
« Il est lourd sur le terrain comme un Éléphant », « Il ralenti le jeu des Éléphants », « Il n’apporte rien au milieu de terrain »...A la fin du match Egypte - Côte d'Ivoire, le 9 Janvier 2026 à Agadir (3-2), les compliments se sont transformés en quolibets pour Franck Kessié, auteur d’une prestation très moyenne face à la bande à Mohamed Salah. Le capitaine des Pachydermes, champion d’Afrique 2023, a reçu des coups de toutes parts sur les réseaux sociaux et dans les débats télévisés. Certaines critiques allant même jusqu'à demander son départ de la sélection ivoirienne. Douze ans après avoir revêtu la vareuse orange, est-il temps pour lui de dire stop?
Kessié, « l’âme » des Éléphants
Après l’élimination de la Côte d’Ivoire à la CAN 2021 qui a eu lieu en 2022 au Cameroun, Dao Gabala, alors patronne du Comité de normalisation, disait : « Nous sommes éliminés (aux tirs au but face à l’Egypte, Ndlr) parce qu'il n'y a pas eu ce leader capable de tirer les autres vers le haut. Je souhaite qu’à l’avenir, Franck prenne cette responsabilité. » Trois ans après, le joueur d'Al Ahli (Arabie Saoudite) a pris la pleine mesure de cette tâche. Capitaine respecté, cadre du vestiaire avec 101 matches pour 15 réalisations, symbole d’une génération victorieuse, Kessié demeure l’un des visages les plus emblématiques de la sélection ivoirienne.
Artisan majeur du titre continental remporté à domicile en 2023, il a incarné la stabilité, l’impact physique et le leadership dans une période marquée par de profondes turbulences. Son expérience européenne avec plus de 300 matches (Milan, Barcelone, etc), son volume de jeu et sa régularité ont longtemps fait de lui une valeur sûre, presque indiscutable. Son brassard de capitaine n’est donc ni symbolique ni usurpé. Il est le fruit d’un parcours, d’un respect acquis et d’une influence réelle au sein du groupe. Poser aujourd’hui la question de son avenir ne revient pas à renier ce qu’il a apporté mais à analyser lucidement ce qu’il peut encore offrir.
« Le problème, ce n’est pas la condition physique mais le positionnement. »
« Je dirait encore. Kessié doit continuer avec les Éléphants car il incarne le sérieux et l’expérience. Le milieu de terrain des Éléphants a besoin de joueurs nouveaux mais Kessié peut rester dans le groupe et servir de porte- étendard, de guide pour les plus jeunes », souffle Rash N’Guessan Kouassi, journaliste et ex-chef du service sport de la radio nationale ivoirienne.
Il n'est pas le seul à penser ainsi. « Stop ou encore ? Ça veut dire qu'on pense que Kessié est fini. Non, pour moi c'est encore et encore. Kessié est l’âme de l’équipe de Côte d’Ivoire actuellement. Beaucoup de personnes ont fait une mauvaise lecture de son match face à l’Egypte et de sa CAN 2025 dans sa globalité. Le problème avec Kessié, ce n’est pas la condition physique mais le positionnement. Il ne peut pas jouer correctement s'il a autour des joueurs du même profil que lui au milieu de terrain. Cette génération des Éléphants est incarnée par Kessié, il faut bâtir autour de lui », explique Dago Charles, ex-attaquant des Éléphants au début des années 2000.
Un milieu ivoirien à repenser
Le débat autour de Kessié dépasse largement son cas personnel. Il interroge sur l’architecture même du milieu de terrain ivoirien. « Nous avons eu des manques dans des secteurs de jeu. Il faut avoir l’honnêteté de le dire », a confié le président de la FIF, a froid à Sport News Africa, avant son départ pour Djibouti où a eu lieu l’Assemblée générale de la CECAFA le 7 Février 2026. À la CAN 2025, la Côte d’Ivoire a souvent aligné dans le cœur du jeu des profils similaires, misant davantage sur l’impact physique que sur la maîtrise technique. Résultat : un entrejeu combatif mais parfois limité dans la création et la gestion collective du jeu.
L’émergence de profils plus techniques, à l’image de Christ Inao Oulaï, a montré qu’une autre approche est possible. Mieux, des joueurs comme Maho Dorgeles (Sporting Braga), Ahmed Traoré (Olympique de Marseille), Guiagon Parfait (Sporting Charleroi) ou encore Patrick Zabi (Reims) sont parfaitement adaptés aux changements souhaités dans l’entrejeu des champions d’Afrique 1992, 2015 et 2023.
Plus mobiles, ces types de joueurs apportent une respiration nouvelle. La question devient alors stratégique : Kessié doit-il rester le cœur de ce système ou l’un de ses piliers secondaires ? Déjà qualifiée pour la Coupe du monde 2026, la Côte d’Ivoire dispose d’un contexte favorable mais de peu de temps pour réfléchir à cette problématique. Une chose est sûre, Franck Kessié a encore un rôle à jouer avec les Éléphants. Reste à savoir lequel.
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À propos de l'auteur
Séverin Sanh
Rédacteur sportif
Journaliste, correspondant SNA en Côte d'Ivoire.
