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Ankiling Diabone, le plus grand judoka de l’histoire du Sénégal

Il est peu connu des judokas sénégalais nés après les années 1990. Pourtant, Ankiling Diabone aurait inspiré plus d’un parmi eux dans leur quête d’excellence dans cette discipline. Né en 1955 à Oussouye dans le sud du Sénégal, Ankiling Diabone est le 2ème enfant d’une famille de 5 garçons. C’est sur le tard qu’il fait la connaissance du judo. Après l’obtention de son baccalauréat, Ankiling Diabone débarque au CNEPS (Centre nationale d’éducation physique et sportive) de Thiès (à 70 KM de Dakar) en 1975.

Le judo, une aptitude culturelle

Des débuts tardifs qui n’entravent nullement une réussite prédestinée culturellement. « C’est parti du fait que j’ai été un excellent lutteur Joola comme tout Casamançais, avouait-il dans une interview sur Kabisseu FM. C’est lorsque j’ai intégré le CNEPS (Centre national d’éducation physique et sportive), j’ai été repéré par mon professeur et par mon camarade de chambre à l’internat, Alioune Guèye. C’est lui qui m’a convaincu de me mettre au judo. Petit à petit je m’y suis mis et mon maître de judo qui s'appelait Maître Madani Diakhaté m’a beaucoup encouragé», a-t-il révélé.

L’histoire d’amour entre Ankiling Diabone a tout de suite été le coup de foudre. Dès ses premières compétitions, le jeune homme de 20 ans brille. «Trois mois après mes débuts, j’ai été sélectionné à un tournoi à Dakar que j’ai remporté brillamment. Ça a été le déclic. De retour à Thiès, la direction de l’école, les collègues, m’ont accueilli avec d’enthousiasme. Cela m’a motivé à continuer, a-t-il fait savoir. Après ma formation, je suis retourné à Dakar où j'enseignais l’éducation physique. J’ai été confié au grand Maître Amara Dabo dans son club, le dojo Momar Dieng. C’est là où j’ai embrassé la vraie carrière de judo. J’ai toujours été sélectionné aux championnats et j’ai toujours gagné».

Ankiling Diabone porté en triomphe
Ankiling Diabone porté en triomphe

Fer de lance des belles années 80 du judo sénégalais

De 1975 à ses débuts à 1990, année de sa retraite internationale, Ankiling Diabone a incarné l’excellence du judo sénégalais au très haut niveau. Aux côtés de Malang Dabo, Lansana Coly, Bou Aidara, Dominique Biaye… Quinze ans de judo en équipe nationale du Sénégal, capitaine du Sénégal pendant 10 ans. Durant cette période, il prend part à toutes les compétitions nationales, internationales en France, en Italie, en Angleterre… « Je prenais cela pour un jeu, c’était amusant et c’était agréable parce qu’on voyageait beaucoup. Je gagnais aussi des médailles. J’ai alors décidé de poursuivre ma carrière vu que ça me procurait du bonheur».

Sa philosophie ancrée sur la bravoure Joola, une ethnie de «guerriers» dont il est issu, a été son moteur durant toute sa carrière. « Chaque combat était pour moi un challenge. La première compétition qui m’a le plus marqué c’était en 1975 quand je débutais aux championnats nationaux. Je me suis cassé la jambe gauche. Loin du traumatisme subi, je me suis dit que j’allais guérir pour être le plus grand judoka du Sénégal. C’était une épreuve où soit, j’arrêtais la compétition ou alors je lançai définitivement ma carrière. J’ai choisi de me soigner, de continuer la compétition et devenir le plus grand de ce sport au Sénégal», a-t-il confié.

Un pari réussi puisqu’en 15 années au plus haut niveau, il a été multiple champion du Sénégal toutes catégories confondues, 6 fois médaillé aux championnats d’Afrique dont 4 fois titré en - 86 KG sur 6 éditions de suite entre 1982 et 1989. Ankiling Diabone a également disputé deux championnats du monde en 1981 à Maastricht aux Pays-Bas et en 1987 à Essen en Allemagne. Enfin, Diabone a participé à deux Jeux olympiques en 1980 à Moscou (Russie) et en 1988 à Séoul (Corée). En plus d’une coupe du monde de judo à Vienne (Autriche) en 1984.

Le rêve de voir son héritier

Seul ceinture noire de judo dans la région de Ziguinchor à son départ pour la France en 1998, il continue de suivre le développement de la discipline. Cet ancien cadre du Ministère de la jeunesse et des sports désespère de voir d’autres talents émergés pour faire reverdir cette discipline qu’il chérit. «Je serai heureux qu’un jour un Sénégalais décroche une dizaine de médailles d’or africaines. C’est ce que souhaite tous les papas, voir leurs enfants les dépasser. Personne jusqu’ici n’a égalé Ankiling Diabone. Je suis malheureux de me dire que personne n’égalera ma performance», se désole-t-il.

