburant ni aux contrôles. On a trop serré les dents ces derniers temps. Cette victoire, c’est comme si quelqu’un nous avait enlevé un poids sur les épaules », lâche-t-il, avant d’ajouter en riant que son taxi est gratuit « tant qu’on chante l’hymne ».
A Mvog-Ada, la célébration a pris une tournure plus brute, plus viscérale. Les benskineurs ont envahi les rues en convois bruyants, multipliant les accélérations et les figures audacieuses sous les cris d’encouragement. Le Mbolé (rythme musical à la mode, Ndlr) résonnait à plein volume, mêlé aux odeurs de poisson braisé et de soya. Devant son étal de beignets-haricots, Maman Suzanne essuyait une larme. « Ces enfants nous ont redonné la fierté. Quand j’ai vu le petit Kofane marquer, j’ai senti que le Cameroun respirait encore », confie-t-elle.
Plus haut sur la colline de Ngoa-Ekellé, des groupes d’étudiants ont prolongé la fête jusque tard dans la nuit. Cédric, étudiant en lettre moderne française à l’Université de Yaoundé I, y voit bien plus qu’un succès sportif. « Ce qu’on vit ce soir, c’est symbolique. Le Cameroun rappelle qu’il existe, qu’il résiste. On a gagné avec la tête et le mental, pas seulement avec les jambes. C’est ça l’esprit indomptable », analyse-t-il, persuadé que cette victoire renforce une identité collective souvent mise à rude épreuve.
Le Maroc en ligne de mire
À Bastos, dans les lounges et les appartements éclairés tard dans la nuit, la joie se voulait plus contenue mais tout aussi intense. Honorine, cadre dans le secteur privé, savoure le moment. « Ce qui me frappe, c’est le réalisme de cette équipe. On sent une organisation, une discipline nouvelle. Se qualifier encore pour les quarts, c’est une régularité qui force le respect », souligne-t-elle.
A Tsinga enfin, Pa’a Simon, retraité et ancien footballeur amateur, observait la foule avec un regard mêlé de fierté et de nostalgie. « J’ai vu passer des générations de Lions. Le secret a toujours été le mental », rappelle-t-il. Pour lui, cette nuit de liesse dit quelque chose de plus profond : « Quand vous voyez cette jeunesse debout dans les rues, vous comprenez que le drapeau ne tombera pas. Le Lion peut douter, mais il finit toujours par rugir ». Prochain rendez-vous, vendredi prochain, contre le Maroc, pays organisateur de cette CAN.
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À propos de l'auteur
Arthur WANDJI
Rédacteur sportif
Correspondant SNA au Cameroun et Gabon. Spécialiste des Lions Indomptables.
