Mondial 2026 : l'Algérie peut-elle survivre au premier tour ?

Vingt-six noms, trois semaines de préparation, et une question qui se pose depuis le tirage au sort de Washington : l'Algérie est-elle vraiment armée pour passer un premier tour qui s'annonce d'une rudesse implacable ? Analyse sous l'oeil d'Achille Ash.

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Mondial 2026 : l'Algérie peut-elle survivre au premier tour ?

La liste tombe fin mai (dimanche 31 Mai). Vladimir Petkovic la communiquera officiellement dans les tous derniers jours du mois, avant un ultime match de préparation face à la Bolivie. Un adversaire soigneusement choisi pour peaufiner les automatismes sans prendre de risque inutile. Une semaine après les leaks qui ont filtré de Sidi Moussa, le groupe se dessine déjà avec une précision troublante. 

Le groupe J, ou l'art du grand écart

Quand le chapeau 3 a craché le nom de l'Algérie dans le groupe J, il y a eu cette seconde de silence, ce petit battement d'estomac que tout supporter connaît. En face : l'Argentine de Scaloni, tenante du titre, machine de guerre qui n'a toujours pas digéré l'humiliation algérienne de 1982. L'Autriche de Rangnick, bloc compact et agressif, troisième lors de l'Euro 2024. Et la Jordanie, outsider discipliné et difficile à manœuvrer.

Sur le papier, c'est un groupe à trois têtes. En réalité, c'est un groupe à deux : il y a les deux qui passeront, et il y a celle qui pourrait accrocher une place parmi les meilleurs 3es et une qui rentrera à la maison. La place disponible, l'Argentine semblant, intouchable se jouera entre l'Autriche et l'Algérie, avec la Jordanie comme éventuel trouble-fête. Tout le projet Petkovic se résume à ces deux confrontations.

Ce que Petkovic construit depuis dix-huit mois

Il faut être honnête : l'ère Petkovic n'a pas été un long fleuve tranquille. Le technicien suisse a mis du temps à trouver son système, tâtonnant entre un 4-3-3 hérité de ses habitudes et un 4-2-3-1 plus pragmatique qu'il semble avoir adopté comme colonne vertébrale. Mais depuis la CAN 2025 au Maroc, quelque chose s'est cristallisé. L'équipe a gagné en cohérence défensive, elle sait souffrir, elle sait se regrouper. Ce n'est pas encore le bloc flamboyant de Belmadi en 2019, mais c'est une équipe fonctionnelle, qui a des automatismes, et qui sait exactement ce qu'elle veut faire sans ballon.

La problématique, c'est que dans un Mondial à ce niveau d'intensité, savoir défendre ne suffit pas. Il faut aussi être capable de faire mal.

La colonne vertébrale : solide, mais pas sans failles

Dans les cages, la question du numéro un reste pendante. Luca Zidane, attendu dans la liste, offre des garanties au niveau de la construction : il relance proprement, gère bien son espace, mais son niveau dans les grands rendez-vous reste encore à prouver. Oussama Benbot et la surprise Melvin Mastil complèteront le lot. Ce n'est pas le secteur qui rassure le plus.

La défense, en revanche, est le vrai point fort de cette génération. Ramy Bensebaini dans l’axe, Rayan Aït-Nouri à gauche : deux latéraux européens de niveau confirmé, capables de peser dans les deux surfaces. Aïssa Mandi, capitaine expérimenté, apporte sa lecture du jeu même si le temps commence à faire son œuvre. Jaouen Hadjam, Zineddine Belaïd, Rafik Belghali : la profondeur est là. Ce bloc défensif a la capacité d'ennuyer des équipes bien au-dessus du niveau de l'Algérie. Face à l'Argentine de Lautaro, ce sera le véritable test de vérité.

Au milieu, c'est là que réside à la fois la richesse et la vraie interrogation tactique. Hicham Boudaoui est devenu l'un des meilleurs milieux africains de sa génération, capable de récupérer et de projeter. Ramiz Zerrouki apporte l'équilibre, le travail de l'ombre. Farès Chaïbi, Ibrahim Maza, Houssem Aouar : du talent, de la technique, de la verticalité. Et puis le retour de Nabil Bentaleb, qui sort d'une saison remarquable avec Lille. Ce retour serait un pari fort de Petkovic , Bentaleb apportant une maturité et un leadership qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans ce groupe. Yacine Titraoui, révélation de ce rassemblement de mars avec Charleroi, viendrait compléter un secteur pléthorique sur le papier. La vraie question, c'est l'articulation : qui joue avec qui ? Petkovic peut-il aligner un milieu à trois qui soit à la fois solide et créatif ? C'est le casse-tête numéro un des prochaines semaines.

En attaque, Riyad Mahrez porte toujours la lumière sur lui. À 35 ans, le capitaine est encore capable de moments de génie absolu, de ces dribbles secs qui changent un match en cinq secondes. Mais on sait aussi que Mahrez n'est plus l'athlète qu'il était, il ne court plus. Il a besoin d'une équipe qui travaille pour lui, qui lui crée des espaces. En face de lui, Anis Hadj Moussa confirme match après match qu'il est bien l'héritier désigné, avec une vitesse et une audace qui manquaient cruellement aux Fennecs ces dernières années. Amine Gouiri dans l'axe, Mohamed Amoura sur l'autre côté, Farès Ghedjemis comme option fraîche : le potentiel offensif est là. Nadhir Benbouali et Adil Boulbina constituent une profondeur sérieuse.