Depuis Paris où il passe ses vieux jours aux côtés de ses enfants, il jette un regard rempli de fierté sur son immense parcours. « Je pense être fière de ma carrière puisque jusqu’ici, aucun sénégalais n’a fait autant ou gagné autant ». Pour les jeunes judokas sénégalais, il n’a qu’un seul conseil : « Dans le sport, il n’y a pas d’autres secrets que le travail, argue-t-il. Pour gagner en sport, il faut s’entourer des meilleurs entraîneurs pour être performant. Heureusement pour moi, j’étais un professionnel du sport, étant enseignant en éducation physique. Je me suis beaucoup documenté et j’ai compris que l’unique secret était l’entraînement. Je ne crois pas au marabout, ni au gris-gris », a-t-il conclu.

Moustapha M. SADIO

Congo-Judo : chronique d’une suspension programmée de la fédération

Il était une fois… Une crise au sein de la Fédération congolaise de judo et disciplines associées (FECOUJDA). Et si cette situation a un prologue, on pourrait cependant s’attarder sur l’année 2017.  Quelques mois après son élection à la tête de l’instance, Marien Ngouabi Ikama doit faire face à une fronde au sein de la structure qu’il dirige. Parmi les frondeurs, son vice-président, Neyl Francis Ata Asiokara.

Les griefs sont nombreux. «Depuis le 11 novembre 2016, date de l’élection de ce bureau, rien ne s’est pas encore fait ; les compétitions nationales et départementales ne sont pas organisées, les ligues n’ont pas été renouvelées, les sanctions sont prises de façon arbitraire par le président sortant, Marien Ngouabi Ikama. Nos textes nous permettent de destituer ce bureau et la condition est de réunir les 2/3 de l’Assemblée générale ; condition que nous réunissons aujourd’hui», déclarait  Jublain Macenet, président du comité préparatoire de l’Assemblée générale extraordinaire.

Initiatives vaines

Ainsi naissait l’antagonisme Ikama-Ata.  Partenaires et collaborateurs au début, tout ou presque oppose dorénavant ces deux acteurs influents du judo congolais qui vont désormais livrer un duel sans merci au sein de la fédération.

Pour décrisper l’atmosphère, des institutions tant nationales qu’internationales vont multiplier des initiatives de sortie de crise. C’est le cas de la destitution de Marien Ngouabi Ikama qui donnera lieu à la mise en place d’un Comité de normalisation dirigé par un bureau de cinq membres dont la tâche principale était l’organisation des élections afin de renouveler les instances de la FECOJUDA.

Malheureusement, la tension ne retombe pas. Si les judokas congolais espéraient apercevoir le bout du tunnel à travers les nouvelles élections, l’Assemblée générale élective va connaître des reports dont celui prononcé le 25 novembre 2020 pour annuler l’élection initialement prévue deux jours plus tard, le 27.

Et le 17 février 2021, l’élection tant attendue est finalement organisée. Marien Ngouabi Ikama rempile. Mais sa joie ne sera que de courte durée. Son ancien vice-président et désormais challenger conteste la légitimité de l’élu et recourt à la Chambre de conciliation et d’arbitrage du sport (CCAS) qui va invalider au mois de mai, les résultats de cette Assemblée générale élective.

Combat pour la légitimité

L’instance judiciaire va ordonner une nouvelle élection. Et le 4 septembre 2021, c’est Neyl Francis Ata Asiokara qui décroche la victoire. Aux yeux des autorités congolaises, Asiokara devient l’unique président de la FECOJUDA officiellement reconnu.

Élection que Ikama va lui aussi bouder. La FECOJUDA ressemblait ainsi à un royaume avec deux rois. Comme dans toute crise, deux pôles vont se former. D’un côté l’aile Ikama et de l’autre l’aile Ata. Qui de ces deux cadres pouvait de ce fait engager la FECOJUDA ? Débutait alors la lutte pour la légitimité.

