
Une triple nationalité
Né en France de parents togolais, Marvin Senaya (21 matchs et 1 but avec Auxerre cette saison) était naturellement éligible à représenter le Togo sur le plan international. Et le staff des Eperviers a rapidement coché son nom parmi les binationaux à convaincre, alors qu’il venait d’intégrer le groupe professionnel de Strasbourg, son club formateur. A cette époque, beaucoup ignoraient ces racines ghanéennes, pays de ses grands-parents.
« Marvin a une triple nationalité en ce sens où il est né en France et est naturellement Français. Il est Togolais d'origine de par ses parents, sa maman et moi et il est aussi Ghanéen de par le droit de mes parents qui sont d'origine ghanéenne, nous sommes d'Anyako (un village de la région de la Volta, à l'Est du Ghana et qui fait frontière avec le Togo) », clarifie Mawuko Senaya, son père, dans une interview à cœur ouvert sur Sport FM, une radio basée à Lomé, la capitale togolaise.
« En termes de contact concernant Marvin, le (premier) contact avec l'équipe du Togo remonte à trois-quatre ans déjà. Et à l'époque - je vais dire les choses telles qu'elles sont - on a été contacté par le Team Manager (Serge Akakpo). A l'époque, Marvin revenait de prêt de Rodez où il a fait une forte saison et a donc intégré le groupe (professionnel) de Strasbourg de Patrick Vieira. Pour nous, il intégrait une équipe où il avait tout à prouver, donc on ne pouvait pas lui permettre de rejoindre l'équipe nationale avec des allers-retours. Il fallait qu'il se concentre sur sa carrière (en club) et essaie de gagner sa place. Ce qui a été fait, mais le garçon s'est malheureusement trouvé dans une situation complexe en ce sens où le nouvel entraîneur (Liam Rosenior, aujourd’hui à Chelsea) ne le faisait plus jouer... Il a été transféré à Auxerre l'été dernier où il performe et est en pleine possession de ses moyens. C'était ça le premier contact avec le Togo », poursuit Senaya père.
La tentative échouée de Daré Nibombe
Alors que les lignes ne bougeaient plus après les premiers contacts noués par Serge Akakpo, l’ex-sélectionneur des Eperviers du Togo, Daré Nibombe a décidé de prendre les choses en mains. Ce dernier a donc appelé Mawuko Senaya avec lequel il a évolué en sélection pour accélérer la venue de son fils Marvin en sélection. Refus catégorique de ce dernier.
« Le dernier contact avec le Togo ? C'était à l'époque de Daré Nibombe. Il m'a téléphoné et m'a dit, "mon frère, j'ai besoin de ton fils". J'ai rigolé parce qu'à ma connaissance, le fils de Mr Nibombe est un footballeur, un très bon footballeur d'ailleurs. Pourquoi lui-même n'intègrerait pas son propre fils dans l'équipe nationale, mais il viendrait chercher mon fils ? C'est quand-même aberrant », s’étonne Mawuko Senaya.

Il invite d’ailleurs le Togo à revoir sa politique sportive nationale, en revenant à la formation à la base pour créer de champions : « Il ne s’agit pas de laisser les autres arroser et venir cueillir. Il faut commencer quelque part. C’est le problème de notre équipe. Il faut que nous pensions à former les joueurs au plus bas âge. Il ne faut pas cueillir les choses quand c’est tout fait », conseille-t-il. Puis d’ajouter : « Ma dernière conversation avec Daré (concernant son fils Marvin) remonte à un an et demi voire deux ans. »
« Marvin n’a jamais donné son accord pour jouer pour le Togo »
C’est donc avec l’explosion de Marvin Senaya à Auxerre que le Ghana est rentré en jeu avec fracas. Le staff des Black Stars a présenté un projet de carrière solide et cohérent qui ont convaincu le clan Senaya. « Entre temps, il y a eu d’autres nationalités qui nous ont contacté, notamment celle du Ghana dont Marvin détient effectivement la nationalité. Ils nous ont fait une proposition de carrière pour lui au sein de l’équipe nationale des Black Stars. Et pour être honnête, quand on met en place un projet de carrière, il faut voir l’évolution exponentielle et ce que cela peut rapporter au joueur », explique Senaya pour justifier le choix de son fils, Marvin.
Et pour l’Auxerrois qui peut disputer la prochaine Coupe du monde avec les Black Stars contrairement au Togo qui n’en a plus jouée depuis 2006 et son unique participation tout en ratant les quatre dernières Coupe d’Afrique des Nations, le choix a été vite fait.
« Aujourd’hui, connaissant la situation instable de l’équipe du Togo, je pense que toute personne logique, avec une réflexion logique irait vers une équipe dont le talent peut permettre de se rapprocher des clubs qui permettent au gamin d’évoluer dans sa carrière, positivement. Donc, une proposition ghanéenne basée sur des assurances en cas de blessures, et autres », a révélé Mawuko Senaya qui assure ne pas avoir de « regrets » de voir son fils représenter une autre nationalité que la sienne.

