
Lors de l'annonce de sa liste, Pape Thiaw a surpris son monde en annonçant non pas 26 mais 28 joueurs. Le technicien expliquait au moment de sa conférence de presse avoir pris deux réservistes dans son groupe et leur avoir déjà signifié leur rôle. Si de nombreuses thèses ont fusé sur la réelle identité de ces deux réservistes depuis l'annonce officielle de la liste jusqu'à l'élimination des Lions, un document officiel consulté par Sport News Africa au sujet des joueurs retenus pour le Mondial confirme bien qu'Ilay Camara et Bara Sapoko Ndiaye étaient les deux réservistes ajoutés au groupe.
Malang Sarr réserviste
Au total, la liste globale comprenait 26 joueurs et 9 réservistes qui étaient : Pape Mamadou Sy (Metz), Ilay Camara (Anderlecht), Lamine Sy (Auxerre), Malang Sarr (Lens), Bara Sapoko Ndiaye (Bayern Munich), Mamadou Diakhon (Club Brugge), Cheikh Tidiane Sabaly (Vancouver), Habib Diallo (Metz) et Boulaye Dia (Lazio).
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Ce qui confirme que Malang Sarr était donc bien dans le radar du staff de Pape Thiaw. Après sa saison aboutie en Ligue 1 avec Lens, une première sélection était d'ailleurs fortement pressentie. Mais comme révélé il y a plusieurs semaines par Dsports, il y a eu interférence de cadres de l'équipe pour freiner sa venue pour des raisons sportives mais aussi par rapport à ses anciennes sorties médiatiques.
Le match face aux USA fatal à Moustapha Mbow
Renseignés sur leur rôle, Ilay Camara et Bara Sapoko étaient censés venir appuyer l'équipe durant la préparation et gagner en expérience auprès des anciens. Mais la donne a changé après les premiers entraînements et surtout le premier match de préparation face aux Etats-Unis. Sur le terrain le Sénégal s'incline 3-2, mais au-delà du score, c'est la prestation globale qui inquiète le staff et notamment certaines faillites individuelles qui ont mis en lumière des joueurs à court de rythme ou en manque total de confiance.
Parmi celle-ci, la plus criante est celle de Moustapha Mbow. Au sortir d'une saison aboutie avec le Paris FC, le défenseur est passé à côté de son entrée en jeu, étant coupable sur le 2e but américain, a failli coûter le 3e avant qu'il ne soit finalement annulé pour une position de hors-jeu et a globalement fait preuve de fébrilité avec des pertes de balle qui ont alerté.

A la suite de cette rencontre, le staff technique a eu des doutes sur « l'effondrement mental de Mbow », sa gestion des émotions et sa capacité à les gérer dans des matchs couperets, là où le jeune milieu du Bayern a lui marqué des points et fait preuve de caractère.
Une discussion a eu lieu avec Pape Thiaw qui l'a informé qu'il ne pourrait pas prendre part au Mondial. Le lendemain, la liste finale était envoyée à la FIFA avec Bara Sapoko Ndiaye prenant sa place. Une décision forte du sélectionneur, mais un changement pas forcément bien vu aux yeux de tous, certains joueurs proches de Mbow le voyant faire une croix sur son rêve de Mondial alors qu'il était initialement retenu parmi les 26. « Face à des joueurs, ça peut vite être compliqué quand vous revenez sur votre parole », confie un proche du groupe.
Le cas Chérif Ndiaye
Autre réserviste resté à quai, Ilay Camara aurait aussi eu l'occasion d'être intégré au groupe des 26, au détriment de Chérif Ndiaye. Sur ce point, réside une zone d'ombre et deux versions s'opposent fermement.
La première est sortie avant la fin de la phase de groupes, indiquant qu'à la suite du match amical face aux USA, Pape Thiaw aurait fait le choix de remplacer le joueur de Samsunspor et Mbow par Bara Sapoko Ndiaye et Ilay Camara qui ont donné satisfaction aux entraînements. Apprenant la nouvelle, l'attaquant aurait créé un tollé, provoquant une réunion en urgence avec des cadres du groupe et le sélectionneur. Réunion à la suite de laquelle il aurait été réintégré.