Dans cet antagonisme, les institutions nationales avaient déjà choisi leur camp. Ainsi qu’en témoigne cet extrait d’une note de service du ministre des Sports, Ngouelondelé : «Depuis le 4 septembre 2021, au cours d’une Assemblée générale élective, la Fédération congolaise de judo et disciplines associées (FECOJUDA) a élu un nouveau bureau exécutif présidé par Maître Ata Asiokara Neyl Francis sous la supervision du Comité national olympique sportif congolais (CNOSC) et le ministère en charge des Sports. »

Avenir incertain

Malheureusement, à l’échelle internationale, Ata ne sera pas reconnu. «Les documents que la FIJ a reçus concernant l’élection de Monsieur Atta n’étaient pas complets. La FIJ en a informé les autorités sportives du pays par courrier et cela a été précisé, de nouveau, à M. Atta lors d’un entretien qui s’est déroulé le 6 décembre lors du Grand Slam de Paris, par le Président de l’Union africaine de judo, M. Siteny Randrianasoloniaiko, de M. Meridja, 1er vice-président de l’UAJ et de M. Azzoug, directeur de cabinet de l’UAJ», expliquait à SNA par mail, Michel Huet, assistant du secrétaire général de la FIJ.

Une décision que Brazzaville va ignorer. Mais vu la pression de la FIJ, les autorités adressent un courrier à la FIJ pour annoncer l’organisation de nouvelles élections après les Jeux olympique de 2024. En réponse à cette proposition, l’instance mondiale du judo enjoint au Congo d’organiser l’ssemblée générale élective au plus tard le 30 septembre, faute de quoi, le pays sera suspendu. Indifférence totale du côté de Brazzaville.

Et ce qui devrait arriver arriva. Dans un courrier daté du 9 octobre dernier, la FIJ annonçait la suspension de la FECOJUDA des activités internationales. Ce, jusqu’à ce que de nouvelles élections soient organisées. Et à quand ? Seul l’avenir nous le dira.

John Ndinga-NGOMA

Judo-Championnats d'Afrique : Marie Branser ne va pas défendre son titre

Un coup de massue pour Marie Branser. La judokate congolaise d'origine allemande ne pourra pas défendre son titre aux Championnats d'Afrique 2022 qui ont démarré ce jeudi 26 mai à Oran, en Algérie. La double championne d'Afrique des moins de 78 kg n'a pas été inscrite par la Fédération nationale congolaise de judo (FENACOJU).

Son entraîneur, Petru Gherhes, est sous le choc. Interrogé par Sport News Africa, il s'indigne : «Une athlète congolaise, double championne d'Afrique de surcroit, ne pas être inscrite dans une compétition continentale, surtout qui compte pour des points et pour l'image de notre pays adoptif ! Nous ne comprenons pas comment une seule personne, le président de la FENACOJU, Bobo Mongo, a pu mettre toute une génération de judo à genou. C'est lui qui a le code de Judo base, c'est lui qui devait nous inscrire dans la compétition.»

Les efforts du ministère des Sports

Pour rattraper le coup, le ministère des Sports, à travers le secrétaire général aux Sports, avait adressé une correspondance à l'Union africaine de judo. C’était pour obtenir l’inscription de Marie Branser au-delà de la date du 19 mai, la limite fixée.

Dans son argumentaire, le ministère a laissé entendre que la judokate est victime d’une guerre de leadership au sein de la FENACOJU. D'un côté, le président de l’instance, actuel, Bobo Mongo, dont le mandat a expiré depuis novembre 2020, et de l’autre, Freddy Elonga, qui ambitionne de lui succéder.

Parallèlement à cette initiative, le secrétaire général aux Sports avait demandé aux ambassadeurs de la RDC en France et en Allemagne d'intervenir auprès de leurs homologues algériens travaillant en France et en Allemagne afin de permettre à Marie Branser et à son coach d’obtenir des visas pour l’Algérie. Ces derniers étaient à ce moment-là, respectivement, en Allemagne et en France.

«J’ai vu Marie Branser pleurer»

Si les visas ont été obtenus, la double championne d’Afrique n’a pu être inscrite. «Les dirigeants actuels de la Fédération nous ont dit que c'est le ministre qui décide sur notre participation aux compétitions vu que la fédération est coupée en deux, confie Perru Gherhes. J'ai vu pleurer Marie Branser et j'ai eu très mal. Nous avons pleuré de voir la haine qui existe entre deux personnes qui sacrifient les athlètes du judo congolais.»

Ce ratage n’est qu’un nouvel épisode de la mise au frigo de Marie Branser par Bobo Mongo, qui refuse de l’inscrire aux joutes internationales. Depuis sa participation aux Jeux Olympique de Tokyo, elle n'a pris part à aucune compétition.