Cependant, le Togo a quand-même convoqué Marvin Senaya pour cette trêve de mars, au moment où la presse ghanéenne annonçait qu’il a donné son accord pour rejoindre les Black Stars. « Senaya a été contacté il y a trois semaines. Sa réponse a été positive pour le Togo. Il a donné son accord. Après, je ne vais pas rentrer dans les polémiques. On attend et après on tirera les conclusions », a révélé Patrice Neveu en conférence de presse. Mais jamais, le latéral droit d’Auxerre n’a ouvertement dit « Oui » au Togo, selon son père.
« Le gamin a eu un contact direct avec le Team Manager du Togo. Ils ont eu à échanger. Moi je n’étais même pas au courant. Mais je peux vous dire que depuis l’arrivée du nouvel entraineur, à aucun moment, un membre de la fédération togolaise de football ne m’a contacté pour que Marvin puisse venir en équipe nationale. Le gamin me dit qu’il a discuté avec Serge, mais il ne lui a jamais donné son accord comme quoi il intégrerait l’équipe nationale du Togo », assure Mawuko Senaya.
Amateurisme et rancœur du passé
Le fait que Marvin Senaya soit inclus dans la liste de Neveu a surpris sa famille, et quelque peu révolté Mawuko Seneya qui a déploré le manque de professionnalisme de la Fédération, d’autant plus que le joueur n’a jamais donné son accord.
« Donc on a été surpris. J’entends des bruits comme quoi le gamin aurait donné son accord. Le gamin ne peut jamais donner son accord sans l’aval de sa cellule familiale. Partant de ce principe, c’est un manque de professionnalisme crucial que d’intégrer un joueur dans un groupe dont il n’a même pas donné son accord. Que chacun fasse son travail avec professionnalisme, parce que là, c’est vraiment de l’amateurisme », regrette Mawuko Senaya qui va se rappeler de son souvenir le plus triste avec le Togo et qui l’a visiblement poussé à soutenir le choix de son fils de jouer pour le Ghana.

En effet, l’ancien milieu de terrain togolais révèle avoir été abandonné par la Fédération togolaise de football (FTF) après sa blessure en juin 2008 lors de la victoire (6-0) contre l’Eswatini. C’était d’ailleurs son dernier match sous le maillot des Eperviers.
« Après ma blessure, personne ne n’est occupé de moi. J’ai dépensé moi-même, il n’y a pas eu d’assurance. Rien du tout. Et jusqu’ici pendant l’hiver je peux vous avouer que ce sont des souffre douleurs pour moi. Je souffre énormément. Et quand on voit ces genres de choses on a mal au cœur. Quand je vois comment souffrent les anciens joueurs, je peux vous avouer que ça fait très mal qu’on ait pu passer tout le temps en équipe nationale à défendre la patrie et qu’au bout on finisse oubliés », a-t-il ajouté, déçu.
Pour un fils d’un ancien international togolais, c’est une grande première qui pourrait créer une jurisprudence à l’avenir. Le fils de Daré Nibombé, Samuel, évoluant à l’AS Monaco joue avec les Espoirs de la Belgique, du haut de ses 18 ans. Adékambi Olufade, un autre ancien international dont le fils, Kingsley Olufade (18 ans) évolue avec les U19 de Lille, a préféré ne pas aborder cette question.
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À propos de l'auteur
Aimé ATTI
Rédacteur sportif
Journaliste, commentateur sportif, baignant dans le sport et le football africain.
