Bineta Diongue : «Je ne vais pas aux JO pour de la figuration»

Il y a quelques semaines, tu as décroché ta qualification aux JO de Tokyo. Une première dans ta carrière. Qu’as-tu ressenti sur le coup ?

Les qualifications étaient compliquées avec la crise sanitaire actuelle et les protocoles contraignants pour tous. Malgré cela, il y avait une très bonne organisation et la compétition s’est déroulée dans de très bonnes conditions au Caire. Merci à la FSE (Fédération sénégalaise d’escrime) de m’avoir apporté son soutien, facilitant cette participation. En me qualifiant pour les JO de Tokyo, j’ai senti au plus profond de moi cette fierté nationale. J’espère ainsi ne pas m’arrêter en si bon chemin. La compétition en elle-même était difficile et stressante car j’avais conscience que je n’avais pas droit à l’erreur sur aucun des matchs. Je me suis déployée à fond. Grâce à une bonne formation et une expérience notable, j’ai pu faire la différence en saisissant mon unique chance de me qualifier en gagnant la première place.

Ce fut une immense satisfaction d’avoir transformé un rêve d’enfance en réalité, d’avoir relevé un challenge, si je puis dire après plus de 13 ans de travail acharné. Mon cœur est triste quand je pense à tout ce que j’ai dû traverser. Mais aujourd’hui des larmes de joie coulent quand je vois que tous mes efforts ont fini par payer. Je remercie mon entourage qui n’a cessé de ménager des efforts pour me redonner le sourire, m’encourager et me soutenir au quotidien. Je suis remplie de reconnaissance envers toutes les personnes qui ont toujours cru en moi, en mes compétences.

Il s’agit là de tes premiers Jeux à 33 ans et après avoir raté de peu les éditions de 2012 à Londres et 2016 à Rio… Y avait-il une certaine pression, de te dire qu’il s’agit sans doute de la dernière opportunité ?

 Oui et je peux dire ‘’ENFIN’’ c’est le moment tant attendu après être passée à côté des qualifications en 2012 et 2016. Et il est vrai que c’est à la veille de mes 33 ans que mon rêve est devenu réalité. Par expérience toutefois, je peux vous assurer que le critère d’âge n’est pas le plus important pour obtenir une victoire dans le milieu sportif. Pour moi c’est la condition physique et morale, l’expérience et la motivation qui vont déterminer si on est apte ou non à mener ce combat, à supporter cette pression constante. Je me suis armée de patience et de détermination en me disant que je ne devais pas laisser passer cette opportunité de me qualifier pour les JO 2020. J’étais très bien entourée avec ma famille, mes entraîneurs maîtres Daniel Levavasseur et George Karam. Sans oublier tous les membres de la Team, qui m’ont témoigné leur soutien, leur solidarité et m’ont poussé à aller de l’avant sans lâcher malgré les difficultés.

Ndeye Bineta Diongue

               «Je me suis battue toutes ces années sans bourse ni prime»

Peux-tu revenir sur ton parcours, les péripéties, obstacles jusqu’à cette première qualification à la grand-messe du sport mondial ?

J’ai été plusieurs fois championne du Sénégal, gagné des Opens et des Coupes. Ma persévérance m’a permis aujourd’hui d’atteindre le niveau international et olympique. J’ai obtenu une médaille de bronze en 2008 et 2019 aux championnats d’Afrique et plusieurs médailles par équipes. En 2014, j’ai par ailleurs passé ma formation de maître d’arme à Dakar grâce à la FSE. Fin 2014, j’ai été acceptée en stage pour une durée de 3 mois à l’Escrime Sans Frontières de la Team Levavasseur. Ce stage m’a permis d’intégrer son équipe pour une durée indéterminée en vue de réaliser mon rêve de participer aux Jeux Olympiques. Levavasseur Escrime est un club privé.

Ne disposant pas de moyens financiers pour m’acquitter des mensualités, maître Levavasseur m’a donc dispensé de tous paiements. Il a contribué de manière significative à ma participation aux compétitions et stages internationaux, me trouvant des sponsors. Son adjoint, maître Georges Karam m’a trouvé du travail en qualité d’éducatrice sportive dans des clubs en Ile De France. Lors de certaines compétitions, mes collègues filles m’ont souvent hébergé dans leur chambre d'hôtel pour m’alléger des charges car je ne disposais pas de ressources financières suffisantes. J’ai participé à des championnats de France par équipe avec différents clubs dont la VGA de Saint-Maur-des-Fossés et le club d'escrime de Bordeaux.

