
Les premiers chantiers ont été lancés en 2022. Quatre ans plus tard, qu'est-ce qui a réellement été fait ? C'est la question qui taraude les esprits depuis l'annonce officielle de la création de la Ligue de Football Professionnel du Togo.
De grandes annonces sans grandes actions

Professionnaliser le football dans un pays ne se fait pas par décret. La professionnalisation est l'aboutissement d'un véritable travail qui a été fait en amont. Entre autres, la construction des infrastructures sportives, l’adoption des standards FIFA pour la gestion des Ligues, la définition d’un cadre juridique, financier, sportif, la formation des encadreurs, des exigences pour les clubs (des équipes de jeunes, féminines, académies de football)... Cette liste n'est pas exhaustive. Malheureusement, rien ne tout cela n'est visible à 9 mois du début de ce championnat professionnel malgré les grandes annonces.
A la création de la Ligue Professionnelle, Guy Akpovi, le président de la FTF, comme à son habitude, a encore fait de grandes annonces pour ce qui semble être un véritable saut dans l'inconnu.
« Le processus qui nous rassemble aujourd’hui est l’aboutissement d’un travail acharné entamé il y a plusieurs années. Depuis les premières réflexions sur la professionnalisation en 2022, le ministère en charge des Sports et des Loisirs et le Comité Exécutif de la FTF, soutenus par des experts, ont œuvré sans relâche pour redéfinir un cadre juridique, technique et économique viable. La Ligue de Football Professionnelle du Togo ne sera pas l’affaire d’un seul homme ou d’un bureau. Elle sera ce que nous ferons collectivement », a-t-il dit.
Le monde sportif dubitatif
Le gros défi reste les infrastructures. Le Togo dispose de peu de stades pour les 14 clubs évoluant actuellement en première division. Dans la capitale, le stade municipal de Lomé est surexploité. C'est un exemple parmi tant d'autres. Un aspect très important dans le processus de professionnalisation qui est défaillant actuellement. L'absence actuelle des infrastructures poussent le journaliste togolais David Assimadi à émettre des réserves sur le projet de professionnalisation.
« La professionnalisation vers laquelle tend le football togolais aujourd'hui est a priori une bonne chose. Cependant, j'ai des doutes liés aux préalables à réaliser avant d'intégrer la phase de la professionnalisation. Le premier préalable est lié à la construction des infrastructures. Aujourd'hui, on a très peu d'infrastructures pour accueillir une compétition professionnelle de football, dont le championnat d'élite alors que dans quelques mois, cette professionnalisation est censée rentrer dans une phase pratique. Cela pose un problème parce que dans un délai de 6, 7, 8 mois, il faut réunir un certain nombre d'infrastructures à des normes données. C'est faisable mais dans la pratique, j'émets encore des doutes. A moins qu'il y ait de grands travaux de façon rapide », a-t-il fait savoir.
70 millions de francs CFA de l'Etat loin d'être tenables

Les faits sont sacrés. Dans le championnat actuel, l'Etat a sa part de subvention qui est de 10 millions de francs CFA par club. L'Etat togolais a clairement du mal à respecter ses engagements vis-à-vis des clubs de la première division. Concernant le championnat professionnel, l'on annonce un accompagnement de l'Etat à hauteur de 70 millions de francs CFA par club. Cette promesse est-elle tenable ? C'est la grosse interrogation.
"Peut-être que leTogo est tombé sur des gisements qui pourront notamment booster la question du financement."
David Assimadi émet également des réserves sur la capacité de l'Etat togolais à honorer ces engagements pour cette fois tout en lui accordant le bénéfice du doute.
« Le deuxième critère est lié au financement, pour un début, des clubs par l'Etat. C'est un financement qui va dans l'ordre de 70 millions et plus. Dans un passé récent, les clubs percevaient difficilement même les 10% de ce montant. Je m'interroge s'il y a une manne financière tombée de quelque part ou bien si le Togo est tombé sur des gisements qui pourront notamment booster la question du financement. Je garde espoir que l'Etat étant l'Etat, dans son rôle régalien, joindra l'acte à la parole pour qu'on ait une professionnalisation assez aboutie », a-t-il dit.
Dela Ayité, journaliste togolais, reste dubitatif quant à la réussie de ce projet de professionnalisation à cette allure. Mieux, il conseille une semi-professionnalisation afin d'évaluer les différents contours, faisant un parallèle avec l'échec cuisant du Gabon il y a quelques années en adoptant la même méthode. Il plaide pour une méthode progressive.
« Professionnaliser le championnat togolais est une initiative louable. Toutefois, il convient de s’interroger sur la capacité réelle à réunir toutes les conditions nécessaires à la réussite d’un tel projet. Cela suppose notamment des infrastructures adaptées, une structuration des clubs en véritables sociétés, ainsi que d’autres prérequis essentiels. À mon sens, l’approche la plus pertinente serait d’avancer progressivement, passer d’abord par une phase de semi-professionnalisation, en l’évaluant rigoureusement, avant d’envisager le professionnalisme intégral. D’autant plus que l’exemple du Gabon invite à la prudence », a-t-il déclaré.
L'identité du président de la Ligue de Football Professionnel Togo est loin de rassurer. L'objectif visé en adoptant la professionnalisation au Togo, c'est l'amélioration de la gouvernance des clubs, la qualité du jeu, et la création une industrie génératrice d'emplois et de revenus entre autres. Mais, dans les faits, aucun travail n'a été fait dans ce sens. Pas de statuts de joueurs, pas de nouveaux stades construits, pas de clubs structurés, pas de cadre financier défini... Pourtant, le championnat professionnel sera lancé en septembre 2026.
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À propos de l'auteur
John ATTISSO
Rédacteur sportif
Journaliste et consultant, membre de l'AJST.
