
Deux victoires, puis un nul : le Mali a battu le Cap-Vert (3-1) et le Liberia (1-0) en qualifications pour la CAN 2027, avant de tenir le Maroc en échec en amical à Tanger (1-1). Dans cet entretien accordé à SNA, Anthony Da Silva explique comment il veut construire une équipe qui joue vers l’avant. La concurrence, la discipline et la maîtrise des temps faibles occupent une place centrale dans son projet.
« Je veux une équipe protagoniste du jeu »
Quel bilan tirez-vous de ce premier rassemblement à la tête des Aigles ?
Le bilan est positif sur les résultats, mais je suis surtout intéressé par ce que nous avons construit. Nous avons gagné deux matches importants et fait match nul contre une très bonne équipe du Maroc. Surtout, nous avons commencé à poser certaines bases. Je ne veux toutefois pas que les résultats nous fassent perdre notre exigence. Nous avons encore beaucoup de choses à améliorer, dans le jeu, les comportements et l’état d’esprit. Chaque rassemblement doit nous permettre de progresser.
Après le 3-1 contre le Cap-Vert, le Mali a davantage souffert au Liberia (1-0). Que vous inspire cette différence de contenu ?
Chaque match a sa réalité. Il faut savoir s’adapter aux caractéristiques de l’adversaire, aux conditions de jeu et à ce qu’il nous propose. Mais s’adapter ne veut pas dire renoncer à notre identité. Je veux une équipe capable de jouer vers l’avant, de prendre des initiatives et d’être protagoniste. Ensuite, il faut avoir l’intelligence de trouver les meilleures solutions en fonction des joueurs et des situations.
Cette victoire difficile au Liberia est-elle aussi le signe d’une équipe qui apprend à gagner ?
Oui. Une équipe qui veut aller loin doit savoir gagner de différentes manières. Il y aura des matches où nous jouerons très bien, avec beaucoup d’occasions, et d’autres où il faudra être plus patients, plus solides et accepter de souffrir. L’important, c’est de garder nos principes et notre discipline. La difficulté ne doit jamais provoquer de panique. Elle doit nous obliger à trouver des solutions.
Quelle identité souhaitez-vous installer chez les Aigles ?
Je ne veux pas choisir un mot simplement pour définir notre football. Je veux une équipe protagoniste du jeu. Cela signifie vouloir le ballon quand c’est possible, avancer, presser lorsque les conditions sont réunies, être capable de faire mal dans les transitions et surtout avoir la volonté de jouer vers l’avant. L’adaptation à l’adversaire est importante, mais elle ne doit pas nous faire perdre notre personnalité. Nous devons pouvoir adapter notre manière de jouer sans changer notre mentalité.
Après trois rencontres, avez-vous déjà une idée précise de l’équipe que vous voulez construire ?
J’ai une idée très claire des principes que je veux installer. Après, une équipe se construit dans le temps. Je veux une équipe disciplinée, exigeante, courageuse, capable de prendre des initiatives et de jouer vers l’avant. Mais je veux aussi une équipe construite autour des caractéristiques de ses joueurs. Je ne vais pas demander à un joueur de faire quelque chose qui ne correspond pas à ses qualités. Notre travail consiste à trouver les meilleures solutions pour que chacun puisse exprimer son potentiel et se sentir à l’aise sur le terrain.
« Le passé ne donne aucun statut »
Qu’avez-vous découvert de votre groupe durant ce rassemblement ?
J’ai découvert encore davantage les hommes derrière les joueurs. Un rassemblement permet d’observer les comportements au quotidien, la capacité à vivre ensemble, à accepter les exigences et à répondre à la concurrence. C’est essentiel pour moi. Le talent est important, mais le comportement, la discipline et l’engagement collectif le sont tout autant.
La hiérarchie est-elle encore ouverte, notamment après les bonnes prestations de certains nouveaux venus ?
Elle reste ouverte. Le passé se respecte, mais il ne donne aucun statut. Un joueur qui a beaucoup joué avec la sélection mérite le respect pour ce qu’il a accompli, mais il doit continuer à démontrer chaque jour qu’il mérite sa place. Un nouveau joueur doit également pouvoir gagner la sienne par son travail. La concurrence doit être saine. Elle doit tirer tout le monde vers le haut.
Ange Tia a marqué pour ses débuts contre le Cap-Vert. Que retenez-vous de sa prestation ?
Il a montré de la personnalité et sa capacité à répondre présent. Marquer pour ses débuts est évidemment positif, mais je ne veux pas réduire son apport à un but. Ce qui m’intéresse, ce sont ses qualités, ce qu’il peut apporter au collectif et les situations dans lesquelles il peut être le plus performant. Ensuite, à lui de continuer à travailler. Il n’y a pas de statut acquis après un bon match.
Le milieu de terrain offre de nombreuses possibilités, avec notamment Amadou Haïdara, Mamadou Sangaré, Kamory Doumbia et Lassana Coulibaly. Comment comptez-vous trouver les bonnes complémentarités ?
