Championnats de vacances : au Cameroun, le ballon roule pour les élites politiques
À travers le Cameroun, les tournois de football organisés pendant les vacances scolaires se transforment en vitrines politiques.
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« Ici, on joue pour le quartier, mais surtout pour le parrain ». Max, 19 ans, est l’attaquant vedette de l’équipe d’Ekié, un quartier de Yaoundé. Ce samedi après-midi, ses partenaires et lui affrontent leurs rivaux du quartier voisin sur un terrain improvisé, encadré de banderoles à la gloire d’une élite politique locale. C’est le parrain dont parle Max. Partisan du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) au pouvoir, c’est lui qui finance le tournoi. Des championnats de vacances comme celui-ci, il y en a dans presque toutes les régions du Cameroun à cette période de l’année.
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Football, populisme et ancrage local
A l’origine, ces compétitions communautaires visaient à occuper les jeunes pendant les vacances scolaires. Mais très vite, elles ont pris une tournure éminemment politique. « Ces tournois sont devenus de véritables outils de clientélisme local », analyse Etienne T. doctorant en sciences politiques à l’université de Yaoundé II. « Dans un contexte où les partis politiques sont faibles dans leur implantation territoriale, le football devient un vecteur de proximité directe avec les électeurs. Surtout en année électorale comme c’est le cas ».
Les organisateurs – députés, maires, sénateurs ou figures montantes du landerneau politique – y investissent des sommes conséquentes. Dotations en espèces, équipements flambants neufs, animations médiatiques… Tout est fait pour imposer une image de bienfaiteur, sans passer par les canaux officiels de campagne politique. « Ces compétitions sportives contribuent non seulement à la promotion des idéaux du parti, mais aussi à la mobilisation et au recrutement de nouveaux militants », atteste le parti au pouvoir sur son site officiel.
Terrain politique
Pour de nombreux jeunes, souvent sans emploi, participer à ces compétitions représente une opportunité, voire un espoir de reconnaissance. « C’est le seul moment de l’année où quelqu’un s’intéresse à notre quartier », confie Idriss, 22 ans, résidant à la Cité des Palmiers à Douala. « On peut gagner un peu d’argent, ou décrocher une aide pour les études. On peut profiter d’un match pour échanger avec le promoteur, lui donner son CV, etc. »
Mais ce système repose souvent sur une logique de loyauté implicite. Les promoteurs, profitant de l’occasion pour distiller des messages politiques, glisser des appels à soutenir ou au contraire à rejeter certains acteurs de la scène locale. Ce glissement du sport vers la communication politique s’inscrit dans une stratégie plus large de captation de la jeunesse. « Le football devient alors un espace de reproduction du pouvoir, où les jeunes sont à la fois instrumentalisés et responsabilisés ».
Ce phénomène échappe pour l’instant à toute régulation. La Fédération camerounaise de football tente depuis près de trois ans de réglementer ces tournois. Dans une circulaire signée le 22 janvier 2022, l’instance faîtière du football camerounais invite les « promoteurs de ces championnats de vacances à venir affilier ces championnats à la Fécafoot au sein des Ligues régionales et départementales de leur ressort territorial ». Pas suffisant dans un contexte où les pouvoirs publics ferment les yeux, voyant en ces championnats de vacances, un instrument de renforcement de la cohésion et de la paix sociale. Ainsi, chaque été, sur le terrain poussiéreux d’un quartier oublié, le match le plus important ne sera peut-être pas celui qui se joue entre les deux équipes, mais celui que mène, en coulisses, le sponsor en quête d’influence.
