
La saison dernière on vous a vu crever l'écran à Leganès avec pas mal de temps de jeu. Et à l'issue du mercato, vous posez vos valises à Al-Kholood. Comment s'est fait ce choix ?
Ça a pu surprendre certains, mais ce n'était pas un choix facile. Quitter Leganés après sept ans d'histoire là-bas, ce n'était pas simple. Je suis monté avec le club en Liga, je suis le troisième joueur étranger qui a plus de matchs au club, j'étais vraiment bien là-bas. Je connaissais bien la ville, puis le club aussi. C'était comme ma famille en fait, ou même ma maison... Donc au moment du choix, partir n'a pas été simple. J'en ai parlé avec ma famille, on a discuté ensemble et puis on a choisi d'aller apprendre et vivre une nouvelle expérience ailleurs.
Le choix est tombé sur Al-Kholood parce que le projet du club m'avait vraiment plu. Quand les dirigeants m'ont appelé, on a parlé du projet car le championnat saoudien a beaucoup évolué et continue de progresser. J'ai des amis qui jouent en Saudi Pro League, je regarde le championnat de temps en temps, et il y a beaucoup de stars aussi dans ce club qui ont vécu beaucoup d'expériences en Europe, qui sont là encore, qui se donnent à fond. Forcément j'étais excité de venir ici.

Les rumeurs mercato t'annonçaient pourtant plus vers une destination européenne pour continuer ta progression...
Oui les rumeurs, mais dès que j'ai commencé les négociations avec le club Al-Kholood, le choix s'est vite fait. Etant jeune, j'ai demandé des conseils à mes grands frères, mais aussi au sélectionneur Paula Duarte. Il a connu une expérience en Arabie Saoudite, donc il a des connaissances sur le football saoudien. Il m'a beaucoup aidé, on a parlé, il m'a motivé aussi. Et je lui ai expliqué le projet, il m'a dit : "C'est intéressant, tu es jeune, il faut y aller. Il faut te fixer des objectifs". J'ai échangé aussi à Naby Keïta, qui est un grand-frère, ou encore Amadou Diawara. Avant de faire ce choix personnel, je me suis vraiment fait conseiller pour être sûr de faire le meilleur choix.
« Physiquement, techniquement, la Saudi Pro League c'est très bon comme niveau. »
L'adaptation en Arabie Saoudite se passe comment ?
Franchement, bien. J'ai eu à faire trois semaines de stage en Espagne avec le club. Il y a quelques joueurs que j'ai connus quand j'ai joué contre eux dans le championnat espagnol en deuxième division. Il y a beaucoup de talents au sein de mon équipe, et il y a beaucoup de jeunes aussi qui ont l'envie et qui veulent apprendre. J'en fais partie. Ce contexte a facilité l'adaptation et je suis content de retrouver cette belle génération qui est là de Al-Kholood. On a travaillé en préparation et là on a bien commencé le championnat, j'espère qu'on va continuer ainsi et aller chercher l'objectif qui est le maintien.