La seconde version dément catégoriquement cette théorie indiquant que le seul changement qui a eu lieu est celui de Mbow, l'affaire Chérif s'apparentant à une entreprise de déstabilisation du groupe. « Il n'y a jamais eu de réunion avec les cadres pour réintégrer Chérif, car il n'a jamais été question d'emmener Ilay Camara à sa place », indique un membre du staff. Au final, Chérif Ndiaye n'a pas joué la moindre minute dans cette campagne.
Des joueurs entre blessures, méforme physique et manque de rythme et de confiance
Toujours est-il que cette préparation qui devait permettre aux Lions de monter en régime et gagner en confiance n'a finalement pas eu les effets escomptés. Au contraire. Ceci notamment en raison d'états de forme très hétérogènes au sein du groupe, avec de nombreux joueurs loin de leur niveau au moment de la CAN 2025. Un constat rapidement fait par Pape Thiaw et son staff. Ce qui a donné la sensation que des joueurs n'avaient pas réellement conscience de leur réel état de forme où alors ont tout fait pour participer au Mondial tout en sachant qu'ils n'étaient pas au mieux.
Après la défaite contre la France, le capitaine Kalidou Koulibaly, avait lui même reconnu publiquement que plusieurs joueurs, dont lui, Idrissa Gana Gueye ou encore Pape Gueye, souffraient d’un manque de rythme et d’une fatigue accumulée sur la saison. Un aveu lourd de sens.
« Beaucoup sont venus en pensant pouvoir jouer un rôle sur ce Mondial, mais la préparation a montré que leur niveau physique n'était pas en adéquation à leurs attentes », poursuit une source interne.
Plusieurs joueurs ont d’ailleurs eu du mal à comprendre la décision du sélectionneur d’insister avec Kalidou Koulibaly malgré ses limites affichées aux entraînements, plusieurs fois pris de vitesse ou reculant un peu trop pour éviter justement d’être pris dans son dos.

Si les cas du défenseur et Idrissa Gana Gueye, blessés, étaient connus de tous, d'autres n'ont pas répondu aux attentes alors qu'ils avaient une carte à jouer. Au premier rang desquels Assane Diao. Pourtant de retour à la compétition avec son club de Como, l'ailier a perdu son explosivité et sa capacité d'accélération qui faisaient sa force aux entraînements.
Censé pouvoir remplacer Koulibaly comme lors de la demi-finale et de la finale de la CAN, Mamadou Sarr a payé sa méforme et sa perte de confiance depuis son retour à Chelsea durant la seconde partie de saison. En revanche, il aurait toujours eu une attitude irréprochable dans la vie du groupe. Touché à l'épaule depuis un moment, Pape Matar a traversé ce Mondial comme un fantôme, loin très loin du joueur qui portait l'équipe à Kinshasa pour marquer le but du 3-2 et replacer le Sénégal en tête de son groupe de qualification.
Autant de jeunes devant pouvoir remplacer des cadres qui au final ont dû ronger leur frein sur le banc de touche. Ajouté à cela certains dont le comportement a été qualifié de dilettante par moment, d'autres affichant un visage fermé en apprenant qu'ils ne démarraient pas, notamment Nicolas Jackson dont la frustration n’a pas été bien comprise par ses coéquipiers eu égard à ses performances.
Défaillances logistiques pour l'alimentation
Comme révélé par Sport News Africa au lendemain de la défaite inaugurale contre la France (3-1), de nombreux dysfonctionnements ont touché l'équipe sur le sol américain, à commencer par les soucis au niveau de l'alimentation. Exfiltré en urgence après une accusation d'agression sexuelle sur une commis de cuisine (ce dont il nie les faits, ndlr), le chef qui accompagnait les Lions est revenu sur l'organisation.
« Rien n'était prêt malgré deux mois de préparation. Tous les produits devaient être disponibles pour le Sénégal. Malheureusement il n'y avait rien (…) J'ai dit à Maya Fall (désignée par la FIFA pour coordonner les aspects logistiques de la restauration de la délégation sénégalaise) : "Vous avez saboté la restauration à San Antonio, mais je ne tolérerai pas cela ici" » , a-t-il indiqué dans les colonnes de L'Observateur.
Les tensions auraient persisté durant le voyage de la délégation dans le New Jersey. Selon le chef, l'absence répétée des produits demandés l'a contraint à faire appel aux dirigeants de la Fédération sénégalaise de football pour débloquer la situation et acheter directement les produits nécessaires à sa cuisine et notamment halal.
Ismaïla Sarr et Pathé Ciss contraints de gérer leurs demandes de visas
Et si côté alimentation les faillites ont été constatées (l’hôtel proposant une nourriture très grasse et huileuse inadaptée à un athlète de haut niveau), l'arrivée même des joueurs n'a pas été de tout repos. Si la délégation s'est envolée depuis Dakar dès la fin du mois de mai pour les USA, plusieurs joueurs manquaient à l'appel. Au premier rang desquels Ismaïla Sarr et Pathé Ciss.
En lice en finale de la Ligue Europa Conference le 27 mai avec leurs clubs respectifs de Crystal Palace et du Rayo Vallecano, les deux joueurs ne sont arrivés au rassemblement de l'équipe qu'en date du 6 juin. Soit après les arrivées d'Ibrahim Mbaye qui a vu le PSG disputer la finale de la LDC quelques jours plus tard, ainsi que Yehvan Diouf et Antoine Mendy qui jouaient le barrage pour se maintenir en Ligue 1 avec Nice...
D'après les informations de Sport News Africa, Sarr et Ciss ont été retardés par des soucis de visas, leurs demandes n'ayant pas été faites par les préposés. D'abord arrivés sur Dakar, ils ont dû faire personnellement leurs demandes de visas pour les États-Unis et le Canada. Mais la procédure prenant trop de temps, une solution a finalement été trouvée via le consulat du Sénégal à Paris. Ils ont donc pris la direction de la France pour y déposer une demande et recevoir le précieux sésame, afin de pouvoir ensuite rejoindre l'équipe qui préparait son 2e match de préparation face à l'Arabie Saoudite.
Pape Gueye met la FSF sous pression... le clash se produit
Un problème de visa qui s'est également posé pour l'analyste vidéo appelé en renfort avant le match face à la Norvège. Arrivé sur place, ce dernier n'a pas pu accompagner l'équipe au Canada pour le dernier match de groupe face à l'Irak. Des informations récoltées par Sport News Africa, il avait pourtant tous ses documents en règle et ne lui manquait que la Fédération sénégalaise de football fasse la demande de visa nécessaire... ce qui n'a pas été le cas. « Il est arrivé et a été livré à lui-même alors qu'il aurait pu être à Toronto », souffle un membre de la délégation. « Mais comme il est consciencieux, il a fait le job à distance. »
Autant de manquements, dysfonctionnements ou légèretés dans l'organisation qui ont eu un impact sur le travail du staff de Pape Thiaw, mais surtout sur le quotidien des joueurs qui ont accumulé de nombreuses frustrations, quand dans le même temps ils voyaient sous leurs yeux certains dirigeants profiter du séjour.
Face à cette situation, Pape Gueye n'a cessé de confronter les dirigeants fédéraux, les mettant face à leurs responsabilités et leurs manquements concernant l'organisation et les conditions de la préparation. Ce qui a fini par entraîner deux altercations avec des responsables de la FSF. L'une avec Bamba Ba, président de la commission Marketing de la FSF qui a cependant démenti cette histoire. L'autre avec le secrétaire général Abdoulaye Sow. Cette seconde altercation a été plus houleuse avec de vifs échanges d'insultes, qui ne peuvent être retranscrites compte tenu de leurs teneur. Elle a failli dégénérer en affrontement physique avant que les deux hommes ne soient séparés. Le milieu de terrain de Villarreal a ensuite lâché : « Vous avez détruit l’équipe, vous n’êtes pas à la hauteur ! »
Une ambiance délétère avec des cadres soutenant silencieusement leur jeune coéquipier à défaut d’aller au front avec lui, ce qui n’a pas été du goût des plus jeunes, dont les frustrations grandissaient au fil de la compétition. Ce groupe si soudé, qui réservait une table de trente après la rencontre au Stade de France contre le Pérou il y a quelques mois encore, s’est peu à peu disloqué, fait de petits clans qui ne sont pas en conflit, mais ne se parlant pas vraiment entre eux. Une accumulation de petits détails, du pouvoir supposé des anciens sur Pape Thiaw à l’organisation abracadabrantesque de la fédération, qui finit par pousser les Lions loin d’une Coupe du monde à oublier.
Romain MOLINA et Mansour LOUM
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À propos de l'auteur
Romain MOLINA
Rédacteur sportif
Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.