La Congolaise d’origine allemande serait victime de sa proximité avec Freddy Elonga. Bobo Mongo la désigne comme l’élément clé de la propagande en faveur de son rival. Cette guéguerre a failli lui coûter sa participation aux Jeux olympique de Tokyo. Après avoir menacé d'abandonner la nationalité congolaise à cause du manque d'organisation et d'accompagnement qu’elle subit, Marie Branser pourrait sauter le pas avec ce nouveau coup de massue.

Masiala JONATHAN

 

Congo : Ikama- Ata Asiokara, bataille à la tête de la fédération de judo

Une situation on ne peut plus absconse ? Pour tout adepte de formules hyperboliques, le jeu en vaudrait la chandelle pour décrire l’ambiance qui prévaut actuellement au sein de la Fédération congolaise de judo et disciplines associées (FECOJUDA). Difficile en effet de savoir qui de Marien Ngouabi Ikama et de Neyl Francis Ata Asiokara est le président légitime de l’instance faîtière du judo au Congo. Et si la légitimité s’obtient au niveau des institutions, Francis Ata a tout le soutien des instances nationales.

« Depuis le 4 septembre 2021, au cours d’une assemblée générale élective, la Fédération congolaise de judo et disciplines associées (FECOJUDA) a élu un nouveau bureau exécutif présidé par Maître Ata Asiokara Neyl Francis sous la supervision du Comité national olympique sportif congolais (CNOSC) et le ministère en charge des sports », écrivait dans la note N° 0156 du 1er février 2022, Hugues Ngouelondelé, ministre congolais de la Jeunesse, des Sports.

Bien avant le ministère des sports, le CNOSC avait déjà tiré la sonnette d’alarme à travers un courrier adressé à des comités olympiques internationaux. « Je vous en informe, afin que vous sensibilisiez les fédérations de judo de vos pays respectifs, pour qu’elles cessent de collaborer avec un président illégal qui se permet notamment d’engager des athlètes à des compétitions à l’étranger », écrivait en décembre dernier, Raymond Ibata, président du CNOSC.

Crédibilité nationale ou internationale ?

La réaction du CNOSC et du gouvernement congolais procède de l’invalidation en fin mai par la Chambre de conciliation et d’arbitrage du sport (CCAS)  des résultats de l’assemblée générale
élective du 17 février qui avait reconduit Marien Ngouabi Ikama à la tête du judo congolais.

La nouvelle élection ordonnée par la CCAS fut remportée le 4 septembre par Neyl Francis Ata Asiokara. Ainsi, étant donné que Marien Ngouabi Ikama « continue  de se prévaloir de président actif (de la FECOJUDA, ndlr) », le ministre Ngouelondelé n’a pas eu d’autres options que de recourir à ses collègues pour sévir. « Face à cette usurpation de titre, je vous saurai gré des mesures que vous voudrez bien prendre afin de mettre fin à cette situation qui n’honore pas notre pays, notamment aux frontières », a recommandé le chef du département des sports.

C’est pourtant à l’étranger que la légalité de l’élection de Neyl Francis Ata Asiokara pose problème. Notamment au niveau de la Fédération internationale de judo (FIJ). « Les documents que la FIJ a reçus concernant l’élection de Monsieur Atta n’étaient pas complets. La FIJ en a informé les autorités sportives du pays par courrier et cela a été précisé, de nouveau, à M. Atta lors d’un entretien qui s’est déroulé le 6 décembre lors du Grand Slam de Paris, par le Président de l’Union Africaine de Judo, M. Siteny Randrianasoloniaiko, de M. Meridja, 1er vice-président de l’UAJ et de M. Azzoug, directeur de cabinet de l’UAJ », explique Michel Huet, assistant du secrétaire général de la FIJ dans une conversation par mail.

Une crise de longue date

Et jusqu’ici, c’est ce que des journalistes congolais appellent « l'aile Ikama » qui représente le Congo à des compétitions internationales. Comme il en a été le cas lors du Grand Slam de Paris qui s’est déroulé du 5 au 6 février derniers, dans la capitale française. Depuis plus de cinq ans, le judo congolais vit une crise sans précédent. Et ce sont quasiment les mêmes protagonistes qui peinent à accorder leurs violons. Ce, malgré des initiatives de sortie de crise comme le comité de normalisation mis en place en 2019.

Et à quand l’épilogue de cette interminable crise ? Difficile de le savoir. Toutefois, cette affaire pourrait susciter un vif débat autour de nombreux thèmes dont l’ingérence des gouvernements dans les affaires des fédérations et la primauté des lois et instances internationales sur les textes et organes locaux. Et du côté de la presse, la polémique bien qu’encore timide, se précise petit à petit
entre confrères sur les réseaux sociaux. Mais jusqu’ici sans passion.

John Ndinga-Ngoma