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Tunisie : les drôles de business de la FTF

Au sortir d’une CAN 2025 plus que décevante terminée en huitièmes de finale face au Mali, la Fédération tunisienne de football est sous le feu des critiques. Devant incarner une nouvelle ère depuis l’incarcération de l’ancien président Wadie Jary, elle n’a en réalité pas changé les méthodes d’un système cultivant l’opacité et les intérêts personnels ou politiques.

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6 minutes de lecture
Tunisie : les drôles de business de la FTF

Depuis l’élimination ce samedi face au Mali, une déferlante de critiques s’abat sur la FTF et l’équipe nationale. Déjà prévu avant la CAN, le départ du sélectionneur, Sami Trabelsi, a été acté tandis que les rumeurs les plus folles évoquant des coachs internationaux se répandant un peu partout.

Et si certains grands noms peuvent attirer, la réalité est bien différente : la Tunisie a beau être qualifiée pour la Coupe du monde, elle n’est pas en mesure financièrement de signer un entraîneur de renom avec tout son staff.

Le contrat avec une société d’organisation de foires : Sport Edge

Exsangue financièrement, avec des dettes et retards de salaire envers ses entraîneurs de jeunes ou employés, la FTF a eu le soulagement de se qualifier pour le Mondial et d’être certaine d’empocher plusieurs millions de dollars.

En attendant cette manne financière nécessaire, la fédération a cependant un fonctionnement assez paradoxal avec l’argent en caisse puisqu’elle a par exemple accepté de payer environ 100 000 dinars d’hébergement au Sheraton Tunis pour l’équipe nationale du Burkina Faso venue en amical en juin dernier.

Cette somme faisait partie d’une facture générale d’approximativement 300 000 dinars émise par l’organisateur du match, la société Sport Edge, une entreprise pourtant enregistrée au registre du commerce comme organisatrice de foires comme révélé par Inkyfada.

Gérée notamment par Safwen Aidi et un agent disposant de la licence FIFA (Moez Brahmi), cette compagnie a des liens privilégiés avec le président de la fédération mauritanienne de football (Ahmed Yahya) ainsi que son homologue et ami de Djibouti (Souleiman Waberi). Elle a également été poussée par le tout-puissant président de la fédération marocaine, Faouzi Lekjaa, qui avait vu d’un très bon œil l’élection de Moez Nasri à la tête de la FTF l’an dernier.

Soigner l’image du vice-président Hussein Jenayah

Au milieu de ce jeu politique, Sport Edge a gagné en influence au sein de la Fédération tunisienne. Pour preuve, la FTF a même engagé du personnel lié à cette société sans concours ni appel à candidatures, notamment pour la logistique en la personne de Chaker Ferjani.

D’autres personnes font le va-et-vient entre les deux entités tel Mahmoud Trabelsi qui a dû mettre ses activités à la FTF en pause pour cause de congé maladie. Son frère, Ahmed, travaille d’ailleurs curieusement aussi pour Sport Edge en accompagnant principalement la sélection mauritanienne.

Si ce petit monde semble bien se connaître et parvient à faire sortir l’argent, la fédération signait également un individu (AdibJebali) pour la communication digitale. Une bonne idée en soi, mais dans les faits, son travail consistait également à soigner l’image du vice-président Hussein Jenayah, dont l’influence était colossale.

Rappel de l’organisation désastreuse pour le match amical contre le Brésil

Omniprésent, Jenayah fut l’une des pièces maîtresses pour convaincre des électeurs de ligues régionales notamment de voter pour Moez Nasri. Si les élections de l’an dernier furent témoin d’une chose, c’est que le système mis en place sous l’ancien président Wadie Jary était toujours en place.

Malgré l’emprisonnement de ce dernier, les méthodes n’ont pas changé ; pour preuve la revente des places destinées en théorie aux familles des joueurs durant les rencontres (ou ces dernières sont finalement recasées dans les places les moins attrayantes du stade).

Le clientélisme et l’opacité règnent toujours comme en témoignait la rencontre amicale face au Brésil. Pour rappel, la sélection n’a pas eu droit à un vol spécial comme cela était de coutume pour un tel événement mais à un vol régulier (en classe économique) jusqu’à Bruxelles, puis un trajet en bus à Lille la veille au soir. L’objectif était simple : économiser le moindre centime, y compris une autre nuitée d’hôtel.

Malgré un bon résultat sur le terrain, la préparation du match face au Brésil décriée.

Logique vu la situation financière de la FTF ? Pas forcément puisque le contrat signé avec la société organisatrice de match (la même qui avait géré la rencontre face au Sénégal) permettait justement d’obtenir une somme d’argent en amont pour optimiser les préparatifs et les conditions de voyage.

Selon les informations recueilles par Sport News Africa, la somme en question (entre 300 et 400 000 dollars) était d’ailleurs assez maigrichonne au regard des revenus générés par une telle rencontre. Ce qui suscita évidemment certaines rumeurs en coulisses...

Des dépenses « extra » pour la CAN

Si la fédération cultiva le mystère quant aux détails du contrat et à un éventuel intéressement sur la recette du match amical (billetterie, droits TV et emplacements publicitaires), une chose était certaine : la transparence n’était pas à l’ordre du jour.

La polémique concernant les visas illustra d’ailleurs ce double discours et les motivations peut-être cachées de la FTF. Le sélectionneur, Sami Trabelsi, avait publiquement annoncé que huit joueurs ne pouvaient être du match face au Brésil puisqu’ils ne reçurent pas leur visa français.

Or, la fédération publia ensuite un communiqué démentant cette version en insistant qu’elle n’avait tout simplement pas fait de demande de visa pour les huit éléments suite à « une décision prise en accord avec les choix et les orientations de l’encadrement technique pour cette rencontre spécifique ».

Un rétropédalage qui irrita plusieurs personnes en interne. Selon les informations recueillies par Sport News Africa, la FTF souhaitait surtout économiser davantage d’argent quitte à raccourcir l’effectif et affecter la performance sportive de l’équipe nationale.

Un sens des priorités qui n’a pas changé pour la CAN où la liste des joueurs ne fut pas le seul exercice du sélectionneur. Pour contenter les amis des uns et des autres, quelques joueurs furent ajoutés afin de satisfaire des dirigeants de club et agents. De vieilles habitudes ponctuées de l’affaire Hussein Jenayah qui passa en commission de discipline de la CAF après avoir injurié deux responsables du protocole ne lui accordant pas accès à la zone VVIP pour s’asseoir à côté du président de la CAF, Patrice Motsepe, pour la rencontre face au Nigeria.

Et si Jenayah compte sur ses nouvelles amitiés à la Confédération africaine et son réseau entretenu avec Sport Edge, une chose est certaine : les excès ne concernent pas seulement les paroles puisque des notes de frais « extra » de près de 50 000 euros ont été enregistrées par la FTF. Un sens des priorités qui interroge : pendant ce temps, loin des festivités, plusieurs employés et prestataires attendent encore leur argent...

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À propos de l'auteur

Romain MOLINA

Romain MOLINA

Rédacteur sportif

Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.

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Abderraza tekaia

Il y a 1 jour
A l'image de l'étable d'Augias
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