
Il commence par la foi, puis il passe aux aveux. « J'aurais pu et dû mieux faire, certainement », reconnaît Morlaye Sylla en revenant sur une carrière qui aurait pu prendre un autre tour. Pas d'excuse en béton, pas de complot contre lui. Le milieu guinéen parle de « décret de Dieu », mais refuse de s'abriter derrière. C'est rare chez un joueur de 28 ans.
Pour mesurer ce que cette phrase pèse en Guinée, il faut revenir au 6 février 2021. Ce jour-là, le Syli bat le pays hôte, le Cameroun (2-0), et décroche la troisième place du CHAN 2020. Dans ce tournoi, Sylla, 22 ans, a été élu à deux reprises homme du match. Le pays tient alors son nouveau milieu créatif : un dribbleur qui casse les lignes et joue entre elles.
Arouca, la marche qu'il croyait pouvoir monter
La suite tient d'abord ses promesses. Passé par le Horoya AC, le natif de Conakry rejoint Arouca, au Portugal, en 2022. Il ne fait pas que découvrir l'Europe : il s'y installe, au point d'entrer en janvier 2025 dans le cercle des joueurs aux cent matches avec le club.
C'est là, dit-il, qu'il a cru toucher le palier suivant. « J'avais beaucoup de confiance, je me sentais important dans l'équipe », se souvient-il. Pourquoi la porte ne s'est-elle pas ouverte ? Sylla ne cherche pas une cause unique. Il cite les choix de carrière, le contexte, les opportunités qui arrivent trop tôt ou trop tard. Puis il revient vers lui-même : quand on touche vite un certain niveau, on peut se reposer sur ses lauriers. Il aurait fallu, reconnaît-il, garder « la même envie, la même faim, la même énergie ». Il nuance aussitôt : il n'a jamais cessé de travailler, et « le talent, lui, n'a jamais quitté Morlaye ».
Damac, un exil sous contrat
À l'été 2025, il quitte le Portugal pour Damac, en Arabie saoudite. Le club est relégué à l'issue de la saison 2025-2026, et le Guinéen évolue désormais en deuxième division. Beaucoup y ont vu un recul. Lui ne le conteste pas vraiment : ce n'était « pas forcément le choix » qu'il avait imaginé. Il avait d'autres ambitions après le Portugal. Mais, selon lui, son club ne souhaitait pas le laisser partir, et il a dû faire avec.
Il décrit cette étape comme une parenthèse plutôt qu'une fin. Il dit s'appuyer sur sa foi pour l'accepter, rester professionnel et continuer à travailler pour « revenir là où [il] pense pouvoir être ». C'est la seule ligne de défense qu'il s'autorise. Pour le reste, il s'en tient à l'autocritique.
Au jeune homme qu'il était à 20 ans, il donnerait trois consignes : se concentrer sur ses qualités, ne jamais se fixer de limite, travailler chaque matin plus dur que la veille. La maturité, ajoute-t-il, arrive avec l'âge, surtout « quand on a été monté très haut très vite ».
Le Syli, une dette qu'il veut solder
Sur l'étiquette de « grand espoir », il refuse de parler de poids. Ce sont les supporters qui la lui ont collée, à cause de son football, et c'est ce même football qu'il doit retrouver pour leur donner raison. Il comprend ceux qui estiment qu'il n'a pas encore tout montré. Pas de revanche à prendre, assure-t-il : il veut simplement réaliser ce qu'il sait pouvoir apporter. « Il manquait peut-être un déclic, et je pense qu'il est enfin là. »
Le maillot du Syli National reste pour lui « [sa] réalisation la plus grande » : l'enfant qui regardait l'équipe, puis le joueur qui chante l'hymne. Son bilan en sélection, il le juge sévèrement. Il estime n'avoir pas encore donné la moitié de ce qu'il doit à cette équipe. Selon lui, ce n'est « qu'une question de temps ».
Le joueur a changé, dit-il. Le dribbleur insouciant est toujours là, mais il se décrit plus mûr, avec une intelligence tactique qui a progressé. Il a aussi appris sur le banc, en observant ce que le sélectionneur veut mettre en place.
« C'est une promesse »
Ce qu'il veut devenir tient en une phrase : donner raison à ceux qui voyaient en lui un joueur promis aux sommets. Il sait avoir semé le doute chez beaucoup. À lui de le dissiper.
Son dernier mot va aux supporters guinéens, ceux qui le suivent depuis le CHAN : leur affection le touche et le pousse à se battre pour eux. « Je dois vous rendre encore plus fiers. Et c'est une promesse. » La prochaine convocation dira si ce déclic se voit aussi sur le terrain.
SNA – Afrique de l'Ouest
Crédit photo : FGF – Syli National
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