Football féminin : le Cameroun en plein naufrage

L'élimination de la sélection féminine U17 face au Sénégal confirme la crise profonde qui frappe le football féminin camerounais, désormais privé de toutes compétitions internationales de jeunes cette année. Ce nouvel échec scelle un déclin statistique inédit depuis 2021, contrastant avec le passé glorieux des Lionnes Indomptables sur la scène africaine et internationale.

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Football féminin : le Cameroun en plein naufrage

Le football féminin camerounais traverse une période de profonde désillusion, marquée par une nouvelle élimination de la sélection U17 aux portes du Mondial 2026. La débâcle survenue le samedi 30 mai face au Sénégal, a scellé une année noire pour les sélections de jeunes du pays. Après un match nul vierge à Dakar, les Lionnes [Indomptables ?] n'ont pas su faire la différence à Yaoundé, s'inclinant finalement aux tirs au but (5-4) après un score cumulé de 0-0. Cette défaite douloureuse prive le pays d'une participation au prochain Mondial de la catégorie au Maroc et s'ajoute à l'échec de la sélection U20, éliminée quelques jours plus tôt de la course à la Coupe du monde 2026 par la Tanzanie.

Un déclin marqué depuis 2021

Cette double désillusion chez les jeunes illustre un recul global des performances depuis l'avènement de Samuel Eto’o à la présidence de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) fin 2021. Le bilan des sélections féminines s'est considérablement alourdi en échecs : non-qualifications pour la Coupe du monde féminine des senior 2023, les Jeux Olympiques de 2024 et la CAN 2024. Si les Lions A ont obtenu leur ticket pour la CAN 2026, cela s'est fait par un concours de repêchage administratif après un échec initial sur le terrain. Chez les jeunes, en dehors d'un huitième de finale au Mondial U20 en 2024, les catégories U17 ont manqué les éditions de 2022, 2024 et désormais 2026, tandis que la campagne de 2025 s'est soldée par une élimination dès le premier tour après trois défaites consécutives.

Cette trajectoire contraste nettement avec la régularité qui caractérisait le football féminin camerounais avant cette période. Par le passé, le Cameroun s'était imposé comme une place forte du continent africain. Les Lionnes avaient atteint le podium de la CAN féminine à plusieurs reprises, avec une finale en 2014 et 2016, et deux troisièmes places en 2012 et 2018. La sélection senior avait également participé aux Coupes du monde 2015 et 2019, atteignant à chaque fois les huitièmes de finale. Chez les jeunes, les U17 avaient même disputé les Mondiaux 2016 et 2018, confirmant un niveau compétitif aujourd’hui difficile à retrouver. 

Une instabilité managériale pointée du doigt

Pour de nombreux observateurs, cette crise de résultats s'explique en partie par une instabilité technique et des choix managériaux contestés. Juste avant le Mondial U17 de 2025 au Maroc, l'entraîneur Briand Ndoko des bébés Lionnes a été limogé. Et Ndoumou Mike a été nommée pour assurer intérim. Depuis, une forte concentration des pouvoirs techniques s'est opérée : le même personnel encadre l'essentiel des catégories.

Ndoumou Mike dirige la sélection senior — après le licenciement de Jean-Baptiste Bisseck — tout en restant à la tête des U17 avec l'assistance d'Hassan Balla, qui lui entraîne également les U20 dames. Des analystes soulignent par ailleurs que des tensions extra-sportives ont entraîné la mise à l'écart de joueuses talentueuses, affaiblissant durablement les effectifs.

Repenser le football jeune 

Face à ce constat, les appels à une refonte de la stratégie nationale se multiplient. Les spécialistes du secteur estiment que la visibilité du championnat national ne peut masquer l'absence de fondations solides à la base de la pyramide du football féminin. La baisse de compétitivité des joueuses locales lors des échéances internationales illustre le manque de rythme et d'opposition de haut niveau durant leur parcours de formation.

L'expert et entraîneur de football Thierry Metomo préconise un changement radical de politique pour sortir de cette spirale négative. Selon lui, l’effort doit impérativement se concentrer sur les structures décentralisées : « il faut réellement penser au football jeune (U15, U17, U20) et faire jouer des championnats dans les départements et régions. » Il insiste sur la nécessité de multiplier les stages, de planifier des rencontres amicales internationales et d'intégrer pleinement les jeunes filles issues des centres de formation existants afin de rebâtir des sélections nationales compétitives à court et moyen terme.

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À propos de l'auteur

Arthur WANDJI

Arthur WANDJI

Rédacteur sportif

Correspondant SNA au Cameroun et Gabon. Spécialiste des Lions Indomptables.

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