C’est justement notre responsabilité. Je ne veux pas simplement aligner les meilleurs joueurs individuellement. Je veux trouver ceux qui, ensemble, donnent le meilleur équilibre à l’équipe. Chaque milieu possède ses qualités : certains apportent dans la construction, d’autres dans la projection, la récupération, la capacité à casser les lignes ou à jouer entre les espaces. À nous de construire les associations qui permettent à chacun d’exprimer ses qualités.
« Nous avons vu que nous pouvions rivaliser »
Le nul contre le Maroc (1-1), à Tanger, constituait un test d’un autre niveau. Qu’en retenez-vous ?
Ce genre de match est très intéressant parce qu’il nous permet de mesurer nos exigences face à une équipe de très haut niveau. Nous avons vu que nous pouvions rivaliser, mais nous avons également identifié les domaines dans lesquels nous devons encore progresser. C’est exactement l’intérêt de ces rencontres : savoir où nous sommes et surtout comprendre où nous devons aller.
Le Mali a connu des temps faibles avant de réagir. Cette capacité à revenir dans la partie est-elle un enseignement important ?
Oui, c’est un élément important. Une équipe ne peut pas contrôler les 90 minutes de la même manière, surtout face à un adversaire de ce niveau. Ce qui m’intéresse, c’est notre capacité à réagir sans perdre notre discipline. Quand nous sommes en difficulté, nous devons rester une équipe. Et quand nous récupérons la maîtrise, nous devons avoir l’ambition d’aller vers l’avant. Cette personnalité collective, je veux la développer.
Quels sont les principaux axes de progression après ces trois matches ?
Je ne parlerais pas d’inquiétude, mais de domaines de progression. J’ai apprécié notre capacité à rester compétitifs, notre état d’esprit et certaines séquences offensives. Mais nous devons progresser dans la maîtrise de certains temps faibles, la régularité de notre pressing, notre efficacité et notre capacité à contrôler les matches lorsque nous avons l’avantage. Le haut niveau se joue dans les détails. Nous devons être exigeants sur ces détails.
Quatre buts inscrits et un seul encaissé lors des deux premières journées de qualification : êtes-vous satisfait de l’équilibre de votre équipe ?
C’est encourageant, mais je ne veux pas que nous nous satisfassions de statistiques après seulement deux matches. Je veux une équipe capable de défendre ensemble et d’attaquer ensemble. Pour moi, l’équilibre commence par le comportement collectif. Lorsque nous perdons le ballon, tout le monde doit être concerné. Lorsque nous l’avons, tout le monde doit proposer des solutions. Notre ambition est d’être une équipe qui joue vers l’avant tout en conservant une grande discipline collective.
« Notre ambition doit être grande »
Avec six points sur six, le Mali peut-il désormais viser la première place de son groupe en qualifications pour la CAN 2027 ?
Notre obligation, c’est d’être compétitifs à chaque match et de respecter notre objectif de qualification. Nous avons bien commencé, mais rien n’est terminé. Je préfère parler d’exigence que d’obligation. Chaque match doit être préparé pour gagner. Si nous voulons atteindre nos objectifs, nous devons garder cette discipline, cette humilité et cette ambition jusqu’au bout.
Quel Mali voulez-vous présenter aux supporters maliens dans les prochains mois ?
Je veux que les supporters reconnaissent une équipe qui leur ressemble : une équipe avec du caractère, de la discipline, de l’ambition et de la générosité. Je veux une équipe protagoniste, qui joue vers l’avant, prend des initiatives et ne renonce jamais. Mais je veux aussi une équipe intelligente, capable de s’adapter aux situations sans perdre son identité.
Le passé du Mali doit être respecté. Les joueurs qui ont écrit cette histoire méritent notre respect. Mais le passé ne donne aucun statut. Avec moi, l’attitude ne se négocie pas.
Chaque joueur doit comprendre qu’il est au service du collectif et que sa place se gagne par le travail, les performances et le comportement.
Jusqu’où pensez-vous pouvoir emmener cette équipe ?
Je préfère ne pas fixer de limites aujourd’hui. Nous allons avancer étape par étape, avec beaucoup d’exigence. Notre ambition doit être grande, mais elle doit toujours être accompagnée par le travail.
Entretien SNA
Sources
Entretien réalisé par un journaliste SNA, transmis à la rédaction. Résultats recoupés avec Ouest-France, Mali–Cap-Vert, 25 septembre 2026 et L’Essor, déplacement au Liberia, 1er octobre 2026. Contrôle du 9 octobre 2026. Amical recoupé avec MatchMali, Maroc–Mali à Tanger, 4 octobre 2026. Première convocation d’Ange Tia documentée par PANA, liste des Aigles du 11 septembre 2026.
Photographie d’archive : les Aigles à l’échauffement à Limbe, le 12 janvier 2022. HAPPI RAPHAEL MBIELE / Wikimedia Commons. Photographie adaptée sous CC BY-SA 4.0 : recadrage et ajout du logo officiel SNA. Elle illustre la sélection malienne et ne représente ni le rassemblement de 2026 ni cet entretien.
Rejoignez notre communauté sportive !
Suivez-nous sur les réseaux sociaux pour ne rien manquer de l'actualité sportive en temps réel.
Tags
À propos de l'auteur
Drissa NIONO
Rédacteur sportif
Journaliste Le Buteur et correspondant SNA au Mali.
