
À quelques semaines d’une CAN Féminine 2026 que le Cameroun n’aurait même pas dû disputer sans un repêchage administratif après son échec sur le terrain, les Lionnes Indomptables replongent dans une crise familière. À Odza, dans la périphérie de Yaoundé, le stage de préparation a viré à la rupture ouverte. Ce qui devait être une montée en puissance sportive après plusieurs semaines de trêve inexpliquée, ressemble désormais à une nouvelle séquence de tensions internes, entre défections en cascade, contestation des cadres et guerre d’influence sur fond de réseaux sociaux en ébullition.
Deux cadres claquent la porte
Le 21 juin 2026, coup de tonnerre dans la tanière : Nchout Njoya Ajara et Falone Meffometou quittent le stage sans préavis après l’entraînement. Deux cadres historiques, deux joueuses expérimentées censées incarner la stabilité d’un groupe en reconstruction. Dans la foulée, sept autres joueuses sont libérées le 23 juin, parmi lesquelles Flora Kameni, Chelsea Ngole ou encore Adama. Officiellement, le staff évoque une "réorganisation" et des "évaluations techniques". Officieusement, la cohésion du groupe est déjà fissurée.
Les raisons de la fracture sont multiples et entremêlées. Selon plusieurs sources proches du vestiaire, les tensions ont éclaté autour de la gestion des primes, de la nouvelle politique d’égalité stricte instaurée par le staff de Victorine Nguele et surtout du brassard de capitaine, retiré à certaines cadres au profit de Colette Ndzana. La méthode, jugée brutale par une partie du vestiaire, impose à toutes les joueuses des tests physiques et techniques sans distinction d’ancienneté. Une rupture de contrat moral pour des joueuses qui estimaient encore peser dans la hiérarchie.
Fracture
Très vite, le conflit déborde du terrain. Sur les réseaux sociaux, les camps se forment. Des médias et pages perçus comme proches du président de la Fécafoot Samuel Eto'o relaient des messages virulents, pointant l’âge des joueuses et saluant indirectement leur départ. « À 33 et 35 ans, elles doivent laisser la place aux jeunes », ou encore « l’équipe respire enfin sans les anciennes », peut-on lire ici et là. Dans le même temps, Falone Meffometou publie un message glaçant sur ses réseaux : « Ton avenir dépend de toi. Recevez les salutations de la vieille ».
« J’ai vécu des situations que je n’ai pas jugées compatibles avec les valeurs qui ont guidé toute ma carrière. J’ai donc choisi de me retirer, non par colère, mais par responsabilité. Je ne voulais pas que ma présence devienne une source de distraction ou de division dans un groupe qui doit rester uni autour d’un seul objectif : défendre les couleurs du Cameroun », a réagi à son tour Nchout Ajara. Deux sorties qui illustrent la fracture.
Mais réduire la crise à une simple opposition générationnelle serait trompeur. Ajara, notamment, n’est pas une joueuse ordinaire. Présente depuis plus d’une décennie, passée par les grandes compétitions – JO 2012, CAN 2014, 2016, 2018 et 2024, Coupe du monde 2015 et 2019 – elle reste l’une des attaquantes les plus décisives de l’histoire du football féminin camerounais, nommée au Prix Puskás après son but mondialement relayé en 2019. Avec elle, c’est une mémoire sportive qui s’éloigne, mais aussi une autorité technique difficile à remplacer dans un groupe en recomposition.
Dans les coulisses, une autre lecture circule : celle d’un conflit alimenté par des rivalités anciennes. Certaines anciennes internationales aujourd’hui à la retraite sont accusées, en off, de souffler sur les braises pour fragiliser les cadres encore actives. Pendant que les médiations de la Fécafoot tentaient de ramener Ajara et Meffometou, les discussions ont échoué. Le 26 juin, la liste élargie pour la CAN tombe : les deux joueuses ne sont pas retenues. Un choix qui acte une rupture définitive, à quelques semaines d’un tournoi où le Cameroun avance déjà sous tension, rattrapé par ses vieux démons : divisions internes, guerre d’ego et instabilité chronique au moment où il aurait dû, enfin, se reconstruire.
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À propos de l'auteur
O. GOMUS
Rédacteur sportif
Passionné de ballon rond et notamment de grandes affiches.
