
Dans un état financier préoccupant malgré les effets d’annonce positifs, la CAF paradait à l’été 2025 en faisant fuiter des négociations avancées d’un appel d’offres à un milliard de dollars concernant l’ensemble des droits de diffusion et marketing des huit prochaines années.
Deux compagnies étaient intéressées, dont IMG, la fameuse société états-unienne, ainsi qu’une entreprise italienne, Iris Sport Media, qui entretient des proximités avec plusieurs dirigeants à la FIFA, dont Mario Gallavotti, l’avocat italien très proche d’Infantino qui avait déjà chapeauté la fin du contrat entre la CAF et Lagardère et l’éphémère Super Ligue africaine.
Très optimiste l’été dernier, au point d’appeler des journalistes internationaux afin de montrer que « tout allait bien » et que les articles pessimistes étaient des « fake news », la CAF a dramatiquement changé de ton un an plus tard et a même publiquement abandonné l’appel d’offre. Adieu, donc, au milliard de dollars.
Finances précaires et intérêts des dirigeants
N’ayant pas réussi à obtenir un contrat mirifique et nécessaire pour ses finances, la CAF est également privée de sa principale source de revenus puisque la Coupe d’Afrique sera désormais disputée tous les quatre ans.
Une décision, prise avec l’insistance de la FIFA et qui n’a pas fait l’objet d’un vote des 54 fédérations affiliées à la CAF, dont les conséquences économiques sont évidemment terribles : les importants droits de diffusion et marketing qui rentraient dans les comptes de la Confédération africaine tous les deux ans ne viendront désormais qu’une fois tous les quatre ans.
Et si Patrice Motsepe, originellement opposé à cette idée, a essayé de convaincre son auditoire qu’une raréfaction des compétition allait entraîner une augmentation des revenus, personne n’est dupe : avec des finances déjà précaires, la CAF s’est elle-même tirée une autre balle dans le pied.
Aujourd’hui défenseur public numéro de Gianni Infantino, Samuel Eto’o était d’ailleurs le principal dirigeant africain à défendre l’idée du président de la FIFA d’une CAN tous les quatre ans, comme Souleiman Waberi, son homologue djiboutien ardemment soutenu par la FIFA malgré de multiples accusations de blanchiment et de détournements.
En privé, plusieurs membres du Comité exécutif de la CAF s’indignent des prises de position choisies par les deux hommes alors qu’ils avaient incarné une vraie résistance contre la gouvernance problématique du désormais ancien secrétaire général, Véron Mosengo-Omba.
Désormais alignés aux intérêts de la FIFA, Eto’o et Waberi sont vus comme des relais au même titre que Fouzi Lekjaa, le président de la Fédération marocaine, et Ahmed Yahya, son homologue mauritanien, qui ont plaidé pour un soutien absolu envers Infantino, le même homme à l’origine des déboires économiques et politiques de la CAF...
Motsepe retarde l’élection du secrétaire général
Loin de s’intéresser à l’institution, les dirigeants africains, principalement ceux siégeant au Comité exécutif, laissent pourrir une situation en pensant avant tout à leurs intérêts personnel et leur avancement. Pis encore, ces derniers pensaient que le départ de Véron Mosengo-Omba allait tout résoudre alors qu’il n’a fait qu’amplifier les divisions.
Malgré son bilan très discutable, l’ami d’Infantino a pu partir comme bon lui semblait et quand il voulait de la CAF pour briguer la présidence de la FECOFA après un tour de passe-passe politique entre la FIFA et le gouvernement congolais pour écarter tous les opposants. Or, plusieurs personnes proches de lui sont toujours en poste à la CAF et en profitent pour continuer à diriger l’institution comme bon leur semble, notamment Reem Adel, la directrice des ressources humaines.
Avec une administration tournant au ralenti, les intrigues de coulisses semblent être la seule activité du personnel, principalement des responsables. Cedrick Aghey, le directeur des affaires juridiques et de la conformité dont la promotion n’avait jamais été validée en amont par le Comité exécutif (ce qui rend, en théorie, sa nomination caduque), complote ainsi depuis des semaines avec Reem Adel pour monter un dossier afin d’invalider la candidature du secrétaire général par intérim, Samson Adamu, pour le poste qu’il convoite.
Conscient qu’il sera probablement débarqué si Adamu obtient le poste de manière définitive, Aghey a tenté d’utiliser la relation amoureuse que le Nigérian entretient depuis des années avec une employée de la CAF ; une relation consentie et parfaitement légale que celui-ci avait signalé auparavant. En vain, les plans du directeur des affaires juridiques n’ont pas abouti au même titre que sa candidature pour rejoindre l’UCI, l’Union cycliste internationale…
Quant à Adamu, sa promotion comme intérimaire n’a occasionné aucune décision majeure. Ne souhaitant susciter aucune polémique ou prendre aucun risque afin d’obtenir le poste, il se terre dans l’inaction et suit ce que veut Motsepe, un président qui retarde volontairement l’élection pour avoir plus de contrôle sur son secrétaire général tout en écoutant l’avis de son ancien secrétaire général, Véron Mosengo-Omba...
Incertitudes pour la CAN 2027
Préparant déjà ouvertement la succession de Motsepe, plusieurs présidents de fédération s’inquiètent des décisions prises par le président sud-africain dont la maîtrise des dossiers lui échappe totalement.
S’échinant à répéter que la CAN 2027 aura lieu, Motsepe ne se rend pas compte que les rapports d’expertise de la CAF laissent planer d’énormes doutes quant à la capacité du Kenya et de l’Ouganda à être prêt à temps. Haussant le ton, la CAF espère une réaction des pays hôtes alors que la majorité du Comité exécutif répète en privé depuis des mois qu’il est « impossible » de disputer la CAN aux dates prévues à cause du retard pris dans l’organisation.
Malgré cela, Motsepe continue d’afficher son optimisme en public avec des éléments de langage conseillés par Lux September, le responsable de la communication de la CAF qui est principalement vu comme un courtisan du président, toujours dans son ombre. Essayant de savoir « qui est la taupe », il cherche à gagner en influence à l’image d’autres responsables qui servent tel ou tel camp, selon les intérêts du moment.
Dans cette situation exécrable, à laquelle s’ajoute la guerre froide entre Lekjaa et Motsepe depuis la dernière CAN (sachant que l’entente entre les deux hommes n’était déjà pas optimale avant), une chose est certaine : aucun dirigeant n’a pensé à la pérennité de la Confédération africaine dont ils jurent pourtant défendre les intérêts devant les caméras...
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À propos de l'auteur
Romain MOLINA
Rédacteur sportif
Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.