Depuis 2 ans je suis aussi membre de l’AS Bondy escrime. Le chemin fut long et tumultueux mais j’ai su rester résiliente. J’ai connu des hauts, des bas…des difficultés de toutes sortes, des déceptions, des sacrifices mais également le bonheur de la persévérance. Je me suis battue toutes ces années sans bourse ni prime et depuis un an je me suis retrouvée avec des heures de travail en moins avec la situation sanitaire actuelle. Avec cette catastrophe sanitaire, nous avons dû suivre des protocoles sanitaires strictes et sans cesse modifiés en fonction du contexte évolutif. Pour poursuivre les entraînements, nous avons dû nous adapter face aux contraintes en continuant avec des aménagements spécifiques. Pendant un certain temps, nos activités sportives ont été suspendues, reportées ou parfois annulées.

               «Il nous manque des moyens matériels et financiers»

Comment trouves-tu le niveau de l’escrime sénégalais qui malgré de maigres moyens, qualifie à chaque olympiade un ou des athlètes ?

L’escrime est un sport de haut niveau qui s’est développé tardivement dans notre pays. J’ose espérer qu’avec cette participation aux JO nous pourrons créer une revalorisation de cette discipline au même titre que les autres. Et que mes partenaires athlètes pourront être plus soutenus pour faire prévaloir leurs compétences. La conquête de médailles olympiques fait notre fierté nationale et une reconnaissance internationale des talents des escrimeurs sénégalais. J’incite les jeunes escrimeurs à poursuivre leur rêve comme j’ai eu à le faire, avec beaucoup de courage et de détermination. Il faut reconnaitre que nous avons de bons éléments parmi nous car les escrimeurs sénégalais obtiennent de bons résultats lors des championnats d’Afrique.

Il nous manque des moyens matériels et financiers suffisants pour nous démarquer et faire la différence au plus haut niveau. Seul le travail paie, il faut croire en soi et se donner les moyens pour atteindre ses objectifs. Je pense que si je n’avais pas eu cette grande opportunité d’aller poursuivre mes entraînements au sein de l’éminente Team Levavasseur je n’imagine pas que j’aurais la chance d’atteindre ce haut niveau de compétition avec autant de confiance et de compétences. J’ai toujours porté haut et fort les couleurs de ma nation lors de mes compétitions internationales. Le niveau de l’équipe nationale peut être relevé s’il bénéficie des subventions nécessaires pour son développement.

Je dis merci aux encadrants de la FSE envers qui je tenais aussi à exprimer ma gratitude. Bien que je sache que les moyens de la fédération sont limités, ils font de leur mieux pour nous soutenir et nous encourager à aller de l’avant. Je sais que si cela ne dépendait que d’eux, les escrimeurs bénéficieraient d’une totale prise en charge lors des stages et compétitions. J’en appelle à la solidarité de nos autorités, en particulier celle du ministre des sports, pour faire en sorte de mettre à notre portée les moyens nécessaires pour la survie et le développement de l’escrime au Sénégal.

Ndeye Bineta Diongue

                    «Je cumule des journées de 14h d’activités»

Qu’est-ce qu’il faudrait selon toi qui fréquente des escrimeurs d’autres pays plus structurés, pour que ce sport prenne une toute autre dimension au plan local et international ?

La pratique de l’escrime demande beaucoup travail physique, de force mentale, de sacrifices, de motivation et courage, ce dont nous escrimeurs sénégalais ne sommes pas dépourvus. Mais pour arriver à un niveau d’excellence, le plus important serait de disposer de moyens logistiques et financiers afin de concurrencer loyalement nos adversaires des autres pays. Car si je prends mon exemple, je suis la seule athlète de mon club obligée d’allier entrainements et boulot pour subvenir à mes besoins, ne disposant pas de prise en charge de la part de nos autorités. Je cumule des journées de 14h d’activités. Avec ce degré de fatigue et de stress permanent, il est très difficile de gagner en performance.

Revenons à toi. Comment s’annonce ta préparation et quel est ton programme à un peu plus de 2 mois des Jeux ?

