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CAN 2025 : comment les guerres internes ont tué le Gabon

Éliminées après deux petits matchs, les Panthères n’ont jamais existé dans cette CAN 2025. Renfermée sur elle-même, la sélection nationale a vécu dans une autarcie paranoïaque autour de son sélectionneur, Thierry Mouyouma, en conflit larvé avec plusieurs dirigeants de la fédération qui ne voyaient pas d’un mauvais œil un échec pour se séparer de lui.

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7 minutes de lecture
CAN 2025 : comment les guerres internes ont tué le Gabon

Dominé par le Cameroun (0-1) puis le Mozambique (2-3), le Gabon sortait de cette CAN après seulement deux petits matchs. Un fiasco sportif, conclu par une troisième défaite contre la Côte d’Ivoire (2-3), qui tranchait avec l’excellente campagne d’éliminatoire à la Coupe du monde qui s’était étirée jusqu’aux barrages avec une défaite en demi-finale après prolongation face au Nigeria.

Lire aussi : Gabon : Aubameyang écarté, Mouyouma limogé… Le gouvernement frappe fort après la CAN 2025

De fait, comment expliquer une telle débâcle un mois plus tard au Maroc ? Si les explications varient selon les intervenants, une chose est certaine : l’échec de cette Coupe d’Afrique ne fait pas que des malheureux au sein d’une fédération minée par les clans et les rancœurs autour d’un sélectionneur très contesté : Thierry Mouyouma.

Mouyouma, propriétaire de la société d’équipementier GASMA

Bien avant son entrée en lice lors de cette CAN, le Gabon se sabotait avec une préparation indigne d’une équipe professionnelle. Comme le rapportait AFC-Sports, les Panthères n’ont par exemple pas pu jouer le match amical de préparation face à l’Ouganda faute de… maillots !

Du jamais-vu qui concluait une improbable histoire d’équipementiers d’une toute nouvelle société, Gabon Sports Management « Gasma », fondée le 5 avril 2025 pour du « management sportif et vente d’accessoires et d’équipements sportifs ». Or, le propriétaire et seul actionnaire de cette compagnie n’est autre que Thierry Mouyouma, le sélectionneur !

Gabon Sport Management est la propriété du désormais ex sélectionneur.

Par l’intermédiaire de Gasma, Mouyouma va collaborer avec le directeur général de l’Office national du développement du sport, le commandant Loïc Ngouayit-Kounda, pour développer la marque « Gaboma » et donner l’illusion d’une marque purement gabonaise après la fin du contrat avec Puma.

Or, la présidence de la République alloua un budget de 300 millions de francs CFA pour l’achat d’équipements. Un joli pactole qui intéressa les convoitises et divisa totalement la FEGAFOOT qui comprit bien les intérêts de Mouyouma. Problème, sans aucune expérience dans le domaine, « Gaboma » ne remplissait aucun des critères demandés par la CAF qui mit en demeure la fédération gabonaise à travers un courrier officiel pour diverses raisons :

  • Tissu non conforme
  • Marque non enregistrée
  • Aucune traçabilité
  • Similitude avec le logo et le slogan d’Airness

Le verdict de la CAF est sans appel : « Gaboma » n’est pas autorisée pour la CAN. Dans l’urgence, la FEGAFOOT signe un contrat avec une société marocaine, AB Sport, mais les maillots ne purent arriver à temps pour le match prévu face à l’Ouganda. Et voilà comment les Panthères entrèrent sans aucune rencontre de préparation à la Coupe d’Afrique : pour une histoire de gros sous et d’intérêts privés, loin de la logique sportive.

Choix politiques et problème d’égo

Intronisé en octobre 2023, Mouyouma n’a jamais été le candidat favori du président de la fédération, Pierre-Alain Mounguengui. Dans la foulée du coup d’État et la volonté politique d’avoir un technicien local à la tête de la sélection, Mounguengui privilégiait Anicet Yala, un ex-international qui faisait partie du staff de Patrice Neveu, l’ancien sélectionneur.

Or, Yala ne disposait pas de tous les diplômes nécessaires comme la majorité des coachs gabonais. Une aubaine pour Mouyouma, ancien international qui entraînait en France tout en militant publiquement pour des changements au Gabon, footballistique et politique. Un activisme qui lui aliéna les pontes de la FEGAFOOT mais qui eut un écho privilégié auprès des proches de Brice Oligui Nguema, originaire comme lui du Haut-Ogooué.

A travers plusieurs personnes, Mouyouma milita, jouant pleinement la carte « locale » tandis que certains membres influents de la fédération convinrent Mounguengui. Et si les deux hommes entretinrent de bons rapports au début, la relation souffla souvent le chaud et le froid jusqu’à une rupture totale bien avant la CAN.

