
L’édition 2026 des Jeux Olympiques d'hiver marque un bond spectaculaire pour l'Afrique : 14 athlètes de 8 nations, contre 6 athlètes de 5 nations à Pékin 2022. Dix concourent en ski alpin, trois en ski de fond, un en ski freestyle et un en skeleton. Deux pays font leurs débuts historiques : le Bénin et la Guinée-Bissau. Voici le portrait complet de chaque délégation.
Afrique du Sud, plus grande délégation africaine
L’Afrique du Sud aligne sa plus grande équipe de l’histoire aux JO d’hiver, surpassant le record de 4 athlètes envoyés à Squaw Valley en 1960. Les cinq représentants font tous leurs débuts olympiques.
Lara Markthaler (18 ans) - Ski alpin (slalom, slalom géant). Née à Munich d’un père allemand et d’une mère sud-africaine, elle skie depuis qu’elle sait marcher. Première skieuse alpine féminine sud-africaine aux JO d’hiver. Expérience précédente aux JOJ de Gangwon 2024.
Thomas Weir (17 ans) - Ski alpin (slalom, slalom géant). Jeune étoile montante connue pour son style d’attaque audacieux.
Malica Malherbe (21 ans) - Ski freestyle (bosses / dual moguls). Discipline spectaculaire mêlant vitesse, virages techniques et figures aériennes sur tremplins.
Matthew Smith - Ski de fond. Surnommé le « Snowbok », il sera co-porte-drapeau de la nation arc-en-ciel à la cérémonie d’ouverture aux côtés de Nicole Burger.
Nicole Burger (31 ans) - Skeleton. Ancienne joueuse de rugby à 7, elle est la première femme sud-africaine en skeleton aux JO. Co-porte-drapeau à la cérémonie d’ouverture.
Mialitiana Clerc, record africain en vue avec Madagascar
Mialitiana Clerc (24 ans) - Ski alpin (slalom géant). Figure emblématique. Ses débuts remontent à PyeongChang 2018 à seulement 16 ans. Milano-Cortina constitue ses 3ᵉ JO d’hiver : elle devient ainsi la première femme africaine à participer à trois éditions des JO d’hiver, toutes disciplines confondues. Un record historique pour le continent.
Mathieu Neumuller (Mathieu Gravier) - Ski alpin (slalom géant). 2ᵉ participation olympique après Pékin 2022.

Le Maroc entre jeunesse et expérience
Pietro Tranchina (22 ans) - Ski alpin (slalom, slalom géant). Né à Susa, dans le Piémont italien, d’un père italien et d’une mère marocaine. Il a changé de nationalité sportive pour le Maroc en juin 2025.
Abderrahim Kemmissa - Ski de fond (10 km freestyle). Originaire de Chartreuse en France. Le Maroc en est à sa 8ᵉ participation aux JO d’hiver depuis ses débuts à Grenoble 1968 et sa 5ᵉ participation consécutive.
Le Kenya mise sur Issa Laborde
Issa Laborde (18 ans) - Ski alpin (slalom géant). Né et élevé en France, il a choisi de représenter le Kenya, pays de sa mère. Débuts internationaux aux JOJ de Gangwon 2024. Compétition prévue le 14 février.
Samuel Ikpefan, espoir du Nigeria
Samuel Ikpefan (33 ans) - Ski de fond (10 km skiathlon). Né et élevé dans les Alpes françaises, il représente le pays de son père. Seul représentant et porte-drapeau du Nigeria à Pékin 2022, où des complications liées au Covid-19 avaient affecté sa préparation. Fait notable : Ikpefan est le premier skieur olympique d’hiver nigérian, le Nigeria ayant fait ses débuts en 2018 avec une équipe de bobsleigh féminin.

L'Erythrée avec Shannon-Ogbnai Abeda
Shannon-Ogbnai Abeda (29 ans) - Ski alpin (slalom géant, slalom). Né à Fort McMurray, Alberta (Canada), de parents érythréens. Il a commencé le ski dans les Rocheuses canadiennes. Premier athlète érythréen aux JO d’hiver (PyeongChang 2018 : 61ᵉ en slalom géant), il a ensuite subi 10 opérations chirurgicales avant de revenir à Pékin 2022 (39ᵉ). Milano-Cortina sera ses 3ᵉ et derniers Jeux Olympiques, motivé par la perte d’un ami proche qui lui a redonné la flamme.
Première historique pour le Bénin et la Guinée-Bissau
Nathan Tchibozo (21 ans) - Ski alpin (slalom, slalom géant). Né en France, il entre dans l’histoire comme le tout premier athlète béninois aux JO d’hiver. Le Bénin rejoint le club très fermé des nations africaines ayant participé à des Jeux d’hiver.
Winston Tang (19 ans) - Ski alpin (slalom géant). Né à Park City, Utah (USA), d’origines taïwanaise, américaine et bissau-guinéenne. La Guinée-Bissau est la troisième nation qu’il représente en compétition. Un parcours unique qui incarne la mondialisation du sport.
