
Le scénario redouté s’est finalement confirmé. Les Diables rouges dames ne disputeront pas leur double confrontation face aux Lionnes de l’Atlas, prévue en octobre, dans le cadre du deuxième tour des éliminatoires africaines du tournoi olympique de football féminin de Los Angeles 2028. La Fédération congolaise de football a saisi la Confédération africaine de football (CAF) pour notifier le retrait de la sélection nationale, laissant ainsi le Maroc accéder directement au troisième tour.
Cette décision intervient dans un contexte marqué par l’absence de compétitions régulières et le manque de préparation de l’équipe nationale. Quelques mois auparavant, la sélectionneuse des Diables rouges dames, Berjona Mbemba, saluait pourtant la reprise des compétitions locales, après deux saisons d’interruption liées à une crise interne à la fédération.
Au micro de Télé Congo, elle déclarait : « Dernièrement, les clubs de football féminin ont disputé la Coupe du Congo, ce qui était un signal pour le football des dames. J’ai regardé quelques matchs disputés à Brazzaville. Je pense qu’il y a un noyau qui est là, mais ce qui reste, c’est le travail. »
Derrière cet espoir de relance, les incertitudes demeuraient. Jusqu’en septembre, aucun programme de regroupement de la sélection n’avait été défini, selon les éléments disponibles. Une situation qui faisait déjà planer le doute sur la capacité du Congo à préparer convenablement cette échéance internationale.
Un football féminin en perte de repères
Le forfait face au Maroc révèle les difficultés persistantes du football féminin congolais. Depuis plusieurs saisons, les championnats connaissent des interruptions prolongées, les compétitions nationales restent irrégulières et les clubs peinent à s’inscrire dans une dynamique de développement durable. Dans ces conditions, la préparation d’une sélection nationale compétitive devient particulièrement complexe.
Le parcours des Diables rouges dames en témoigne. Le Congo n’a participé qu’à une seule phase finale de la Coupe d’Afrique des nations féminine, en 2006. Près de vingt ans plus tard, la sélection attend toujours de retrouver cette compétition continentale.
Lors des éliminatoires de la CAN féminine disputées en 2023, les Congolaises avaient franchi le premier obstacle face à la Guinée-Bissau grâce à deux victoires, avant de s’incliner face à la Tunisie. Battues 5-2 à l’extérieur, elles avaient concédé un match nul, 1-1, à Brazzaville, pour une défaite cumulée de 6-3.
Ces rencontres constituent les dernières apparitions internationales de la sélection congolaise. Le retrait de la campagne olympique vient ainsi prolonger une période d’inactivité préoccupante pour les joueuses et l’encadrement technique.
Des moyens et une gouvernance à clarifier
Pendant que plusieurs pays africains renforcent progressivement leurs dispositifs de développement du football féminin, le Congo reste confronté à un problème majeur : l’absence de continuité dans l’organisation des compétitions. Un championnat interrompu pendant plusieurs années ne permet ni d’assurer une progression régulière des joueuses ni de donner aux clubs une visibilité sportive suffisante.
Cette instabilité compromet également la désignation régulière d’un champion national et la préparation des clubs aux compétitions continentales, notamment aux qualifications de la Ligue des champions féminine de la CAF.
Le développement du football féminin suppose une véritable stratégie fédérale. Le Congo dispose de joueuses susceptibles de renforcer la sélection, y compris parmi les binationaux évoluant à l’étranger. Encore faut-il mettre en place un dispositif d’identification, de suivi et de recrutement, adossé à un projet sportif cohérent.
Des engagements aux actes
Lors de son élection à la tête de la FECOFOOT, Eric Alain Mantot avait affiché sa volonté de faire du football féminin une priorité. « Le football féminin : il ne sera plus une note en bas de page, mais une priorité, avec des moyens réels », déclarait-il dans son premier discours en tant que président de la fédération.
Le retrait des Diables rouges dames des éliminatoires olympiques constitue désormais un test pour cette ambition. La relance de la discipline ne pourra se limiter à des déclarations d’intention. Elle exige un calendrier national stable, un accompagnement financier des clubs, un suivi technique des joueuses et une préparation rigoureuse de la sélection.
Le recrutement d’un sélectionneur expérimenté, entouré d’un staff compétent, pourrait contribuer à cette relance, à condition de s’inscrire dans un projet global et durable. La formation, la détection des talents, la structuration des clubs et la transparence dans la gestion des ressources doivent également faire partie des priorités.
Le forfait face au Maroc ne constitue pas seulement une occasion manquée dans la course aux Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Il met en évidence les limites d’un système qui peine à garantir une activité régulière à ses joueuses et une préparation adéquate à sa sélection nationale. Pour la FECOFOOT, l’enjeu est désormais de passer des engagements à l’action. Car, sans championnat régulier, sans suivi des joueuses et sans véritable projet de développement, le retour des Diables rouges dames sur la scène continentale risque de rester un objectif lointain.
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À propos de l'auteur
Rieltony LOUBOKO
Rédacteur sportif
Passionné de sport depuis toujours, partage avec vous les dernières actualités et analyses du monde sportif.
