
Incapables de marquer le moindre but, les Comores quittèrent la CAN 2025 dès la phase de groupes malgré deux nuls obtenus contre la Zambie et le Mali.
Deux petits points insuffisants avec un contenu jugé décevant, notamment face à des Zambiens qui étaient clairement à la portée des Coelacanthes. D’ordinaire joueuse, l’équipe nationale comorienne a été beaucoup plus attentiste et prudente lors de cette CAN, suscitant une certaine incompréhension chez ses suiveurs et même ses propres joueurs.
Si l’approche défensive était compréhensible contre le Maroc pour la journée d’ouverture, la manière dont la sélection joua les deux autres rencontres se réduit à une animation offensive minimaliste avec deux joueurs offensifs (Rafiki Said et Myziane Maolida) isolés du reste de leurs partenaires et des circuits de relance basiques.
Une première année exceptionnelle
Arrivé en octobre 2023 après un excellent passage au Soudan du Sud, Cusin avait immédiatement insufflé un renouveau au sein d’une équipe nationale en pleine crise avec des joueurs grévistes et des résultats maussades.
Sans renier ses principes, il avait fait adhérer l’ensemble de la fédération et de son groupe à ses méthodes en se montrant compréhensif, exigeant et ouvert au dialogue. Grâce à l’ajout de quelques binationaux nouveaux, dont Ismaël Boura, Rayan Lutin, Warmed Omari, Rémy Vita ou Zaydou Youssouf, l’effectif se bonifia et obtint sa seconde qualification à la CAN grâce à un parcours épique en terminant premier et invaincu de son groupe devant la Tunisie.
Avec un départ également parfait en phase éliminatoire à la Coupe du Monde, dont une victoire de prestige face au Ghana à Moroni, les Comores rêvaient tout haut avec un sélectionneur logiquement prolongé et revalorisé jusqu’en mars 2026.
Cusin cherchait déjà une porte de sortie
Problème, cette euphorie marqua la fin de l’apogée de Cusin avec les Coelacanthes. Dans une fédération en proie à des soucis économiques et virant carrément à l’abandon avec un président accaparé par ses diverses missions au COSAFA et à la CAF, les Comores coulaient également sportivement.
De défaite en défaite, le fantasme du Mondial 2026 paraissait bien loin avec une quatrième place sur les six équipes composant le groupe de qualification. Gangrenée par d’interminables luttes d’influence et jeux politiques en coulisses, un organigramme bancal où tout le monde s’improvise soudainement pour un rôle qui n’est pas le sien, la fédération coulait mais refusait de voir sa triste réalité.
Lassé par ce contexte, Cusin n’était également plus cet entraîneur avenant à la motivation contagieuse. Recroquevillé avec son staff italien, il cherchait depuis un moment une porte de sortie après la CAN, parlant même à l’automne avec John Williams, le directeur sportif d’Amiens, ainsi que d’autres agents pour un poste plus lucratif en Afrique.
Loin de faire l’unanimité contrairement à ses débuts, le sélectionneur s’est mis à dos une bonne partie des dirigeants lors de cette Coupe d’Afrique pour ses choix et son incapacité à transcender un groupe qui n’avait de toute façon pas les ressources physiques nécessaires pour enchaîner trois matchs en une semaine, la faute à un manque de temps de jeu en club de beaucoup de joueurs qui évoluent en plus dans des championnats moins intensifs.
D’autres départs à venir à la fédération ?
Et si les Comores sont finalement à leur place, celle d’une bonne petite équipe capable de se qualifier à la CAN mais ayant des limites face à des sélections plus costaudes, l’aventure de Cusin, dont la prolongation de contrat paraît hautement improbable, s’arrêtera finalement sur une frustration évitable si chacune des parties avait pris le temps de se parler au lieu de faire l’autruche.
Une déception pour une fédération qui devrait être (enfin) reprise en main par le président, Saïd Ali Saïd Athouman, qui n’a pas réellement goûté les desiderata de plusieurs individus avant et pendant la CAN.
En comptant les départs actés de Djamal Mohamed, dont le rôle réel échappait à beaucoup de personnes (« directeur sportif » de la sélection) et qui était revenu après une absence, et de Mohamed Thani, team manager et coordinateur sportif qui fut le relais principal pour convaincre plusieurs binationaux, l’équipe nationale sera délestée de plusieurs personnes y compris le meilleur buteur de son histoire, El Fardou Ben Nabouhane, qui a annoncé sa retraite internationale.
De quoi tourner une page pour laisser place à un avenir incertain mais peut-être nécessaire ; aux Comores plus qu’ailleurs, il était nécessaire d’arrêter de vivre seulement à travers le passé.
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À propos de l'auteur
Romain MOLINA
Rédacteur sportif
Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.
