Mondial 2010 : la main de Suárez et le rêve brisé du Ghana

2 juillet 2010, Johannesburg, Coupe du monde 2010, quart de finale. Le Ghana avait l’histoire à portée de main. Malheureusement, il aura fallu un geste de la main d'un Uruguayen, des poteaux et la malédiction des tirs au but pour que les Black Stars ne traversent jamais la frontière de l'ultime carré.

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Mondial 2010 : la main de Suárez et le rêve brisé du Ghana

Il est des défaites qui marquent l'histoire autant que les victoires. Le 2 juillet 2010, au Soccer City Stadium de Johannesburg, le Ghana n'a pas seulement perdu un match de football. Les Black Stars ont perdu, dans les ultimes secondes de la prolongation, le droit d'inscrire pour l'Afrique entière une page inédite dans l'histoire de la Coupe du monde.

Pour la première fois, un Mondial se jouait sur le sol africain. L'Afrique du Sud avait relevé le défi organisationnel. Il restait au football africain à relever le défi sportif : atteindre les demi-finales, là où aucune sélection du continent n'avait jamais mis les pieds. Le Cameroun de Roger Milla, le Sénégal de 2002…tous avaient buté avant ce stade. Le Ghana, lui, était à un but de briser le plafond de verre.

Un parcours de conquête

La campagne ghanéenne avait tout d'une marche en avant collective et déterminée. Versés dans le Groupe D aux côtés de l'Allemagne, l'Australie et la Serbie, les Black Stars avaient d'abord tâtonné avant de trouver leur rythme.

Leur premier match est une victoire 1-0 face à la Serbie, puis un nul contre l'Australie (1-1) avant un revers 1-0 contre l'Allemagne, déjà annoncée comme l'une des favorites du tournoi. La bande à Essien, Muntari, Kevin-Prince Boateng, Asamoah Gyan, s’envole pour les huitièmes.

En huitièmes de finale, les Black Stars éliminèrent les États-Unis grâce à un but de Gyan en prolongation (2-1). L'Afrique vibrait. Pour la deuxième fois de son histoire après 2006, le Ghana atteignait les quarts de finale d'un Mondial. « Nous jouions pour 900 millions de personnes. Pas seulement pour le Ghana », confiait Asamoah Gyan.

Le quart de finale : 120 minutes d'épopée

Face à l'Uruguay de Diego Forlán et Luis Suárez, le Ghana livra l'un des matchs les plus intenses du tournoi. André Ayew ouvrit le score en seconde période, Forlán égalisa avec la précision d'un artisan du but. Les deux équipes se neutralisèrent durant le temps réglementaire (1-1), forçant une prolongation à couper le souffle. Trente minutes de plus ne suffirent pas à les départager.

Puis vint la 120e minute, et un moment qui hantera à jamais la mémoire du football africain. Sur un corner, Dominic Adiyiah reprend le ballon de la tête. La trajectoire est parfaite, imparable. Luis Suárez, sur la ligne de but, lève les deux bras et dévie le ballon de façon délibérée. Carton rouge immédiat. Penalty accordé. L'Afrique retient son souffle. Le monde entier se tourne vers un seul homme : Asamoah Gyan.

Ce qui suivit dura deux secondes. Gyan prit son élan, frappa… et vit le ballon s'écraser sur la barre transversale. Le stade fut frappé de stupeur. Les tribunes uruguayennes explosèrent. Suárez, expulsé, célébrait depuis le couloir menant aux vestiaires. La séance de tirs au but ne fut qu'une formalité douloureuse. L'Uruguay s'imposa 4 tirs au but à 2. Les Black Stars rentraient chez eux.

Suárez : faute ou héroïsme ?

Luis Suárez quitta le terrain sous les huées, mais rentra dans le vestiaire uruguayen en pleurant de joie. Il revendiqua son geste comme « la parade du siècle », arguant avoir fait ce que n'importe quel gardien aurait fait. Au regard des règles, il n'avait pas tort : l'acte délibéré méritait l'expulsion et le penalty, les deux sanctions furent appliquées.

Mais le football transcende parfois le règlement. Le débat enflamme encore les vestiaires et les terrasses de café ; certains défenseurs du règlement soutiennent que la sanction était juste et que Gyan n'avait qu'à marquer ; d'autres, plus nombreux en Afrique et au-delà, estiment que le sacrifice volontaire d'un joueur pour voler une victoire certaine méritait une réponse sportive plus forte : l'exclusion du buteur de la séance de tirs au but, voire le but directement accordé. La FIFA n'a jamais modifié le règlement. « J'ai arrêté le ballon et j'irai en enfer pour ça, mais mon équipe est en demi-finale », avouait-il. 

L'héritage des Black Stars

Le Ghana quittait la Coupe du monde sans trophée, mais avec la stature d'un grand. Asamoah Gyan termina meilleur buteur africain du tournoi avec trois réalisations. Kwadwo Asamoah, Michael Essien, Kevin-Prince Boateng, une génération dorée qui méritait mieux que la barre transversale d'un penalty.

Leur quart de finale resta pendant douze ans la co-meilleure performance d'une sélection africaine en Coupe du monde, avant que le Maroc ne franchisse enfin ce palier en 2022 au Qatar. Si l'histoire dut attendre, les Black Stars de 2010 en avaient tracé le chemin.

En Afrique du Sud, dans les rues de Johannesburg, d'Accra, de Dakar, de Lagos et d'Abidjan, les vuvuzelas se turent ce soir-là avec une amertume particulière. L'Afrique attendrait encore. Mais elle avait vu, le temps d'un été, que le rêve n'était pas une chimère. 

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À propos de l'auteur

Oumar WANE

Oumar WANE

Rédacteur sportif

Passionné de sport depuis toujours, partage avec vous les dernières actualités et analyses du monde sportif.

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