
Dans les stades de football au Cameroun, son nom circule désormais comme une évidence. A seulement 18 ans, Lys Tiwa s’impose comme une attaquante décisive, capable de faire basculer un match par un but ou une passe. « En tant qu’attaquante, mon rôle est de marquer », résume-t-elle sobrement, revendiquant un jeu porté vers l’efficacité mais aussi vers le collectif.
Sacrée « Ballon d’Or 2025 », cette distinction individuelle qui fait d’elle la meilleure footballeuse du pays, vient consacrer une progression rapide. Et ça, elle la considère comme une « récompense bien méritée pour tout le travail accompli », tout en y voyant un levier supplémentaire pour élever son niveau. Dans un environnement où le football féminin reste en quête de structuration, cette reconnaissance lui confère une visibilité nouvelle, mais aussi des attentes accrues.
Des terrains de quartier à l’élite nationale
Pourtant, le parcours de Lys Tiwa s’inscrit dans une trajectoire classique mais exigeante. Au départ, il y a simplement ces matchs improvisés dans son quartier, à jouer avec ses frères, sans autre ambition que le plaisir. Puis, progressivement, l’un d’eux perçoit quelque chose de différent. C’est lui qui, le premier, lui suggère de franchir un cap, de quitter ce cadre informel pour intégrer un véritable club. Il l’accompagne alors à ses premiers essais à AS Jeunesse Pro, une équipe locale.
C’est là que tout commence à prendre forme. Elle découvre un environnement plus structuré, des entraînements réguliers, une exigence nouvelle. Son jeu s’affine, son sens du placement s’améliore, et surtout, elle prend conscience de son potentiel. Cette première expérience agit comme un déclencheur : le football cesse d’être un simple jeu pour devenir un projet.
La suite s’écrit à AS Green City, où elle passe deux saisons déterminantes. Elle y gagne en maturité, en intensité, en constance. Mais c’est surtout lors de sa deuxième année que son parcours bascule réellement. En playoffs, son équipe affronte AS Fortuna. Le match est serré, et se solde par une défaite 1-2. Sur le papier, rien d’exceptionnel. Pourtant, ce jour-là, quelque chose se joue en dehors du score.
Car dans les tribunes, un regard s’attarde : celui de l’entraîneur de Lekie FF. À la fin du match, il vient directement à sa rencontre. Le ton est simple, presque spontané, mais les mots sont clairs : il a apprécié sa prestation et souhaite la faire venir dans son club. Quelques mois plus tard, au moment de la reprise, la promesse prend corps. Le contact est renoué, les démarches s’enchaînent, et elle rejoint effectivement Lekie FF.
Entre résilience et ambitions internationales
La progression de la jeune joueuse n’a cependant pas été linéaire. L’un des épisodes les plus marquants de sa carrière reste sa blessure lors du stage de préparation des U20 pour la Coupe du monde en Colombie. Malgré de bonnes performances à l’entraînement, elle est contrainte de renoncer à la compétition. « Cela a été très douloureux, mais je n’ai pas abandonné », explique-t-elle, évoquant un moment fondateur dans sa construction mentale.

L’Atlético Madrid en ligne de mire
À moyen terme, Lys Tiwa projette sa carrière au-delà des frontières camerounaises. Comme de nombreux talents africains, elle vise un transfert en Europe, citant notamment l’Angleterre, la France ou encore l’Espagne. Elle évoque même un objectif précis : évoluer un jour sous les couleurs de l’Atlético de Madrid.
Cette ambition s’accompagne toutefois d’une conscience des défis liés à sa notoriété précoce. L’exposition médiatique peut être difficile à gérer à son âge, reconnaît-elle, tout en soulignant qu’il ne s’agit que d’une étape dans un parcours encore en construction. Aujourd’hui érigée en modèle, Lys Tiwa adresse un message clair aux jeunes filles : discipline, rigueur et persévérance.
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À propos de l'auteur
Arthur WANDJI
Rédacteur sportif
Correspondant SNA au Cameroun et Gabon. Spécialiste des Lions Indomptables.
