
Révélés par Sport News Africa en novembre 2022, les réseaux pédocriminels sévissant dans le football congolais étaient connus de tous. Dirigeants, entraîneurs, joueurs, pas une personne n’était pas au courant des histoires et des passages en prison répétés de plusieurs encadrants pour attouchements sur mineurs.
Malgré cela, près de quatre ans après, le bilan est dramatique : la fédération congolaise n’a pris aucune décision, si ce n’est d’annuler les suspensions provisoires touchant six entraîneurs en bâclant une enquête qui n’a jamais réellement eu lieu.
Quant à la FIFA, qui a également bâclé l’enquête selon la majorité des témoins et victimes interrogés par sa commission d’éthique, elle a été incapable de mettre en œuvre la suspension décrétée contre Jonathan Bukabakwa, officiellement banni 20 ans d’activités footballistiques pour abus sur mineurs et qui continue d’exercer au FC Esperanto.
Pis encore, l’instance du football mondial n’a toujours pas réagi malgré les publications par Sport News Africa cet été des vidéos de l’intéressé en train d’entraîner des adolescents. Convoqué par la FECOFA, ce dernier ne fait pour le moment l’objet d’aucune autre sanction concrète.
Des promesses de sanction
Nouveau président de la FECOFA depuis le 20 mai, Véron Mosengo-Omba a été personnellement alerté à plusieurs reprises par l’ampleur du phénomène et la recrudescence d’entraîneurs déjà condamnés par la justice civile pour pédophilie. « Nous avons zéro tolérance pour ce genre de comportement », expliqua-t-il mi-août à The Guardian. « Nous punirons toute personne impliquée dans ce genre de conduite. »
Un mois plus tard, aucune sanction n’a été prise. Convoqué à la FECOFA, Jonathan Bukabakwa a expliqué ne pas avoir été notifié de la décision de la FIFA et a pu repartir sans souci dans son club du FC Esperanto.
D’autres alertes ont été effectuées auprès de la FECOFA et de son président qui a promis des actions rapides concernant les prédateurs mais aussi les dirigeants continuant de travailler avec eux. Des paroles, encore une fois, suivies d’aucune action ou mesure concrète.
Viré pour avoir demandé à un jeune la photo de son pénis
Suspendu provisoirement par la FECOFA en novembre 2022 suite à la publication de l’enquête de Sport News Africa, Donga Epapa Cédric dit ‘Moyindo’ a pu retrouver tranquillement un autre travail dans le club de JMK (Jeunesse montante de Kinshasa). Cependant, au printemps, il a été écarté de la JMK après avoir demandé à un jeune joueur de lui envoyer une photo de son pénis.
Ne souhaitant pas faire d’esclandre, le club n’a pas donné la véritable raison de son renvoi. Néanmoins, l’information a bien été transmise en off à la FECOFA cet été. Cela n’a pas empêché Moyindo de rejoindre une équipe de l’EPFKIN (Entente provinciale de football de Kinshasa), e l’occurrence FC La Promesse.
Un autre coach suspendu provisoirement en novembre 2022, Alain Kandudi, exerce encore à l’AS Balayi. Déjà passé par la prison de Makala pour abus sur mineurs, il a fait un nouveau (court) séjour en prison au début de l’été pour les mêmes faits avant de ressortir mystérieusement très rapidement grâce à des soutiens bien placés.
De retour à l’air libre, chacun peut le voir diriger les jeunes du MBD Masano sur le terrain GD à Livulu, dans la commune de Lemba, l’épicentre de la pédophilie du football congolais (où il œuvrait avant au FC Miel, sur le terrain Elimo Santu). Selon plusieurs témoignages, Kandudi exerce toujours un chantage sexuel auprès de plusieurs joueurs pour une paire de crampons, du temps de jeu ou simplement les libérer de l’équipe.
Connu pour demander aux jeunes de « passer à la maison », il est l’un des nombreux encadrants à avoir profité de l’inaction des instances footballistiques. FECOFA, FIFA et même la justice civile congolaise qui avait promis des « enquêtes sérieuses », qui a concrètement fait quelque chose pour endiguer ce fléau sévissant depuis plus de deux décennies dans le football national ? Personne, et c’est bien le souci : en République démocratique du Congo, ce ne sont pas les enfants qui sont protégés mais les prédateurs.
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À propos de l'auteur
Romain MOLINA
Rédacteur sportif
Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.
