FECOFOOT : comment la CAF a financé le compte personnel de Mayolas

Condamné au Congo à la prison à perpétuité pour blanchiment et détournements de fonds, Jean-Guy Blaise Mayolas, le président de la Fédération congolaise de football actuellement en fuite, avait reçu des virements bancaires de la Confédération africaine de football directement sur son compte les mois précédant son inculpation. Une situation qui pose de graves questions d’éthique et de gouvernance.

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FECOFOOT : comment la CAF a financé le compte personnel de Mayolas

Auditée par la Commission des finances de la FIFA à l’automne dernier, la Fédération congolaise de football a vu le compte bancaire par lequel transitait les fonds de la fédération internationale être bloqué en décembre. Une décision prise par la même FIFA suite au rapport accablant de sa commission.

Dans l’impossibilité de recevoir de l’argent de Zurich pour son fonctionnement, hormis de quoi couvrir les salaires des employés à condition d’avoir les justificatifs de chaque bulletin de paie, le président de la FECOFOOT s’est tourné vers la CAF en toute discrétion.

Près de 27 000 dollars en deux versements

Déjà sous enquête pour blanchiment, détournements de fonds, faux et usage de faux, notamment en lien avec l’utilisation des subventions destinées au football féminin lors du Covid, Mayolas a changé les coordonnées du compte bancaire de la fédération au profit du sien. Une manœuvre réalisée juste après le blocage.

C’est ainsi que le 29 décembre 2025 et le 2 janvier 2026, la CAF va virer respectivement 1 985 et 24 985 dollars sur le compte personnel de Mayolas, dans des documents comptables consultés par Sport News Africa. Aucun justificatif particulier n’a été donné même si le président assurait en privé que c’était une manière de payer les salariés de la FECOFOOT.

Ces paiements posent cependant énormément de questions puisque la CAF avait été tancée par un audit réalisé par PwC l’exhortant à stopper les virements directs aux présidents de fédération.

De fait, comment un dirigeant actuellement sous enquête pour des malversations financières pouvait être le bénéficiaire personnel de paiements originellement destinés à sa fédération ? L’interrogation est d’autant plus grande que le changement de coordonnées bancaires ne laissait aucune place au doute : le nom de Mayolas apparaissant sur le relevé bancaire, la CAF savait pertinemment que l’argent allait lui revenir directement.

Que faisait la directrice de la division des associations membres de la CAF ?

Vu que d’autres responsables de la FECOFOOT étaient placés sous enquête (le secrétaire général et le trésorier), deux sources internes à la CAF expliquent que les versements auraient dû revenir – en cas de justificatif – à un membre du Comité exécutif de la fédération qui n’était visé par aucune accusation.

Condamné ensuite à la prison à perpétuité, Mayolas ne s’est pas rendu au verdict et a fui le pays. Un mandat d’arrêt a été délivré contre lui tandis que l’État a contacté Interpol pour internationaliser le mandat. Une situation dramatique pour le football congolais qui place encore plus la CAF en situation de délicatesse : comment Sarah Mukuna, la directrice de la division des associations membres, a-t-elle pu laisser l’institution financer directement un homme aujourd’hui recherché pour blanchiment et détournements ?

Lire aussi : Jean-Guy Blaise Mayolas sous le coup d'un mandat d'arrêt d'Interpol

La responsabilité s’étend également à la Commission des finances présidée par Fouzi Lekjaa même si ce dernier n’est pas la personne ayant réalisé les virements en question.

Quant à la FIFA, son manque de communication et son opacité globale à gérer les turpitudes de la FECOFOOT – en avançant pendant très longtemps la théorie du complot et de la simple vengeance politique, une théorie défendue ardemment en interne par Gelson Fernandes -, n’ont pas permis de savoir réellement ce qui se passait.

Un énième couac que l’instance internationale espère réparer en ayant annoncé ces dernières semaines une procédure disciplinaire contre Mayolas, le secrétaire général (Badji Mombo Wantete) et le trésorier (Raoul Kanda) par le biais de sa Commission d’éthique.

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À propos de l'auteur

Romain MOLINA

Romain MOLINA

Rédacteur sportif

Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.

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