
Un géant aux pieds d'argile face au défi de la diffusion
En bousculant le paysage médiatique africain lors de l'attribution des droits des Mondiaux 2022 et 2026 au détriment du partenaire historique Canal+ Afrique, le groupe privé togolais basé à Lomé avait frappé un grand coup et voulait incarner « l'Afrique par l'Afrique ». Un positionnement ambitieux qui se heurte aujourd'hui à la dure réalité du terrain. À seulement sept jours du coup d’envoi officiel, le grand public ignore encore en grande partie l'identité du diffuseur officiel. New World TV souffre d’un déficit criant de notoriété et de visibilité auprès des supporters, tandis que l'accès technique pose un problème majeur, les décodeurs officiels restant trop peu répandus et les accords de distribution avançant à pas de tortue.
Cette offre payante est censée couvrir dix-neuf pays d’Afrique subsaharienne. Le réseau englobe ainsi l'Afrique de l'Ouest à travers le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Togo, le Bénin, le Burkina Faso, le Niger et la Guinée, mais aussi l'Afrique centrale avec le Cameroun, le Gabon, la RD Congo, le Congo, la République Centrafricaine et le Tchad. Les zones de l'Afrique de l'Est et de l'Océan Indien sont également concernées, incluant le Rwanda, le Burundi, Madagascar, Maurice et les Seychelles.
Pour le public n'ayant pas les moyens ou l'accès à cet abonnement, l'horizon s'avère particulièrement restreint. Sur les 104 rencontres du tournoi, 34 matchs seulement seront sous-licenciés en clair à des chaînes nationales gratuites à travers 43 territoires. À raison d’un seul match par jour, l'immense majorité des supporters devra soit se tourner vers la radio, soit basculer dans l'illégalité via des flux de streaming piratés pour suivre la compétition, accentuant le spectre d'un piratage de masse.
Des coulisses explosives sous l'engrenage des dettes
Cette fragilité technique n'est que la partie émergée de l'iceberg. En interne, la situation financière du groupe est qualifiée d’explosive. Les premiers signaux d'alerte avaient déjà été mis en lumière par le magazine Jeune Afrique, qui révélait récemment l'accumulation d'importants ennuis financiers au sein de la chaîne togolaise, entraînant de nombreux départs au sein des rédactions sportives. Aujourd'hui, les langues se délient et les déconvenues s'accélèrent. D'après nos informations, le studio parisien de la chaîne a dû fermer ses portes, faute de règlement des factures auprès des prestataires de services (200 000 euros d'après nos informations), tandis que la production des émissions phares autour de la Ligue des champions a été brutalement interrompue en France pour être relocalisée en urgence à Lomé afin de réduire les coûts.
Cette asphyxie financière s'accompagne d'une véritable fronde sociale. Plusieurs journalistes se trouvent actuellement bloqués par des clauses d'exclusivité strictes avec New World TV alors même qu’ils ne perçoivent plus leurs salaires. Poussés à bout par cette situation précaire, certains d'entre eux ont officiellement décidé d'ester en justice contre la chaîne pour rupture de contrat et non-paiement, compliquant un climat de travail déjà délétère.
Fiasco logistique des visas et fronde des stars de l'antenne
À l'heure où les délégations médias du monde entier s'installent aux États-Unis, au Canada et au Mexique, une partie des équipes de New World TV est quant à elle bloquée sur le tarmac. La chaîne a pourtant loué un studio complet dans le New Jersey pour y loger ses équipes et animer ses tranches d'information. Le tout pour un montant avoisinant 300 000 euros pour la durée du Mondial 2026. Pourtant, aucun présentateur ni journaliste de la chaîne n'est actuellement sur place. Cette situation surréaliste découle d'un imbroglio administratif majeur avec le prestataire technique français PGS, chargé d'orchestrer la production logistique. Si l'équipe technique de PGS a entrepris ses démarches à temps et obtenu ses visas depuis de longues semaines, elle n'a pas inclus les journalistes de la chaîne togolaise dans les procédures, laissant la rédaction dans l'attente désespérée de ses autorisations consulaires.
Pour masquer ce vide à l'antenne, la société et la chaîne cherchent activement un profil d’animateur expérimenté capable de prendre les commandes des émissions depuis les États-Unis, ainsi que des consultants. En coulisses, le couperet est tombé : l'un des présentateurs de New World TV a refusé catégoriquement de participer à l’événement. En plus de l’absence de visa, ce dernier accuse des arriérés de salaire s'élevant autour de 50 000 euros d'après nos informations et s'apprête à porter l'affaire devant les tribunaux compétents.
Bien que la direction tente de désamorcer la crise en procédant à des versements partiels de dernière minute, plusieurs équipes contestent formellement la régularité des paiements et le solde des factures dues. À une semaine du coup d’envoi, le risque de voir des écrans noirs ou des antennes privées d'émissions de décryptage autour des matchs du Mondial est désormais une certitude, jetant un immense point d'interrogation sur la capacité du groupe à honorer ses engagements auprès de la FIFA.
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À propos de l'auteur
Malick BAMBA
Rédacteur sportif
Le sport africain au quotidien, ces belles histoires et polémiques en tous genres.
