
Crise institutionnelle et longue descente aux enfers
La qualification du Togo à la Coupe du monde 2006 a déclenché un élan d’optimisme pour un développement du football au niveau local. Mais l’effet contraire s’est produit et les signes précurseurs de la crise ont fait leur apparition en Allemagne, où les Eperviers ont brandi la menace d’une grève pour réclamer leurs primes avec une vraie-fausse démission de leur sélectionneur Otto Pfister, le tout avant leur entrée en lice. Conséquence, le Togo a perdu ses 3 matchs de groupes respectivement contre la Corée du Sud (1-2), la Suisse (0-2) et la France (0-2).
Les problèmes extra sportifs qui ont englouti les ambitions des Eperviers vont se poursuivre après la compétition avec un crise institutionnelle à la tête de la Fédération togolaise de football (FTF) où trois présidents (Rock Gnassingbé, Tata Avlessi et Gabriel Ameyi) se sont succédés en l’espace de quatre ans entre 2006 et 2010. Une instabilité chronique qui a pris le dessus sur le sportif et la suite logique en matière de développement qui devrait accompagner le football local, provoquant un échec de transition générationnelle de la sélection. « Il est bien avéré que depuis la première qualification historique du Togo à une phase finale de Coupe du monde en 2006, cette sélection traverse des vents contraires et elle est dans un état de décrépitude avancée parce qu'elle n'est jamais parvenue à se stabiliser depuis cet exploit inédit », appuie le journaliste togolais Henri Akodo.
Sur le même sujet : Les Eperviers sans match amical, désarroi au Togo
« On se rappelle des problèmes d'organisation au cours de cette Coupe du monde en Allemagne et surtout la grève des joueurs dans la ville de Wangen à quelques heures de la première rencontre du Togo face à la Corée du Sud, a-t-il poursuivi. Ensuite, il y a eu des crises à répétition dans la Fédération, un jeu de chaises musicales entre les différents présidents de cette instance-là. Derrière, cette crise a impacté négativement l'organisation du football togolais et cela a influencé naturellement les résultats de la sélection nationale. Le Togo n'est jamais parvenu à renouveler ce groupe qui était une génération dorée qui a pu réaliser l'exploit de se qualifier à la Coupe du monde. »
Si la Fédération a retrouvé une certaine stabilité depuis l’arrivée en 2016 du Colonel Guy Kossi Akpovy à sa tête, les conséquences de la crise post-Coupe du monde 2006 ont été désastreuses pour le Togo qui n’a depuis participé qu'à trois phases finales de Coupe d’Afrique des Nations. « Le Togo n'est jamais redescendu des nuages et réalise des contre-performances. Preuve en est, sur les seize campagnes de qualifications (CAN et Coupe du monde confondues) depuis le Mondial 2006, le Togo n'a réussi à se qualifier pour trois phases finales, notamment les CAN 2010, 2013 et 2017, ce qui est symptomatique de l'état désastreux de la sélection Togolaise qui n'arrive plus à produire de résultats », fait constater Henri Akodo, consultant à New World TV.
La nationalisation du poste de sélectionneur
Depuis 2017, le Togo n’a plus participé à la CAN. Pour ne pas rater l’édition 2025 à venir au Maroc, les dirigeants ont pris une décision forte pour relancer la machine, en nommant au poste de sélectionneur un ancien international, Daré Nibombé, ex-capitaine des Eperviers qui connaît bien la sélection et les maux qui la minent, suivant ainsi la mouvance des sélectionneurs locaux sur le continent. Sauf que ce dernier, en dépit de sa Licence UEFA Pro obtenue la même année qu’un certain Vincent Kompany, est arrivé en tant que novice, n’ayant jamais entraîné une équipe première depuis l’obtention de son diplôme.
Et la sentence a été sans appel pour le Togo qui a été éliminé et va rater sa quatrième Coupe d’Afrique des Nations de suite : « Depuis qu'il est là, c'est 5 défaites, 4 nuls et 2 victoires en 10 matchs, un bilan assez négatif avec une élimination précoce pour la prochaine Coupe d'Afrique des Nations alors que le Togo était quand-même dans une poule assez abordable avec la Guinée Equatoriale, l'Algérie et surtout le Liberia », résume Henri Akodo.
Lire aussi : Au Togo, flou total autour de l'avenir de Daré Nibombé
En dehors des résultats piteux du nouveau staff, le contenu du jeu des Eperviers a drastiquement diminué en qualité, comparativement à l’ère Duarte, et cela est problématique : « Il y a un fond de jeu inexistant avec une structure d'équipe qui n'existe même pas, des tâtonnements tactiques qui n'ont pas lieu d'être, dénote Henri Akodo. Les résultats de cette équipe nationale togolaise peinent à convaincre tant sur le jeu que sur le résultat et moi je remets en cause les qualités managériales de Nibombé Daré. Avec tout le respect que je lui dois, je pense que la patate était chaude pour lui parce que c'est un entraîneur inexpérimenté qui a saisi l'opportunité pour pouvoir diriger cette sélection, mais aujourd'hui on se rend bien à l'évidence - même si les gens avaient appelé à une nationalisation du poste - qu'il n'a pas l'étoffe et les épaules assez larges pour pouvoir gérer cette sélection togolaise. »
Perspectives d’avenir
Dans son état actuel, les maux qui minent le football togolais nécessitent plus qu’un diagnostic médical. La formation des encadreurs, le niveau très faible du championnat local, celui des jeunes qui est inexistant, une politique nationale sportive illisible, autant d’aspects sur lesquels le Togo doit travailler pour redynamiser son football et envisager un retour au sommet.
« Je pense que la recette est simple, estime Akodo. Il va falloir faire l'état des lieux, aller aux états généraux du football togolais parce que ce n'est pas normal que le Togo qui fait partie des 13 sélections africaines qui ont une fois disputé une phase finale de Coupe du monde sur les 55 du continent, peine à se qualifier ne serait-ce que pour une phase finale de Coupe d'Afrique des Nations. Aujourd'hui, tous les acteurs du football togolais doivent aller aux états généraux pour pouvoir identifier les maux qui sont connus : le manque de formation, d'infrastructures, la non structuration des centres de formation, de championnats de jeu, etc. Ce sont des éléments à prendre en compte par la Direction Technique nationale qui doit se ressaisir. »
Lire également : Togo : les binationaux pour lancer une nouvelle ère ?
Avec l’arrivée d’Eklu Siabi à Direction technique nationale (DTN), Henri Akodo trouve opportun le temps de relancer une nouvelle politique avec une implication active de l’Etat : « Il faut donner les moyens à Eklu Siabi de bosser, de détecter les talents puis de les structurer en les injectant dans les centres de formation. L'Etat doit aussi pouvoir jouer sa carte en mettant des structures assez organisées avec des infrastructures pour favoriser l'éclosion de ces talents-là qui pourront permettre au Togo de régénérer son effectif dans un futur proche et lointain afin d'avoir des résultats probants sur l'échiquier continental et mondial. »
Rejoignez notre communauté sportive !
Suivez-nous sur les réseaux sociaux pour ne rien manquer de l'actualité sportive en temps réel.