Le paradoxe de la diaspora
La quasi-totalité des 15 athlètes africains de Milano-Cortina sont nés ou ont grandi à l’étranger : en France (Ikpefan, Tchibozo, Laborde, Kemmissa), au Canada (Abeda), en Allemagne (Markthaler), en Autriche (Simader), en Italie (Tranchina) ou aux USA (Tang). Ils choisissent de représenter le pays de leurs parents ou de leur héritage. Ce schéma révèle une réalité structurelle : l’absence d’infrastructures hivernales en Afrique rend quasiment impossible la formation locale d’athlètes de sports d’hiver.
Visibilité et inspiration
Bien que les chances de médaille soient minces, l’impact de cette participation dépasse largement le tableau des résultats. Chaque athlète africain sur la neige olympique repousse les stéréotypes géographiques et inspire de nouvelles vocations. Comme le résume Shannon Abeda : « J’espère qu’il y a un petit gamin érythréen quelque part qui voit ce que j’ai fait et se dit : si Shannon l’a fait, je peux le faire aussi. »
Le rôle clé de la Solidarité Olympique
Huit des 15 athlètes africains (Ikpefan, Tang, Clerc, Gravier, Abeda, Markthaler, Laborde et Simader) ont bénéficié d’une bourse de la Solidarité Olympique du CIO, couvrant les coûts d’entraînement, d’équipement et de déplacement. Ce programme est vital pour assurer la représentation de nations qui n’ont ni fédérations de sports d’hiver structurées, ni budget dédié.
De la participation à la compétitivité : le chemin reste long
Depuis 1960, aucun athlète africain n’a remporté de médaille aux JO d’hiver. En comparaison, le continent a accumulé plus de 400 médailles aux JO d’été. Le seul succès majeur reste la médaille d’or du Marocain Adam Lamhamedi aux JOJ d’hiver 2012 à Innsbruck en ski alpin. Pour passer de la présence symbolique à la compétitivité réelle, l’Afrique devra investir dans les infrastructures et la formation.
L’Afrique peut-elle développer ses infrastructures de sport d'hiver ?
La question peut sembler provocante, mais elle est légitime. Le continent africain possède des massifs montagneux enneigés, des altitudes rivales de certaines stations alpines, et surtout un potentiel touristique inexploité. Cependant, les défis restent immenses.
Quelques infrastructures existent déjà, mais leur état est précaire :
Oukaïmeden (Maroc) : Plus haute station d’Afrique à 3 262 m dans l’Atlas, à 80 km de Marrakech. Construite dans les années 1940 sous l’administration coloniale française. Ses remontées mécaniques ne fonctionnent plus depuis plusieurs années. Un projet de rénovation de 75 millions de dirhams (8,25 M$) est annoncé pour 2026, incluant un nouveau télésiège, cinq téléskis et de nouvelles pistes. Mais le scepticisme demeure : des plans similaires sont annoncés depuis 30 ans sans jamais se concrétiser.
Afriski (Lesotho) : Unique station du Lesotho, située à 3 050 m dans les montagnes Maluti. Piste principale d’1 km. Fondée en 2002, elle constitue l’une des deux seules stations de ski en Afrique subsaharienne. Elle a connu des difficultés opérationnelles ces dernières années mais reste la station la plus fiable du continent.
Tiffindell (Afrique du Sud) : Seule station sud-africaine, située à 2 700-2 930 m dans l’Eastern Cape. Fermée depuis 2020 (pandémie). Actuellement en vente. Paradoxalement, elle abrite la première académie de ski d’hiver d’Afrique (ouverte en 2014) et a formé des enfants défavorisés via le programme « Ikephu Ski Pups ».
Michlifène (Maroc), Chréa (Algérie) : Stations dont les remontées mécaniques ne sont plus opérationnelles.
Plus qu'une compétition, une déclaration
Milan-Cortina 2026 ne donnera probablement pas de médaille à l’Afrique. Mais ces 15 athlètes portent un message plus puissant que n’importe quel podium : la géographie n’est pas une fatalité. Le passage de 6 athlètes en 2022 à 15 en 2026, l’arrivée de deux nouvelles nations (Bénin et Guinée-Bissau), la diversification des disciplines (skeleton, freestyle) et l’émergence de figures comme Mialitiana Clerc — première femme africaine triple olympienne d’hiver — témoignent d’une dynamique réelle.
Pour que cette dynamique devienne durable, le continent devra investir : dans des académies de sport, des partenariats avec des fédérations européennes, des bourses de formation, et à terme, dans des infrastructures montagnardes adaptées. Le Maroc, le Lesotho, l’Afrique du Sud, mais aussi l’Éthiopie et l’Ouganda ont les conditions topographiques pour y parvenir.
L’Afrique ne manque pas de montagnes. Elle manque encore de volonté politique et d’investissements structurels pour transformer ses sommets en tremplins olympiques.
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À propos de l'auteur
O. GOMUS
Rédacteur sportif
Passionné de ballon rond et notamment de grandes affiches.
