Patrick Vieira et le Sénégal : l'enfant de Dakar face à un pays pressé

Né à Dakar, parti à huit ans, champion du monde avec la France, Patrick Vieira, nommé en août et installé en septembre, dirige un Sénégal qui sort d'un été de crise. La Fédération lui aurait confié un projet de quatre ans, selon la presse sénégalaise, mais le pays attend des victoires dès le 11 novembre.

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Patrick Vieira et le Sénégal : l'enfant de Dakar face à un pays pressé

Le 31 mai 2002, à Séoul, Patrick Vieira tenait le milieu de terrain de l'équipe de France. À la 30e minute, Papa Bouba Diop poussait le ballon au fond des filets et le Sénégal de Bruno Metsu, un Français, battait le champion du monde en titre, 1-0. Les Lions iraient jusqu'en quart de finale. Vingt-quatre ans plus tard, le milieu battu ce soir-là s'assoit sur le banc de Metsu.

« Je suis né ici, mes parents sont nés ici et c'est un retour à la maison », a lancé Vieira le 18 septembre à Dakar, lors de sa présentation officielle. La formule est belle. Elle dit aussi ce que la Fédération sénégalaise de football (FSF) est allée chercher : un nom mondial, un lien intime avec le pays, et la promesse d'un cap après des mois de secousses. Reste à mesurer ce que le Sénégal attend de lui, et ce que son parcours d'entraîneur permet d'espérer.

Le prochain match du Sénégal, face au Soudan le 11 novembre, est à suivre en direct sur SNA : buteurs, statistiques et compositions.

De Dakar à Dreux, puis Saly

Patrick Vieira est né à Dakar le 23 juin 1976. Il quitte le Sénégal à huit ans pour la région parisienne, d'abord Trappes, puis Dreux, où il grandit. La suite appartient au football français : 107 sélections avec les Bleus, la Coupe du monde 1998, l'Euro 2000.

Le fil avec le pays natal ne s'est pas rompu pour autant. En 2003, il cofonde avec d'anciens footballeurs, dont Bernard Lama et Jimmy Adjovi-Boco, l'institut Diambars, à Saly, sur la Petite-Côte. Une académie, pas une vitrine : un lieu où l'on forme chaque jour des joueurs sénégalais. C'est peut-être là, plus que dans son palmarès en bleu, que se trouve sa légitimité à Dakar.

Un été de crise, une nomination en deux temps

Le choix de la FSF se lit à la lumière des dix mois précédents. Le 18 janvier 2026, à Rabat, le Sénégal de Pape Thiaw bat le Maroc 1-0 en finale de la CAN 2025, sur un but de Pape Gueye en prolongation. Le 17 mars, le jury d'appel de la CAF retire le titre aux Lions de la Teranga (l'hospitalité, en wolof). Motif retenu par le jury d'appel : les joueurs avaient quitté un temps la pelouse pour protester contre un penalty accordé au Maroc. La finale est déclarée perdue par forfait, 3-0. La FSF a saisi le Tribunal arbitral du sport, qui a fixé l'audience au 8 octobre, à Lausanne. La date de la sentence n'est pas connue.

Puis vient la Coupe du monde 2026. Une seule victoire en quatre matchs, un 5-0 contre l'Irak, et une sortie dès le premier match à élimination directe, le 1er juillet : menés 2-0, les Belges l'emportent 3-2 après prolongation. À la mi-juillet, la FSF engage une procédure de limogeage contre l'entraîneur et son staff.

Le 18 août, la Fédération présidée par Abdoulaye Fall, élu en août 2025, annonce Vieira sur ses réseaux et parle d'un « choix stratégique », selon l'AFP. Le même jour, d'après Le Soleil, elle précise que les échanges sur les modalités contractuelles « se poursuivent ». Il faudra un mois pour que Vieira soit présenté officiellement, le 18 septembre, une semaine avant le premier match à Maputo. Son staff de dix personnes, dont trois anciens Lions (Lamine Diatta, Abdou Kader Mangane et l'entraîneur des gardiens Khadim Faye), n'est rendu public qu'à la fin septembre.

Selon Le Soleil, le contrat porte sur quatre ans, avec deux objectifs : atteindre la finale de la CAN 2027 et qualifier le Sénégal pour la Coupe du monde 2030. La rémunération serait comprise entre 35 et 45 millions de FCFA par mois selon Le Soleil, autour de 35 millions (environ 53 000 euros) selon Afrik-Foot. La FSF n'a pas rendu ces chiffres publics.