En privé, plusieurs dirigeants de la FEGAFOOT fustigent l’égo de Mouyouma qui n’accepte aucune critique. En réalité, certains sont énervés des « protections politiques » de ce dernier et que celui-ci s’est accaparé une partie du business qui revenait auparavant à ces mêmes dirigeants. Avec Dieudonné Londo, le manager général des Panthères, et Merlin Tandjigora, un intendant au rôle proche d’un assistant, le sélectionneur a crée son petit groupe qui ne plaît pas à tout le monde.

Pour preuve de cette tension, Willy Ndong, le chef des sports du journal L’Union qui est proche du clan Mounguengui, écrit une tribune au vitriol le 29 décembre : « Thierry Mouyouma, un coach sans vécu et sans certitudes ». Un article particulièrement apprécié à la FEGAFOOT.

Communication problématique, double discours avec l’OM

Sans maillots, sans match de préparation, les Panthères ont aussi eu la désagréable sensation de vivre en autarcie, comme si elles étaient coupées du monde extérieur. Dans une ambiance paranoïaque, Mouyouma imposa presque un silence général et se contenta lui-même d’assurer la communication générale lors de la CAN.

De plus en plus renfermé sur lui-même, ce qui peut se comprendre vu les inimités au sein de la FEGAFOOT, ses propos en conférence de presse surprirent nombre de joueurs pour son « arrogance » et son absence d’auto-critique. Parlant des « footix » qui ne comprennent pas ses choix, Mouyouma s’est également aliéné l’Olympique de Marseille alors que le staff gabonais avait donné sa parole : Aubameyang ne jouerait pas plus d’une vingtaine de minutes lors du premier match face au Cameroun eu égard à son programme de reprise. Or, il rentra finalement dès la demi-heure de jeu et le sélectionneur joua sur la carte patriotique en conférence de presse en « s’insurgeant de l’attitude de l’OM ».

Un double discours qui choqua les initiés de même que sa composition face au Mozambique avec Mario Lemina, véritable patron de l’équipe, aligné en défense. Totalement dépassées, les Panthères coulèrent au milieu de terrain et même de partout. Sans réelle animation concrète, les Gabonais se donnèrent de manière décousue jusqu’à la fin pour tenter de remonter, sans succès (2-3).

Des joueurs pris en reversant une partie de leurs primes ?

Sans politique sportive concrète depuis des années et l’absence d’un championnat régulier, le football gabonais se perd. Vu les limites démographiques d’un pays d’environ 2,5 millions d’habitants ne comptant pas une énorme diaspora, les ressources ne sont pas éternelles ; comme l’âge des joueurs.

Sans relève concrète, Mouyouma a logiquement puisé sur ses anciens, dont le capitaine, Bruno Ecuele-Manga. Gravement fautif face au Mozambique, ce dernier a été vivement critiqué mais est-ce la faute du défenseur si le Gabon n’arrive plus à produire de joueurs capables de jouer au niveau international ? En délaissant le football local et la formation, en ne réglant absolument pas le problème de pédocriminalité ayant fait tant de victimes, la FEGAFOOT ne peut pas toujours compter sur un miracle de ses anciens ou qu’un jeune de sa diaspora n’explose à l’étranger.

Malgré ce constat, la liste sélectionnée pour cette CAN a tout de même interrogé. Vivant dans un réel confort, avec une grosse prime de rassemblement, l’équipe nationale était tout de même habituée au copinage et favoritisme. Des joueurs à moitié blessés pris, des remplaçants qui de l’aveu même de leurs coéquipiers « n’ont pas le niveau », d’autres ignorés : est-ce que les choix de Mouyouma sont simplement sportifs ?

Le doute persiste pour celui qui a ouvert cette fameuse compagnie, Gabon Sports Management, dont les statuts stipulent que le « management sportif » fait partie des activités. De quoi extrapoler des histoires d’agents ou intermédiaires ? Nul ne le sait, mais en off, les langues se délient et expliquent que certains remplaçants n’ont dû leur sélection qu’en acceptant de reverser une partie de leurs primes aux décideurs. Une vieille pratique de la FEGAFOOT qui explique bien l’hypocrisie actuelle : le problème n’est pas l’élimination du Gabon mais bien que le business soit passé d’un clan à l’autre...

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À propos de l'auteur

Romain MOLINA

Romain MOLINA

Rédacteur sportif

Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.

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3 commentaire(s)

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MO

michel owondo anguile

Il y a 5 heures
On comprend mieux les choix du sélectionneur
NR

NT Rhyns

Il y a 6 heures
Tellement triste pour un si petit PAYS. VOUS NE PENSEZ QU'À VOUS. Pays riche peuple pauvre disait le MH.
DB

Daril Bibigas

Il y a 7 heures
Merci beaucoup Romain pour ces informations dont beaucoup parmi nous n'avez pas connaissance. Ce sont des monstres qui n'ont pour dieu que leur ventre
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