L'identité tactique : les trois scénarios de Petkovic

Face à l'Argentine, l'équation est simple brutalement simple. Petkovic n'a pas d'autre choix que de subir, d'encaisser, et de jouer sur les contre-attaques. Un bloc défensif bas à quatre avec un double pivot Boudaoui-Zerrouki pour neutraliser les milieux argentins De Paul, Mac Allister, Enzo Fernández et des ailiers, Mahrez et Hadj Moussa, capables de transformer la moindre erreur adverse en danger. L'Albiceleste reste vulnérable dans le dos de ses latéraux quand elle est en possession. C'est là que les Fennecs devront mordre. Perdre contre l'Argentine n'est pas une honte. Perdre sur un score serait un mauvais signal envoyé.

Face à la Jordanie, c'est le match à gagner, le seul qui compte vraiment. Ils défendent en blocs serrés, jouent sur les coups de pied arrêtés et le pragmatisme. Ils ne viendront pas jouer au football. Petkovic devra trouver les clés pour casser ce verrou : utiliser la vitesse d'Amoura et d'Hadj Moussa dans les couloirs, multiplier les centres, et surtout, ne pas laisser le match s'enliser dans une guerre de tranchées. C'est là que Aouar ou Chaïbi, capables de gérer le tempo, auront leur rôle à jouer. Un nul serait décevant. Une victoire est l'objectif minimum.

Face à l'Autriche, c'est peut-être le duel le plus intéressant tactiquement. Rangnick a construit une équipe basée sur un pressing ultra-intense, un haut pressing agressif qui force les erreurs de relance. Si Petkovic essaie de jouer au football depuis l'arrière, les Autrichiens vont les avaler tout cru. La solution : déjouer ce pressing par des passes longues directes, utiliser les qualités athlétiques de Boulbina ou Benbouali pour gagner les duels aériens, et surtout jouer vite en transition. L'Autriche est dangereuse en phase offensive Baumgartner, Sabitzer, Arnautovic  mais elle est aussi prenable sur les transitions quand elle est désorganisée.

Les vrais risques : ce qui peut tout faire dérailler

Le premier risque est l'état physique de Mahrez. Si le capitaine arrive fatigué, en manque de confiance, ou si sa saison avec Al-Ahli l'a usé plus qu'il n'y paraît, tout le dispositif offensif se retrouve fragilisé. L'Algérie n'a pas de plan B clairement identifié si Mahrez tourne à vide.

Le deuxième risque est la gestion des blessures. Dans une liste de 26 joueurs, Petkovic a prévu des doublures partout mais le secteur défensif central et le milieu récupérateur sont les zones de fragilité. Si Boudaoui ou Bensebaini sortent prématurément, c'est tout l'équilibre de l'équipe qui vacille.

Le troisième risque, plus insidieux, c'est la psychologie collective. Le groupe J est objectivement dur. Si l'Algérie concède une lourde défaite d'entrée face à l'Argentine, la pression sur le match face à la Jordanie va être monstrueuse. Le mental, dans ces conditions, sera aussi déterminant que le talent. Et on sait que les Fennecs ont parfois eu du mal avec la gestion émotionnelle des grandes échéances.

Le réalisme lucide : ce que l'Algérie peut vraiment espérer

Soyons honnêtes. L'Algérie n'est pas favorite de son groupe. Elle n'est même pas deuxième favorite. Elle est une belle équipe du chapeau 3, dotée de joueurs de qualité et d'un technicien compétent, qui devra réaliser au minimum deux matchs parfaits sur trois pour espérer passer parmi les deux premiers, ou alors accrocher une place parmi les meilleurs 3es. La qualification est réaliste, même, si l'Autriche traverse une mauvaise passe ou si la Jordanie crée la surprise contre les Autrichiens. Les Fennecs ont des arguments : une défense solide, des ailiers dangereux, un milieu équilibré, et l'énergie d'un peuple qui n'a pas oublié 2014 et le Mexique.

L'objectif raisonnable, celui que je me fixe, c'est de ne rien perdre face à la Jordanie, d'aller chercher une performance défensive crédible face à l'Argentine, et de tout donner contre l'Autriche. Si ces trois ingrédients sont réunis, les Fennecs peuvent passer. Pas grâce à un miracle grâce à un plan.

Mais voilà la question qui restera suspendue jusqu'au coup d'envoi du 11 juin : Vladimir Petkovic a-t-il vraiment réussi à construire, en dix-huit mois, une équipe assez solide dans sa tête pour ne pas craquer sous la pression d'un premier tour que personne, à l'extérieur du pays, ne les croit capables de franchir ?

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À propos de l'auteur

Achille ASH

Achille ASH

Rédacteur sportif

Journaliste, amateur des belles affiches de football.

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