FECOFA : accusation de fraudes graves et ingérence de la FIFA dans le processus électoral

Dans un contexte politique tendu, le processus électoral de la Fédération congolaise de football (FECOFA) est aujourd’hui visé par des accusations graves de fraudes et de faux procès-verbal qui auraient justifié un changement des statuts supposément réalisé en janvier 2025 mais officialisé le 28 avril 2026, après la date limite de dépôt des candidatures. Le tout pour favoriser l’élection de Véron Mosengo-Omba.

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FECOFA : accusation de fraudes graves et ingérence de la FIFA dans le processus électoral

Rarement une élection d’une fédération africaine aura autant fait jaser. Des neuf candidats initialement intéressés par la présidence de la FECOFA, seule la candidature de Véron Mosengo-Omba a finalement été validée par la Commission électorale de la fédération congolaise de football association.

Entre l’invalidité de plusieurs dossiers et le retrait soudain pour « raisons personnelles » des deux autres listes validées en première instance (Bosco Mwehu et Jean-Didier Massamba), le chemin a été complètement balisé pour permettre à l’ami de Gianni Infantino, Mosengo-Omba, d’être élu le 20 mai. Problème, ce plébiscite initié par la FIFA et soutenu par la présidence congolaise semble attacher de multiples fraudes et même d’un faux document qui a permis justement la validité de la candidature de l’ancien secrétaire général de la CAF.

L’Assemblée générale du 11 janvier 2025 n’a jamais ratifié le changement des statuts

Le 11 janvier 2025, le Comité de normalisation dirigeant la FECOFA convoquait une Assemblée Générale Extraordinaire pour changer notamment certains statuts, dont l’article 37 relatif aux critères d’éligibilité. L’idée était de promouvoir un amendement permettant à un individu ayant simplement occupé une fonction dans le football (donc pas forcément congolais) de pouvoir se présenter aux élections. Un texte semblant fait sur mesure pour Véron Mosengo-Omba qui n’avait jamais occupé de fonction au sein du football congolais.

De fait, à la fin d’un interminable Comité de normalisation de trois ans et demi qui se termina curieusement au moment de son départ de la CAF pour limite d’âge atteinte, il annonça sa candidature soutenue en haut-lieu par Gianni Infantino et depuis par le gouvernement congolais, notamment le ministre des Sports, Didier Budimbu, qui convoqua les différents présidents de Ligue dans son bureau privé sur l’Avenue de la Justice afin de magnifier la candidature de son nouvel « ami ».

Problème, la validité du dossier de Véron Mosengo-Omba repose sur le changement de statuts. Or, il n’a jamais eu lieu officiellement puisque les membres de l’Assemblée générale ont refusé les propositions arguant qu’un « processus électoral était en cours, aucune disposition statutaire ne doit être revue ».

La demande de changement des statuts a été rejetée lors de l'AGE.

Ces termes, écrits par trois dirigeants de Ligue régionales (Eidé Vakatsuraki Vayikerye président de la Ligue provinciale du Nord Kivu, Georges Magambo Budundwa le président de la Ligue provinciale du Sud Kivu et Mulowe Rubi Toto le premier vice-président de la Ligue de la province orientale) dans une correspondance officielle datée du 28 avril réfutaient la version avancée par la FECOFA en expliquant que « les statuts n’ont jamais été modifiés depuis leur adoption en 2022 ».

Faux procès-verbal transmis par la FIFA

Le 26 avril, cinq jours après la date de dépôt des candidatures, le président de la Commission électorale, Michy Enyeka Bowangalawanga, écrivait à la secrétaire générale de la FECOFA pour lui demander de transmettre « de manière officielle une copie du procès-verbal de l’Assemblée Générale Extraordinaire du 11 janvier 2025 pourtant Modification des Statuts de la Fédération Congolaise de Football Association ».

Curieusement, le document n’avait pas été transmis par l’administration de la FECOFA mais par Ahmed Harraz, l’un des responsables de la gouvernance de la FIFA, qui envoya la correspondance deux jours auparavant. De quoi s’interroger sur l’indépendance supposée de la fédération. 

« Il est profondément préoccupant de constater qu’un document relevant exclusivement de l’autorité de la FECOFA ait été communiqué par une instance extérieure trois jours après la date de clôture de dépôt des candidatures pour le comité exécutif de la FECOFA. Ce procédé constitue une ingérence manifeste dans le processus électoral de notre Fédération et relève d’une fraude caractérisée », écrivent les trois dirigeants de Ligue dans leur courrier officiel transmis au président de la Commission électorale et à la FIFA.

Pis encore, comment la FIFA peut envoyer un document qui n’a jamais existé ? Selon d’autres membres présents lors de l’Assemblée Générale Extraordinaire du 11 janvier 2025, il n’y a jamais eu de procès-verbale entérinant le changement des statuts. Dès lors, de quel document peut-il s’agir ?

Selon nos informations, les membres du Comité de normalisation à l’époque, dont la nomination suscita des alertes quant à leurs accointances avec Véron Mosengo-Omba, authentifièrent les nouveaux statuts à l’aide d’un acte notarial. Une manœuvre ne respectant aucunement les statuts de la FECOFA qui nécessitent l’approbation des membres de l’Assemblée Générale.

Les changements de statuts sont apparus au journal officiel le 28 avril 2026

Si le processus électoral entamé en 2025 avorta, celui de 2026 semble aboutir. Curieusement, la FECOFA a justement attendu celui-ci et plus d’un an et trois mois afin d’authentifier le changement de ses statuts qui fut publié au journal officiel le 28 avril 2026, soit une semaine après la date de dépôt des candidatures.

Dénoncé par Patrice Mangenda, l’ancien secrétaire général adjoint de la FECOFA s’étant porté candidat, il rappelle dans une correspondance officielle à la Commission électorale e tà la FIFA l’article 7 du code électoral de la FECOFA et l’article 19 des statuts de la FIFA : 

« Les règles électorales ne peuvent être modifiées après la publication de l’appel à candidature, sauf force majeure validée par la FIFA. »

L’appel à candidature datant du 5 avril 2026 et le changement officiel du 28 avril 2026, l’infraction est clairement visible. De quoi s’interroger sur les motivations réelles de la FIFA à rester silencieuse dans un processus ne respectant aucune règle, pas même les siennes, ce qui pourrait créer un précédent à l’avenir pour d’autres fédérations ou États désireux de pousser leur candidat sans tenir compte des statuts de la Fédération internationale de football association.

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À propos de l'auteur

Romain MOLINA

Romain MOLINA

Rédacteur sportif

Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.

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