Cinq bancs, aucun titre

Le Sénégal n'a pas recruté un débutant. Il n'a pas recruté non plus un entraîneur qui a tout réussi, et les chiffres de ses cinq bancs dessinent une courbe irrégulière.

À New York City FC (2016-2018), il qualifie deux fois son équipe pour les play-offs de MLS, sans jamais passer un tour. À Nice, il termine 7e puis 5e de Ligue 1, avant d'être remercié en décembre 2020 après cinq défaites de suite. À Crystal Palace, il finit 12e de Premier League en 2021-2022, puis il est limogé en mars 2023 après douze matchs sans victoire. À Strasbourg, une seule saison, conclue à la 13e place, et un départ en juillet 2024. Au Genoa, enfin, il reprend en novembre 2024 une équipe 17e de Serie A et assure le maintien avec quatre journées d'avance. La saison suivante, il s'en va le 1er novembre 2025, le club étant dernier avec trois points après neuf journées.

Aucune sélection nationale dans ce parcours. Aucun titre. Et dix mois sans banc entre Gênes et Dakar.

Le pari de la FSF se joue pourtant ailleurs, dans le vestiaire. Un groupe secoué par une finale gagnée puis retirée, et par une sortie précoce au Mondial, peut avoir besoin d'une autorité qui ne se discute pas. Celle d'un champion du monde 1998 face à des joueurs qui ont grandi en le regardant peut peser.

Vieira a aussi choisi de s'appuyer sur la génération 2002, celle qui l'avait battu à Séoul. Khalilou Fadiga assistait à sa présentation. « Leur expérience est importante pour cette nouvelle génération de jeunes joueurs », a expliqué le sélectionneur à propos des anciens internationaux. El Hadji Diouf, son adversaire de 2002, ne figure pas, lui, dans le staff technique.

Son passage au Genoa a enfin montré qu'il sait redresser vite une équipe mal classée. C'est ce que demande une sélection, qui ne se réunit que quelques jours par trimestre.

Le temps, ce qui lui manque le plus

Reste une question. Un entraîneur qui n'a jamais tenu plus de deux saisons et demie au même endroit, et dont plusieurs expériences se sont achevées sur des séries noires, peut-il réussir dans un poste où le travail se compte en fenêtres internationales ? Une sélection ne laisse pas de saison pour corriger le tir.

Le calendrier presse. La phase finale de la CAN 2027 se jouera à l'été 2027, au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, et il ne reste que quatre matchs de qualification. Si l'objectif de finale rapporté par Le Soleil est bien celui fixé par la FSF, Vieira aura eu moins d'un an et une poignée de rassemblements pour bâtir une équipe capable de l'atteindre. Après l'été que le pays vient de vivre, le temps est précisément ce que les supporters des Lions risquent de lui compter.

Il y a aussi ce que l'on ignore. Le contrat n'a pas été publié, ni le détail des objectifs. Et la sentence du TAS sur la finale de la CAN 2025, quand elle tombera, pourra peser sur l'humeur du groupe.

Sur le terrain, le bilan comptable est correct : 1-1 au Mozambique le 25 septembre, puis 1-0 en Éthiopie le 29 septembre, grâce à Ibrahim Mbaye à la 11e minute. En amical, le 4 octobre au Vélodrome de Marseille, les Lions ont ensuite battu les Comores grâce à Iliman Ndiaye. Après deux journées de qualification, le Sénégal est deuxième du groupe J avec quatre points, à égalité avec le Mozambique, leader à la différence de buts (+3 contre +1). Le Soudan suit avec trois points, l'Éthiopie n'en a aucun. Les deux premiers de chaque groupe se qualifient pour la phase finale.

Le 11 novembre, les Lions reçoivent le Soudan (le match en direct sur SNA), avant le match retour le 15 novembre. Au soir de ce second rendez-vous, le Sénégal saura si le retour à la maison de Patrick Vieira a commencé par une installation ou par une alerte.

Les fiches de match en direct sur SNA (buteurs, statistiques, compositions).

25 septembre 2026 : Mozambique – Sénégal (1-1)

29 septembre 2026 : Éthiopie – Sénégal (0-1)

11 novembre 2026 : Sénégal – Soudan (à venir)

15 novembre 2026 : Soudan – Sénégal (à venir)

SNA – Afrique de l'Ouest

Crédit photo : Simon Heseltine / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

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