
Nommé en juin à la surprise générale eu égard au contexte local compliqué, l’entraîneur français Stéphane Nado n’aura tenu que six mois sur le contrat d’une année qu’il avait signé avec la Fédération djiboutienne de football.
Fort d’expériences en Mauritanie et au Maroc, deux fédérations au fonctionnement autrement plus professionnel que la FDF, le décalage a été aussi brutal que les résultats : 5 défaites pour 1 but marqué et 14 encaissés !
Pas de relève suffisante
Limité démographiquement avec un peu plus d’un million d’habitants et une faible diaspora, Djibouti avait connu un sursaut sous l’impulsion de son président, Souleiman Waberi, qui avait permis à un jeune coach français, Julien Mette, sélectionneur de 2019 à 2021, de travailler librement et d’imposer des principes de jeu élaborés.
Si les résultats suivirent, avec en point d’orgue une qualification méritée au tour principal de qualification à la Coupe du monde 2022 en écartant Eswatini (2-1), la dégradation du cadre de travail, la désorganisation et les ingérences un président de plus en plus absent tarirent les progrès.
Grâce à une jeune génération incarnée par le milieu Warsama Houssein, l’un des seuls joueurs locaux à évoluer alors en Europe (Belgique, Malte), l’équipe proposait un jeu agréable avec l’incorporation d’un binational professionnel né en Norvège, Anas Farah Ali. Une expérience éphémère malgré un but face au Niger, principalement à cause d’une fédération incapable par exemple d’acheter correctement des billets d’avion et sauvée parfois par le gendre du Président de la République, Tommy Tayoro, le propriétaire de l’AS Arta/Solar 7 qui remporta le titre à trois reprises depuis 2021.
Incapable de perpétuer cet héritage de quelques années ou de préparer la succession d’un défenseur historique comme Daoud Wais, la sélection s’est enlisée de nouveau parmi les dernières du classement FIFA, aujourd’hui 196eme entre les Îles Caïmans et le Tonga.
Une politique de naturalisation pour « compenser »
Pour rester un minimum compétitif et compenser des limites athlétiques évidentes, Djibouti a misé sur la naturalisation de plusieurs joueurs évoluant dans le championnat local.
En manque de gardien de bon niveau, le portier burundais Innocent Mbonihankuye avait été le premier à bénéficier de cette opportunité dès 2019 après quatre bonnes saisons avec son équipe de l’Université de Djibouti.
Les suivants n’avaient même pas besoin d’autant de temps puisque le Nigérian Samuel Akinbinu joua pour les Requins de la Mer Rouge seulement deux ans après son arrivée à l’AS Arta/Solar 7. Avec dix buts en vingt-trois sélections, il est considéré comme le meilleur buteur de l’histoire moderne de la sélection et apporte une puissance bienvenue à un effectif souvent dominé dans les duels.
Un autre attaquant, le Ghanéen Gabriel Dadzie, a fait ses débuts en 2022 après quatre titres de meilleur buteur du championnat djiboutien tandis qu’un jeune binational né à Marseille, Yonis Kireh, a rejoint la sélection l’an dernier tout en poursuivant sa carrière en club dans une équipe d’une université américaine.
Un nouveau sélectionneur seulement « intérimaire »
Ne disposant pas des mêmes ressources financières et humaines que la majeure partie des fédérations continentales, la sélection djiboutienne aura toujours un plafond de verre. Néanmoins, en interne, plusieurs joueurs ont exprimé depuis des années leur frustration à Sport News Africa quant au manque de sérieux et de projet.
Après l’intermède Nado de six mois, la FDF a nommé un sélectionneur « intérimaire » selon son propre communiqué en la personne de Mohamed Meranah Hassan, l’actuel entraîneur des U23. Un choix à courte durée donc pour préparer le tour qualificatif épineux à la CAN 2027 qui s’annonce contre le Soudan du Sud.
Et si les Sud-Soudanais traversent également une crise, l’optimisme ne règne pas à Djibouti où plusieurs acteurs du football national attendent encore la mise en place d’une stratégie concrète. Problème, avec un président toujours plus absent mais si fier de sa nomination au Conseil de la FIFA, et un État parfois interventionniste qui n’est finalement pas allé au bout de ses enquêtes pour blanchiment, détournements et fausses factures contre plusieurs dirigeants de la fédération, l’avenir apparaît plus que jamais incertain sur les bords de la Mer Rouge...
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À propos de l'auteur
Romain MOLINA
Rédacteur sportif
Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.
