Maroc - Sénégal au TAS : Fouzi Lekjaa défend le sacre et le projet marocain
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Tous les articles d’origineDans un entretien au long cours accordé au magazine Onze Mondial, Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football revient sans détours sur le litige opposant le Maroc au Sénégal pour le titre de la CAN 2025. Au-delà de la bataille juridique devant le TAS, le dirigeant décrypte la stratégie globale du Royaume, déterminé à s'imposer comme la locomotive sportive et économique du continent.
Le feuilleton de la CAN 2025 devant le TAS
La finale de la Coupe d'Afrique des Nations 2025 continuera de faire couler beaucoup d'encre au cours des prochains mois. Si le Sénégal l'avait initialement emporté sur le terrain, le trophée a par la suite été attribué au Maroc sur tapis vert par la Confédération africaine de football. Une décision administrative que la Fédération sénégalaise de football (FSF) refuse d'accepter en l'état. Le 25 mars 2026, le Tribunal arbitral du sport (TAS) a d'ailleurs officialisé l'enregistrement de l'appel du Sénégal contre la CAF et la FRMF. Les dossiers complets ont été déposés par les parties et la sentence finale, qui désignera définitivement le vainqueur de la compétition, est attendue d'ici la fin de l'année 2026.
C'est dans ce climat de vive tension que Fouzi Lekjaa a choisi de prendre la parole dans les colonnes de Onze Mondial. Conscient du malaise légitime que peut susciter un titre continental décerné en dehors des rectangles verts, le patron du football marocain refuse pour autant de voir la légitimité de cette victoire contestée. Il assume pleinement la démarche de sa fédération :
« Pour notre part, ce que nous regrettons profondément, c’est que nous aurions souhaité une fin de compétition plus aboutie, une véritable fin de fête. Jusqu’à la 95ème minute, tous les ingrédients d’un grand événement étaient réunis. De manière générale, je préfère me limiter à rappeler que les institutions du Royaume du Maroc se sont conformées à la légalité tout au long du processus. D’ailleurs, malgré notre désaccord avec la décision de première instance, nous avons choisi de ne manifester aucun mécontentement public. Nous sommes restés fidèles aux valeurs d’une nation ancienne, forte de plus de 14 siècles d’histoire, et nous avons poursuivi le processus dans le respect des règles établies. Nous avons demandé l’application des articles 82 et 84, qui sont clairs et précis. Leur lecture ne nécessite pas d’interprétation complexe. À l’issue de la procédure, nous avons obtenu gain de cause. En tout état de cause, il y a les rumeurs et les commentaires, et il y a la reality et la vérité. La réalité finit toujours par s’imposer à tout le monde. »
L'influence marocaine au cœur des débats
Ce feuilleton d'envergure continentale cristallise les rivalités naissantes autour de la montée en puissance de la FRMF. L'affaire Maroc - Sénégal s'impose comme l'illustration parfaite d'un duel au sommet entre deux places fortes du football africain, portées par des fédérations ambitieuses et des visions divergentes de la légitimité sportive. Plus l’influence de Rabat grandit, plus elle génère des crispations chez ses voisins.
Face aux critiques récurrentes entourant le poids supposé du Maroc dans les instances décisionnelles du football africain, Fouzi Lekjaa oppose une perspective historique et une volonté de leadership assumée :
« Le Maroc, durant des décennies, a été en dehors de la gouvernance de la Confédération africaine de football. La CAF a été dirigée par différentes structures et dynamiques au fil du temps, et le Maroc n’y a retrouvé une place active que plus récemment, en cohérence avec son positionnement et sa contribution au football africain. On ne peut pas reprocher au Maroc de chercher à tirer le football africain vers le haut. »
La formation et l'horizon 2030 comme piliers d'un modèle global
Pour le président de la FRMF, cette présence accrue ne relève pas du hasard mais d'une feuille de route méthodique. Le projet chérifien repose en premier lieu sur une restructuration profonde de la formation et de son modèle économique. L’objectif affiché du Royaume est clair : bâtir une véritable filière industrielle capable de valoriser les talents locaux, afin de transformer la formation en un double avantage, à la fois sportif et économique.
Dans cette stratégie à long terme, l’organisation de la CAN 2025 n'était qu'un jalon. Pour Fouzi Lekjaa, le tournoi constituait une étape clé intégrée à un calendrier bien plus vaste, dont le point d'orgue est déjà fixé : la Coupe du monde 2030, coorganisée aux côtés de l’Espagne et du Portugal.
Dès lors, la modernisation des stades, le développement des centres d’entraînement de pointe, la mise à niveau des pelouses, ainsi que l'optimisation des dispositifs d’accueil, de l’hôtellerie et la facilitation des visas ne sont plus de simples chantiers isolés. Ils deviennent les rouages interconnectés d’un grand dessein étatique visant à faire du football un puissant vecteur d’image, d’influence et de crédibilité sur la scène internationale.
À travers cette vision, le Maroc entend s'affirmer définitivement comme la locomotive du continent africain. Une ambition qui se déploie sur les terrains de football dans un premier temps, avant de se projeter, plus globalement, sur le terrain de l'émergence économique. Et ce, malgré les critiques.
