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Combien gagne réellement un footballeur local en Afrique subsaharienne ?

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Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, les footballeurs locaux peinent à vivre de leur métier. Pourtant, certains clubs africains offrent désormais des salaires équivalents, voire supérieurs, à ceux d’Europe. Enquête sur une réalité méconnue.

2026-10-12 08:41:44.656139+00:00

Au Sénégal, pays de football par excellence, le salaire moyen mensuel en Ligue 1 est estimé à 200 euros, selon un membre de la Ligue sénégalaise de football professionnel. Une situation similaire est observée au Mali, où un joueur du Stade Malien gagne en moyenne 300 euros par mois. En Côte d’Ivoire, la réforme salariale mise en place prévoit un minimum légal de 160 000 FCFA (environ 244 euros) pour les joueurs de Ligue 1. Mais dans les faits, beaucoup gagnent à peine plus.

Au Tchad, les salaires avoisinent 75 000 FCFA par mois, soit à peine 115 euros, et au Togo, les rémunérations varient entre 45 000 et 100 000 FCFA (70 à 150 euros), sans prise en charge médicale ni couverture sociale. Même au Cameroun, l’un des pays les plus titrés du continent, le salaire minimum en D1 n’excède pas 100 000 FCFA.

Des pôles d’attractivité qui changent la donne

Face à ces niveaux de rémunération très bas, une nouvelle tendance émerge : la migration intra-africaine. De plus en plus de joueurs originaires d’Afrique de l’Ouest optent pour des championnats d’Afrique de l’Est ou centrale, plus généreux. L’exemple de Jean-Charles Ahoua, attaquant ivoirien de 22 ans, illustre parfaitement cette mutation. En quittant le Stella Club d’Adjamé, où il percevait 600 à 700 euros par mois, pour le Simba SC en Tanzanie, il a signé un contrat à 100 000 euros par an, soit 8 300 euros par mois, hors primes. « En partant en Tanzanie, il multiplie son salaire par douze. Cela ne se refuse pas », soulignait son agent, Ousmane Samaké dans Le Monde.

Autres exemples marquants : Le Sénégalais Aliou Souané, ex-Jaraaf, a signé au APR FC (Rwanda) pour 4 600 euros mensuels, avec 20 000 euros de prime à la signature. Toujours au Rwanda, certains joueurs gagnent 1 500 euros, auxquels s’ajoutent logement, primes et autres avantages, triplant virtuellement leur ancien revenu.

Des clubs soutenus par l’État ou des mécènes

Ces clubs fortunés ne sont pas légion. Ils s’appuient sur des modèles économiques très spécifiques. En Tanzanie ou au Soudan, Simba SC et Al-Hilal peuvent aller jusqu’à 20 000 euros par mois, selon Adolphe Kalisa, secrétaire général de la Fédération rwandaise de football. Ces équipes sont souvent détenues par des hommes d’affaires influents ou directement soutenues par l’État. C’est aussi le cas du TP Mazembe, en République démocratique du Congo. Bien que Moïse Katumbi ait réduit son train de vie à la suite de tensions politiques, certains joueurs du club congolais continuent de toucher jusqu’à 10 000 euros mensuels. Mais ce modèle reste fragile. « Si ces hommes d’affaires décident un jour de partir (...), alors le modèle économique s’effondre, car beaucoup de championnats africains ne génèrent pas ou peu de recettes », avertit Mathieu Chupin, président du club sénégalais Dakar Sacré-Cœur.

Des conséquences profondes sur les championnats locaux

Cette redistribution du pouvoir financier à l’échelle continentale a un double effet. D’un côté, elle donne un second souffle à certains championnats émergents, capables de retenir ou d’attirer des talents. De l’autre, elle affaiblit les compétitions locales, privées de leurs meilleurs éléments. Les footballeurs maliens veulent partir pour mieux gagner leur vie. Il est difficile de les retenir quand des clubs leur proposent 5 000 euros par mois alors qu’ils en gagnent 300 en restant au pays. Ce phénomène aggrave la fragilité structurelle des ligues locales, déjà affectées par l'absence de droits TV solides, un sponsoring sous-développé et une faible affluence.

L’Afrique du football à deux vitesses

Le tableau est clair. Entre le joueur sénégalais ou malien qui survit à 200 euros et l’attaquant tanzanien à 15 000 euros, le football africain évolue désormais à deux vitesses. Les inégalités salariales reflètent une disparité économique croissante entre pays du continent. Tant que la structuration des ligues professionnelles ne sera pas homogène, le rêve de vivre dignement du football restera un privilège pour une minorité, même sur le continent africain.

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