
L'Afrique s'apprête à franchir un cap symbolique et logistique sans précédent. Après les Championnats du monde de cyclisme sur route 2025 au Rwanda et la Coupe d’Afrique des nations 2025 au Maroc, le Sénégal accueillera en 2026 les Jeux Olympiques de la Jeunesse. Il s'agit du tout premier événement olympique attribué au continent africain.
Face à ce défi majeur, le journaliste Frédéric Sohoundé, reporter à l’Agence de Presse Africaine (APANEWS), diplômé du CESTI de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et fort de plus de quinze ans d'expérience sur le terrain, publie une étude approfondie des enjeux d'organisation, de gouvernance et de retombées sociétales pour Dakar 2026.
Une dynamique continentale portée par la diplomatie sportive
Pour lui, l'attribution des JOJ s'inscrit dans une lame de fond où le sport est devenu un outil géopolitique et économique central. Longtemps réservée aux grandes puissances occidentales ou asiatiques, la tenue de méga-événements sportifs gagne aujourd'hui du terrain en Afrique.
« Les Mondiaux de cyclisme sur route à Kigali, c'était en septembre 2025. Il y a eu beaucoup de défis logistiques, liés également à la communication mais aussi les infrastructures. Et c'est pareil également pour le Maroc qui va aussi coorganiser le Mondial en 2030 avec l'Espagne et le Portugal. Alors je me suis dit qu'aujourd'hui le sport est devenu un levier de développement. Les grands pays ont l'habitude d'organiser de grands évènements depuis des années, mais en Afrique on a commencé il n'y a pas si longtemps. C'était en 2010 avec l'Afrique du Sud qui avait organisé la Coupe du monde de football et qui avait compris très tôt qu'il fallait utiliser le sport comme un levier de développement », rappelle Frédéric Sohoundé.
« Aujourd'hui, le sport est devenu un levier de développement. Plusieurs pays africains essaient de prendre le sport, d'utiliser le sport comme une arme en diplomatie et surtout comme un levier de développement », souligne t-il. « Quand on voit par exemple ce que le Maroc a eu à faire avec tout ce qu'ils ont eu à réaliser comme infrastructures, et que maintenant le pays organise maintenant presque chaque année une compétition en Afrique, on voit à quel point cela leur est profitable. »
Eviter le piège des « éléphants blancs »
L'un des axes majeurs de la réflexion du journaliste concerne la pérennité des installations. L'histoire des grandes compétitions continentales est en effet émaillée d'infrastructures coûteuses abandonnées une fois les projecteurs éteints. Pour éviter que les sites de Dakar 2026 ne deviennent de futurs « éléphants blancs », l'auteur préconise d'anticiper dès aujourd'hui la phase post-compétition.
Pour répondre à cet impératif, Frédéric Sohoundé avance des préconisations concrètes :
Un comité de gestion dédié : La création d'une structure autonome spécifiquement chargée du suivi, de la maintenance et de la valorisation des infrastructures après la clôture des Jeux.
Une programmation événementielle continue : L'organisation régulière de compétitions régionales et nationales pour faire vivre les équipements et maintenir les standards opérationnels.
Un budget de maintenance sanctuarisé : La planification de ressources financières pérennes pour faire face aux coûts d'entretien, réputés particulièrement élevés.
« Le grand défi sera de toute façon là : l'événement aura lieu, mais maintenant ça sera après. Comment il faut faire pour capitaliser, comment il faut entretenir cet héritage-là laissé à l'Afrique », insiste le spécialiste.
La communication, véritable clé de voûte de la ferveur populaire
Au-delà de l'effort d'ingénierie et de transport, la réussite de Dakar 2026 se jouera sur le terrain de l'adhésion de la population. Présent au Sénégal et après avoir pris le poul au niveau local, Frédéric Sohoundé alerte sur l'importance d'intensifier la communication pour susciter une véritable ferveur, tant au niveau national que sur l'ensemble du continent.
Le parcours de la flamme olympique à travers les 14 régions du Sénégal constitue une opportunité clé pour impliquer la jeunesse et la société civile. Cependant, l'auteur appelle le Comité d'organisation à déployer des canaux de communication interactifs et accessibles à tous afin de fournir une information pratique et transparente en temps réel.
« Il faut mettre en place des canaux de communication rapides, accessibles à tous. Il faut vite répondre aux attentes des uns et des autres parce que c'est quand même une compétition internationale. Ce qui implique qu'il faut mettre beaucoup plus de moyens. »
Un héritage pour toute une génération
Si le Sénégal est en première ligne, c'est l'image de toute l'Afrique qui sera évaluée par les instances internationales. Pour Frédéric Sohoundé, la réussite de Dakar 2026 doit servir de tremplin pour que d'autres nations africaines puissent prétendre à l'accueil de futurs événements mondiaux.
Le journaliste formule un vœu qui résume l'ambition de son ouvrage : « En écrivant ces pages, je dis que mon souhait est de transmettre cette conviction qui voudrait dire tout simplement que le sport, lorsqu'il est bien organisé et inclusif, peut inspirer des rêves, construire des talents et préparer un continent entier à relever les défis de demain. »

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À propos de l'auteur
Mansour LOUM
Rédacteur sportif
Le football africain et ses coulisses. Analyse le niveau et les défis du sport africain.
