Mondial 2026 : le mystère Azzedine Ounahi

Il y a des joueurs que la Coupe du monde semble transfigurer. Azzedine Ounahi en fait partie. Passé quasiment inaperçu la première demi-heure face au Canada, empêtré dans des pertes de balle et une gestion approximative, le milieu marocain n'a eu besoin que de deux séquences pour faire basculer la rencontre. Une frappe du droit à l’entrée de la surface, puis un missile dans la lucarne. Score final, 3-0, et une qualification pour les quarts de finale acquise sans trembler.

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Mondial 2026 : le mystère Azzedine Ounahi

Un rendement qui ne doit plus surprendre

Ce sursaut n’a rien d’un accident. Depuis le Mondial qatari, Ounahi entretient un lien singulier avec les grandes compétitions internationales. En 2022 déjà, sans inscrire le moindre but, il avait impressionné par sa mobilité et sa propreté technique dans la récupération du ballon, au point de forcer l’admiration de Luis Enrique lui-même après l’élimination de la Roja aux tirs au but.

Le sélectionneur espagnol s’était alors interrogé publiquement sur l’identité de ce numéro 8 capable de courir sans relâche pendant 90 minutes. 3 ans et 7 mois plus tard, le constat est identique, si ce n’est plus flatteur encore. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur 54 matchs, le Maroc ne s’est incliné qu’à 4 reprises avec Ounahi sur le terrain, pour 37 victoires et 12 nuls. Depuis 2023, la marge d’erreur est encore plus fine, une seule défaite en 31 rencontres disputées comme titulaire (contre l’Afrique du Sud, en 8e de finale de CAN, le 30 janvier 2024), pour 23 victoires et 7 nuls.

Une identité de jeu qui a changé

Le rôle du Casablancais n’est plus tout à fait celui qu’il occupait en 2022. Sous Walid Regragui, il évoluait davantage en sentinelle technique, chargé de sécuriser la relance dans un bloc médian compact, épaulé par la couverture défensive de Sofyan Amrabat. Depuis l’arrivée de Mohamed Ouahbi sur le banc en mars dernier, Ounahi a été repositionné plus haut sur le terrain.

Il n’est plus seulement celui qui sort le ballon proprement, il est devenu le point de passage obligé vers la surface adverse. La transition n’a pourtant pas été immédiate. Avant le match contre l’Écosse, le joueur avait lui-même reconnu un temps d’adaptation, expliquant en conférence de presse que la Coupe du monde arrivait en fin de saison et demandait du temps pour monter en puissance, individuellement comme collectivement.

L’autre visage, celui du club

C’est là que le paradoxe prend tout son sens. Cette régularité retrouvée à chaque grand tournoi contraste violemment avec un parcours en club fait de désillusions. Formé à Angers, où son talent brut avait déjà fait forte impression sans jamais totalement se stabiliser, Ounahi avait rejoint l’Olympique de Marseille dans la foulée du Mondial 2022, porté par les attentes soulevées au Qatar. L’aventure marseillaise n’a jamais tenu ses promesses. Un prêt d’un an au Panathinaïkós n’a pas davantage relancé sa carrière.

Quant à son passage à Gérone, plus intéressant sur le plan individuel, il s’est soldé par une relégation en Liga 2 à l’issue de la saison 2025-2026. Le sélectionneur Walid Regragui, du temps où il dirigeait encore les Lions de l’Atlas, avait résumé la situation en surnommant Ounahi le métronome de l’équipe, un joueur qui change littéralement de dimension dès qu’il enfile le maillot national. Une analyse que confirme Didier Digard, qui évoque un joueur évoluant avec un relâchement particulier, nourri par la confiance que lui accorde tout un pays.

Le contexte, seule vraie explication ?

Réduire Ounahi à un simple footballeur de tournoi serait sans doute injuste. Son cas illustre plutôt à quel point certains joueurs ont besoin d’un environnement stable et rassurant pour exprimer pleinement leur potentiel, quelque chose que la sélection marocaine lui offre depuis 4 ans et que ses clubs successifs n’ont, eux, jamais réussi à reproduire. Avec la relégation de Gérone, plusieurs clubs espagnols s’intéresseraient déjà à lui, et ce nouveau coup d’éclat mondial ne devrait rien arranger côté mercato.

Reste une question en suspens. Ce quart de finale face à la France, programmé ce jeudi soir, offre à Ounahi l’occasion de prendre sa revanche sur cette demi-finale perdue au Qatar il y a un peu plus de 3 ans. Le Mondial 2022 l’avait fait connaître au monde entier. Celui de 2026 pourrait bien être celui qui le relance durablement, à condition, cette fois, de réussir à transporter cette magie loin du maillot marocain.

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À propos de l'auteur

El Hadji Malick SARR

El Hadji Malick SARR

Rédacteur sportif

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