De plus en plus de joueurs se laissent tenter par la Saudi Pro League. Comment est le niveau du championnat par rapport à ce que tu as connu avant ?
Le niveau du championnat est top. Les gens ici aiment le foot, ils viennent au stade. Chaque supporter vient pour supporter son club, il y a l'ambiance, et puis les matchs sont diffusés en direct un peu partout dans le monde. Il y a des infrastructures de qualité et des joueurs de qualité. Physiquement, techniquement, c'est très bon comme niveau grâce à tous ces bons joueurs qui ont vécu des expériences en Europe, qui ont joué dans les plus gros championnats européens. Cristiano Ronaldo, João Félix, Idrissa Gana Gueye, Kalidou Koulibaly, Edouard Mendy, Gabriel Martinelli... Ça joue beaucoup au foot, et l'ambiance est top.
« On a une nouvelle chance de retrouver la CAN et nous devons la saisir. »
Il y a des sélectionneurs qui sont réticents à voir des joueurs signer en Arabie Saoudite. Est-ce que dans ton cas, Paulo Duarte et toi avez échangé à ce sujet ou tu es été totalement libre de ton choix ? D'ailleurs avant la sélection A, tu as déjà eu à disputer la CAN U23 avec la Guinée. Tu as connu la CAN 2023 aussi. Elle représente quoi pour toi cette compétition ?
Il n'y a pas eu de problème avec le coach, car il fait partie de ceux qui m'ont encouragé dans mon choix de rejoindre l'Arabie Saoudite. Donc ça ne pose pas problème par rapport à la sélection, du moment que je reste performant. A la CAN en Côte d'Ivoire, on a fait un beau parcours avec les gars. J'étais plus jeune, donc c'est une CAN qui m'a permis d'avoir du vécu, de gagner de l'expérience et prendre plus de maturité. Cette édition était la plus belle. Et la CAN c'est l'occasion de représenter tout un pays. C'est une grande fierté.
La Guinée a manqué la dernière édition au Maroc, forcément frustrant...
Oui... Personnellement, ça m'a fait mal. On avait tous les moyens pour se qualifier, malheureusement le Dieu du foot en a décidé autrement. Mais c'était aussi une belle expérience. Maintenant on a une nouvelle chance de retrouver la CAN et nous devons la saisir. Nous devons tout faire pour bien débuter ces qualifications et ça passe par un bon match en Afrique du Sud. Pas facile comme adversaire pour débuter. Mais nous sommes motivés et concentrés. On est là pour gagner, et Inch'Allah, on va gagner les trois points.

Justement, vous êtes dans un groupe particulier. Il y a un pays hôte automatiquement qualifié. Donc il ne reste qu'une place à prendre et il y a l'Afrique du Sud. Est-ce que du coup ce premier match en Afrique du Sud n'est pas déjà décisif quelque part ?
Avec cette configuration, ce match a encore plus d'importance, forcément. On est donc plus concentrés pour se préparer au mieux. On garde encore en tête notre absence à la dernière CAN et on veut retrouver cette compétition. On est conscients de l'enjeu et de l'importance du match contre l'Afrique du Sud. On sait que samedi, tout le monde va se donner à fond.
« Le public guinéen est extraordinaire. On demande à tout le monde de venir au stade calmement, supporter le Syli National. »
Ensuite il y aura le match contre le Kenya à domicile. D'ailleurs la Guinée va enfin rejouer à domicile après plus de 4 ans. Qu'est-ce que cela représente pour vous ?
C'est quelque chose dont on a beaucoup parlé entre joueurs et dirigeants. Franchement, l'état du stade aujourd'hui est magnifique, et on est contents de pouvoir rejouer à domicile devant notre public, devant la population guinéenne. C'est un vrai plaisir et on a vraiment hâte d'y être pour donner la joie au public de la Guinée. Ces dernières années on a énormément joué à l'extérieur à cause de la non-homologation du stade. Mais ce sera bientôt derrière nous. On a besoin de nos supporters, parce que dans le football aussi ça compte beaucoup. Ce sont ces petits détails-là qui font la différence aussi.
Mais le stade du 28-Septembre est aussi connu pour la pression que le public peut mettre sur ses propres joueurs. Comment allez-vous gérer cela ?
Non (sourire), l'ambiance en Guinée est extraordinaire, extraordinaire ! Depuis que j'ai commencé à jouer avec la sélection, j'ai joué un match en Guinée avec l'équipe A, et franchement, le public guinéen est extraordinaire. On demande à tout le monde de venir au stade calmement, supporter le Syli National, parce que nous, on va faire la fête en Guinée, on va gagner en Guinée, et on va rendre fier notre public. On est prêts pour ça, et on va le faire, Inch'Allah.
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À propos de l'auteur
Mansour LOUM
Rédacteur sportif
Le football africain et ses coulisses. Analyse le niveau et les défis du sport africain.
