
Victorieuse du Rwanda (89-63), la Guinée a fini par s'incliner respectivement contre le Nigeria (80-79) et la Tunisie (61-50). Des défaites sans trop de conséquences sportives, puisque le Syli basket s'est qualifié pour le second tour avec un bilan de quatre victoires pour deux défaites lors des deux premières fenêtres FIBA.
Expulsion de l'hôtel
Des revers toutefois symptomatiques des difficultés rencontrées ces derniers temps par la sélection nationale. De Dakar (Sénégal) à Luanda (Angola), la préparation n'aura pas été de tout repos. Abdoulaye Sy capitaine du Syli basket dénonce le traitement infligé aux joueurs guinéens durant cette fenêtre.
« Je pense qu'il y a eu un manque de préparation de notre côté. On s'est regroupé tardivement au Sénégal. Et finalement il y'a eu ces épisodes qui nous ont perturbés. A Luanda, on nous a même mis à deux dans des lits. Imaginez des joueurs comme Alpha Diallo, Sekou Doumbouya qui sont passés par la NBA vivre ce genre de situations », a-t-il dénoncé. Et de poursuivre : « C’est une honte en fait. Il a fallu que les frais soient réglés grâce à l'implication du président de la fédération, de l'ambassadeur et des ressortissants guinéens pour qu’on puisse partir des lieux. C’est une situation extrêmement grave qui ne donne pas envie de revenir. »
Le sélectionneur claque la porte
Entre frais d'hôtels impayés, expulsion des joueurs et non paiement des primes, le cocktail s’est révélé explosif. C'est dans ce contexte que le sélectionneur serbe Nedeljko « Neno » Ašćerić, a créé la stupeur. Après la défaite face à la Tunisie (61-50), le technicien serbe a annoncé sa démission immédiate, en conférence de presse.
« Je ne veux pas continuer avec cette situation. J’avais voulu m’arrêter avant de partir à Dakar pour me préparer contre le Sénégal. Mais j’ai décidé de ne pas laisser mon équipe seule. J’aime cette équipe. Je ne voulais pas la trahir. J’ai parlé plusieurs fois avec les dirigeants. Je n’ai pas été payé depuis un an. Mais l’argent n’était pas le plus important. Le problème, c’est le respect. C’est quelque chose que je ne peux pas accepter. »
Une démission du sélectionneur symptomatique d’un profond malaise institutionnel depuis quelques temps. Abdoulaye Sy, capitaine de la sélection guinéenne revient sur cet épisode. « Pour être honnête, ça nous a un peu surpris. Il nous en avait parlé avec les autres vice-capitaines. Depuis Dakar, il ne voulait pas venir à Luanda. On l’avait convaincu pour qu’il vienne avec nous. Mais il est venu avec nous, il a accepté de faire cet effort. »
Du côté de la Fédération guinéenne de football, la déception est perceptible. Amara Babila Keita président de l’instance regrette le départ du technicien serbe. « Ce coach, en réalité, il a fait beaucoup de sacrifices pour nous. Il a accepté plein de choses. Un coach qui vient, pendant les fenêtres, il ne reçoit rien, il se retourne. Il vient pendant les fenêtres, il ne reçoit rien, il se retourne. C'est vraiment quelqu'un qui aime l'équipe. Il faut se dire la vérité. Mais c'est des professionnels. Le haut niveau ne ment pas, il n'y a pas de blague. Il travaille, tu le payes, il s'en va », a-t-il regretté.
Primes impayées, le ministère des Sports pointé du doigt
Arrivé à la tête de la Fédération guinéenne de basketball en octobre 2024, Amara Babila Keita avait fait de la réconciliation des acteurs du basketball guinéen sa priorité. La nouvelle direction se retrouve face à une difficulté de taille qui, cette fois, menace directement l'objectif de qualification à la coupe du monde de basket Qatar 2027. Une situation qui interpelle le président de l'instance qui pointe un doigt accusateur sur le ministère des Sports.
« Pour revenir sur la situation à Luanda, c'est une situation vraiment regrettable. On finit le premier match, on a gagné. On vient à l'hôtel, on commence déjà à nous menacer. On relance le ministère, on relance, sans suite. On a le plan programme qui est déposé à la fin de chaque année. A la fin 2025, nous avons déposé le plan programme au ministère des Sports. Donc, ils avaient tout le programme des activités et des compétitions à l'international, comme sur le plan national. Et à trois mois de la compétition, nous avons écrit un courrier pour les signifier, ce dont on a besoin et tout ce qui s'en suit. Le regroupement, et voilà, en détail : à trois mois, rien n'est traité. À quelques jours de la compétition, on commence à courir de part et d'autre. Et c'est regrettable cette lourdeur administrative, c'est regrettable. C'est inadmissible qu'on ait des joueurs de grand calibre dans notre équipe et qu'on ne puisse pas vraiment honorer certains engagements, même pas les primes. Mais la moindre des choses, c'est l'hébergement. »
Après avoir foulé le sol guinéen, les basketteurs guinéens ont été confrontés à un autre casse-tête. Il n’y avait pas d’hébergement prévu pour la délégation sachant que la plupart n’ont pas de famille au pays. Une situation symptomatique des maux qui gangrènent le sport guinéen. Hormis le football qui cristallise toutes les attentions des autorités, les autres disciplines notamment le basketball se retrouvent dans l’ombre du sport roi.
Pour espérer réaliser son rêve de Coupe du monde, la Guinée affrontera au second tour le Cap-Vert, le Soudan du Sud et le Cameroun en matchs aller-retour pour tenter de décrocher une qualification historique à la Coupe du monde FIBA Qatar 2027.
Une mission difficile, mais pas impossible. A condition toutefois que les manquements organisationnels et le retard dans le paiement des primes ne viennent pas, une fois de plus compromettre l’objectif. En attendant, il faudra trouver un successeur à Nedeljko Ašćerić avant la prochaine trêve prévue en août 2026.
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À propos de l'auteur
Mamadou Gongorè DIALLO
Rédacteur sportif
Correspondant Sport News Africa en Guinée. Décrypte et analyse toutes les thématiques en lien avec le sport guinéen.
