
Alors que la planète football a les yeux rivés sur le dénouement de ce premier Mondial à 48 équipes avec la finale qui se tiendra ce 19 juillet, un constat amer s'impose pour le football africain. Si sur le terrain, les sélections nationales ont soufflé le chaud et le froid - avec un Maroc encore une fois porte-drapeau du continent jusqu'en quarts de finale -, dans les coulisses et sur les pelouses, la trajectoire des arbitres africains s'est arrêtée brutalement.
Une sortie précoce, dès les seizièmes de finale, qui interroge : s'agit-il d'un simple plafond de verre technique, ou le sifflet africain est-il la victime collatérale de tensions géopolitiques qui le dépassent ?
Départ sous tension et un bilan comptable famélique
Avant même que le premier coup de sifflet ne soit donné sur le sol nord-américain, le ton était donné. L'interdiction d'accès au territoire américain signifiée à l'arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan a agi comme un premier coup de semonce. Privé de tournoi pour des raisons administratives et laissé à son sort sans soutien de la FIFA, il laissait une délégation africaine amputée de l'un de ses visages prometteurs.
Sur les 19 officiels africains retenus, ils étaient 7 arbitres centraux sur la ligne de départ :
Mustapha Ghorbal (Algérie)
Amin Mohamed Omar (Egypte)
Pierre Atcho (Gabon)
Dahane Beida (Mauritanie)
Jalal Jayed (Maroc)
Abongile Tom (Afrique du Sud)
Omar Abdulkadir Artan (Somalie)
Le bilan statistique de leur participation est particulièrement maigre. Sur les 101 matchs disputés à ce jour (sur un total de 104), les arbitres africains n'ont dirigé que 10 rencontres, soit à peine 9,9 % du tournoi.
Rigueur technique exemplaire, mais ignorée
Le plus paradoxal dans cette éviction précoce reste le niveau de performance affiché. Contrairement à d'autres confédérations dont les officiels ont été vertement critiqués pour des décisions litigieuses ou des recours au VAR mal maîtrisés, les arbitres africains ont rendu des copies plutôt propres.
Aucun des 10 matchs qu'ils ont dirigés n'a été entaché d'une polémique majeure. Le huitième de finale de Jalal Jayed lors du match Allemagne - Paraguay s'est déroulé sous le signe d'une maîtrise technique et d'une autorité saluées par les observateurs, malgré le jeu rude proposé par la formation paraguayenne.
Le constat est clinique : les arbitres africains n'ont pas été renvoyés chez eux pour manque de compétence. Alors, pourquoi ce désamour de la Commission des arbitres de la FIFA au moment de désigner les arbitres amenés à officier lors des matchs à enjeu ?
Manque de lobbying ou retour de bâton politique ?
Pour comprendre ce traitement, il faut lever les yeux de la pelouse et regarder vers les loges présidentielles. Deux pistes principales se dessinent pour expliquer cette mise à l'écart systématique des phases finales (aucun arbitre en 8es, en quarts, ni en demi-finales).
D'abord, le déficit chronique de lobbying de la CAF. L'arbitrage de haut niveau est aussi une affaire d'influence. Contrairement à l'UEFA ou à la CONMEBOL, qui disposent de réseaux d'influence historiques et agressifs au sein des instances de la FIFA, la Confédération africaine de football peine à imposer et protéger ses cadres de manière politique dans les moments clés d'un grand tournoi.
Une autre hypothèse, plus politique, agite les coulisses. Récemment, la CAF a pris la décision forte de signer un partenariat stratégique d'envergure avec l'UEFA. Un rapprochement qui n'a pas manqué de faire grincer des dents du côté de Zurich, le siège de la FIFA, qui voit d'un mauvais œil cette alliance d'intérêts entre l'Europe et l'Afrique. Pour couronner le tout, le Somalien Omar Abdulkadir Artan - celui-là même interdit de séjour sur le sol américain - a été désigné par l'UEFA pour arbitrer la prochaine Supercoupe d'Europe.
Un camouflet diplomatique pour l'organisation américaine du Mondial, et un signal fort envoyé par l'Europe. La FIFA fait-elle payer à la CAF cette alliance avec l'UEFA en boudant ses officiels ? En coulisses, beaucoup d'observateurs n'hésitent plus à franchir le pas.
Vers un lot de consolation ?
Alors que la finale du 19 juillet approche à grands pas, l'Afrique du sifflet doit se contenter d'observer le spectacle depuis les tribunes. Sauf surprise de dernière minute, aucun officiel du continent ne sera au sifflet pour l'apothéose du tournoi. Il reste toutefois une infime chance de voir un trio africain désigné pour le match de la troisième place : un lot de consolation bien maigre, mais qui viendrait au moins récompenser la propreté technique d'une corporation injustement boudée par les instances suprêmes du football mondial.
Les rencontres du Mondial 2026 dirigées par des arbitres africains
Phase de groupes
Amin Mohamed Omar – Corée du Sud vs République Tchèque
Mustapha Ghorbal – Haïti vs Ecosse
Jalal Jayed – Allemagne vs Curaçao
Pierre Ghislain Atcho – Irak vs Norvège
Dahane Beida – Autriche vs Jordanie
Amin Mohamed Omar – Argentine vs Autriche
Jalal Jayed – Portugal vs Ouzbékistan
Pierre Ghislain Atcho – Panama vs Croatie
Mustapha Ghorbal – Turquie vs USA
16es de finale
Jalal Jayed – Allemagne vs Paraguay
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À propos de l'auteur
Malick BAMBA
Rédacteur sportif
Le sport africain au quotidien, ces belles histoires et polémiques en tous genres.