Depuis ma qualification, mes entraînements se sont intensifiés considérablement à la Team Levavasseur. Le maître m’a établi un programme d'entraînement rigoureux pour préparer les JO. Je n’ai malheureusement pas pu participer au premier stage de préparation qui avait lieu en Italie faute de temps. Dès la semaine prochaine, je prendrai part au second stage de la liste qui a lieu en Suisse.

J’ai aussi entamé un programme de remise en forme physique avec une équipe médicale adéquate afin d’arriver en bonne santé et dans de bonnes conditions physiques aux JO. A l’heure actuelle je m’active sur ma commande de matériels nécessaires. Et je suis aussi en train d’établir et soumettre un planning de travail à mes employeurs pour pouvoir honorer mes engagements avec mon entraîneur, ce qui est loin d’être évident et simple.

Ce seront tes premiers JO, qu’est-ce que tu vises sur le plan sportif ?

J’ai pour objectif de gagner tous mes matchs pour remporter cette médaille olympique synonyme d’excellence. Pour cela, je mettrai toutes les chances de mon côté. J’ai acquis de solides techniques. Je serai prête physiquement et mentalement. Seul celui qui ose peut espérer gagner, selon moi. Et je suis ambitieuse, déterminée à aller le plus loin possible dans la compétition. Je ne serais pas aussi prétentieuse pour dire que je serais la meilleure, néanmoins j’espère être une grande gagnante car je ne participe pas à cette compétition pour jouer le rôle de figurante. Je donnerai tout ce que j’ai, faire tout mon possible pour honorer le drapeau du Sénégal.

Par Moustapha M. SADIO

Togo-Guinée : Nya-Vedji n’a «plus de temps à perdre»

Sportnewsafrica : Votre histoire est assez originale : vous avez été repéré par Planète Foot, un centre de formation basé à Lomé, lors d’un tournoi de quartier. Et Claude Le Roy, alors sélectionneur du Togo, avait décidé de vous convoquer chez les Eperviers lors d’un autre tournoi auquel Planète Foot participait...

Elom Nya-Vedji : En fait, je jouais dans des équipes de quartier, et je participais à des tournois, comme il y en a beaucoup à Lomé. Et j’ai été repéré par Planète Foot. J’ai rejoint cette académie, où j’allais m’entraîner. Mais je dormais chez moi et je suivais ma scolarité. Un jour, Planète Foot participe à un tournoi. Lors du premier match, je ne joue que dix minutes, mais Claude Le Roy, le sélectionneur du Togo, assiste au match et trouve que j’ai des qualités. Pour le deuxième match, il demande à mon entraîneur de me titulariser et j’ai fait une bonne prestation. Et il m’a alors appelé en sélection, ce qui a été une grande surprise pour moi. Ensuite, je suis parti quelques semaines au Ghana, dans l’Académie de WAFA.  Mais je ne suis pas resté longtemps, car Le Roy m’a appelé pour un stage en France avec la sélection

Aviez-vous été sollicité par des équipes européennes ?

J’ai fait quelques essais en France, à Nancy (Ligue 2), à Rennes et Lorient (Ligue 1), et en Espagne, à Tarragone (Ligue 2). Cela ne s’est pas fait pour différentes raisons, mais mon objectif était de jouer en Europe, car c’est le meilleur endroit pour progresser. Puis j’ai été contacté par un agent ivoirien qui m’a parlé du Monténégro et du club de Rudar Pljevlja. Je ne savais rien de ce pays, mais j’ai accepté. Le salaire n’était pas très élevé (500 € environ, hors primes et avantages), mais l’argent n’était la priorité. Je voulais jouer en Europe, car c’est plus facile de s’y faire remarquer. Et j’ai donc passé près de deux ans au Monténégro (2019-2021), à Rudar, puis à Zeta.

 

«Au Montenegro, il arrive que les salaires des joueurs soient versés en retard ou pas versés.»

 

Quand on vient de Lomé, le dépaysement est garanti…

Oui. Le Monténégro est un pays magnifique. Mais le plus difficile, pour moi, était la communication. Je ne parle pas très bien anglais, et tous les Monténégrins ne maîtrisent pas cette langue. Heureusement, il y avait à Zeta un joueur camerounais, (Alphonse Soppo, Ndlr), qui parle le serbo-croate.

Les joueurs africains évoluant au Monténégro sont peu nombreux. Comment avez-vous été accueilli ?

Je suis plutôt casanier, donc je me concentre beaucoup sur le foot, même s’il m’arrivait de sortir boire un café ou au restaurant. Les gens sont plutôt sympas. