
Clientélisme, défaillances administratives, finances alarmantes (746 millions de francs CFA de dettes), rivalités internes : la Fédération malienne de football était dans un bien triste état au moment de la passation de pouvoir en avril dernier. Unique candidat, Mahazou Baba Cisset s’était présenté en connaissance de cause, les affres de la FEMAFOOT étant connues de tous et même de la FIFA qui a pourtant soutenu mordicus pendant des années le bureau exécutif de Bavieux Touré. « Nos dirigeants ne voulaient pas le laisser tomber car il avait rendu quelques services », glisse une source à Zurich. « Honnêtement, la situation était intenable. La première victime en a été le football malien et cela ne peut pas se résorber en un claquement de doigt. »
Le processus de recrutement du nouveau sélectionneur interroge
Dans une volonté de transparence, le nouveau président avait expliqué à la presse la situation financière critique de la fédération tout en évoquant les contours du contrat avec l’équipementier Airness. Suscitant une vive polémique, marquée par la fin de la collaboration historique de plus de 25 ans, sa sortie médiatique augurait cependant celle d’un dirigeant voulant rompre avec les anciennes méthodes. Problème, les beaux discours publics ne se traduisent pas par des actes concordants. L’ambition, l’exigence et l’expérience annoncées n’ont pas été réellement traduites par la liste retenue de cinq profils pour le poste de sélectionneur.
Pis encore, cette liste rendue publique par la FEMAFOOT comportait des soucis assez inquiétants puisque Badou Zaki était sous contrat avec le Niger pour lequel il venait de parapher une prolongation de deux ans – même s’il n’a jamais caché en privé son envie de trouver un meilleur poste. Mohamed Magassouba, ancien coach des Aigles, pouvait difficilement incarner le renouveau annoncé surtout qu’il ne faisait pas l’unanimité au ministère des Sports, l’organe de tutelle qui prend en charge le salaire du nouveau coach.
Quant aux trois autres noms, ils ne remplissent pas non plus les critères établis. Anthony Da Silva n’avait jamais coaché une sélection nationale, ni un club d’une grande ligue européenne, ses expériences se limitant aux divisions inférieures portugaises ainsi qu’à la première et deuxième division en Roumanie. Enfin, Toni Conceiçao n’a plus coaché depuis quatre ans tandis Florent Ibenge était sous contrat avec le club tanzanien d’Azam. De quoi légitimement s’interroger si les cinq profils choisis étaient les plus adéquats vu les candidats intéressés par une sélection comme le Mali.
L’absence de Fousseni Diawara dans la shortlist
Par souci d’une gouvernance conjointe et de transparence, le président de la FEMAFOOT avait laissé une commission spéciale s’occuper de la sélection des profils. Sur les cinq membres, son influent vice-président, Bassala Touré, prenait évidemment une place importante comme Fanyeri Diarra, ancien entraîneur ayant conduit les U20 à la médaille de bronze au Mondial 2015, ou Alassane Souleymane, journaliste s’étant présenté en 2019 à la présidence de la fédération.
Quant à Momo Sissoko, nouveau conseiller en charge de l’international pour le président, il n’a pas fait partie officiellement de la commission qui dit avoir examiné soigneusement tous les candidats. Cependant, comment expliquer l’absence de Fousseni Diawara parmi les cinq noms retenus ?
Si le coach des U23 n’a pas que des amis – principalement chez certains anciens coéquipiers en sélection -, celui-ci a entamé depuis des années des études dans l’obtention de ses diplômes tout en engrangeant des expériences en Guinée et au Mali où il a occupé diverses fonctions (manager général, entraîneur des jeunes). Son absence a suscité une vive incompréhension, surtout qu’il faisait partie des favoris initiaux pour remplacer Tom Saintfiet et qu’il n’était au final pas forcément moins inexpérimenté pour le poste qu’Anthony Da Silva.
Le licenciement express du coach U17
Derrière les jeux en coulisses où diverses influences se mêlent autour d’un nouveau président se cherchant (logiquement) encore, le licenciement du sélectionneur des U17, Demba Traoré, suscita également une vive incompréhension. Sans être averti, il apprit la nouvelle par les réseaux sociaux, l’entraîneur avait pourtant qualifié les Aiglons pour la Coupe du Monde. Une performance cependant jugée insuffisante vu l’élimination en quarts de finale de la dernière CAN aux tirs au but face au Sénégal, futur lauréat.
Citant une « exigence » de résultats sportifs, la FEMAFOOT évoquait à nouveau ses ambitions et son patriotisme, ce qui était légitime mais aussi paradoxal : si le Mali disposait effectivement d’un potentiel sous-exploité depuis longtemps, pourquoi se séparer d’un technicien local ayant qualifié son équipe à la Coupe du monde ?
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À propos de l'auteur
Romain MOLINA
Rédacteur sportif
Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.
