
C'est la goutte de trop. L’annonce est tombée comme un couperet pour les fidèles des Fenottes : la finale de la toute nouvelle Coupe de la Ligue, qui opposera l'OL Lyonnes au Paris Saint-Germain le 14 mars prochain, se déroulera au stade Félix-Houphouët-Boigny d'Abidjan, en Côte d'Ivoire.
Alors que la Fédération française de football mise sur le rayonnement international du football français en Afrique de l'Ouest, les soutiens historiques côté lyonnais voient dans ce choix une provocation. Ce lundi, le groupe de supporters OL Ang’Elles a publié un communiqué sans équivoque pour annoncer son boycott de l'événement.
Un « STOP » face aux dérives commerciales
« Même si notre modo est "Everywhere", quand certaines pratiques imposées vont trop loin : il faut savoir dire STOP », clame l'association. A travers ce communiqué, les fans dénoncent une décision guidée par des impératifs commerciaux, la délocalisation étant soutenue par un sponsor, au détriment de l'ancrage local et de l'accessibilité pour les supporters français.
« Nous comprenons que certaines équipes de notre championnat souhaitent disputer davantage de rencontres et que l'organisation de cette nouvelle compétition nécessite des ressources financières. Cela ne doit cependant pas se faire au détriment des équipes finalistes, qui soutiennent à bout de bras un football français tout juste engagé dans une phase de professionnalisation, alors même que la concurrence des autres championnats européens se renforce », ajoute le groupe.
L'annonce de la délocalisation de la finale de la Coupe de la Ligue à Abidjan s'inscrit dans une stratégie de « soft power » sportif déjà éprouvée par les instances françaises, bien que toujours contestée par les bases de supporters. Si le football féminin franchit ici un nouveau cap, le football masculin a servi de laboratoire à ces exportations de trophées nationaux depuis plus d'une décennie.
Le Trophée des Champions : pionnier de l'exportation
Le cas le plus emblématique reste celui du Trophée des Champions, qui oppose le champion de France au vainqueur de la Coupe de France. Dès 2009, la Ligue de Football Professionnel avait brisé les codes en organisant la rencontre à Montréal, au Canada. Ce virage international visait alors à accroître la visibilité de la Ligue 1 à l'étranger. Depuis, l'événement a voyagé sur presque tous les continents :
- Afrique : Tanger (Maroc), Libreville (Gabon) et Tunis (Tunisie).
- Asie : Pékin et Shenzhen (Chine).
- Amérique : Harrison (États-Unis).
- Moyen-Orient : Tel-Aviv (Israël).
Un modèle économique face à la ferveur locale
L'exemple de la Supercoupe d'Espagne, délocalisée massivement en Arabie Saoudite sous un format de « Final Four », avait déjà provoqué un tollé similaire en Europe. Les instances justifient souvent ces choix par des retombées financières indispensables au développement des clubs, mais les supporters, à l'image des OL Ang'Elles aujourd'hui, y voient une rupture du lien social. Pour l'Olympique Lyonnais, habitué à ces joutes internationales, l'enjeu est de taille : comment briller à l'autre bout du monde sans sacrifier l'âme de ses tribunes ?
Les précédents africains : un succès populaire mitigé
Si les éditions organisées au Maroc (Tanger 2011 et 2017) avaient été de francs succès populaires grâce à la proximité géographique et culturelle, d'autres expériences comme celle de Libreville en 2013 avaient laissé un goût d'inachevé en termes d'affluence réelle et d'ambiance en tribune. En choisissant la Côte d'Ivoire, terre de football par excellence et hôte mémorable de la CAN 2023, les autorités sportives parient sur une ferveur locale pour masquer l'absence probable des groupes de supporters français, freinés par les coûts de déplacement.
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À propos de l'auteur
Malick BAMBA
Rédacteur sportif
Le sport africain au quotidien, ces belles histoires et polémiques en tous genres.
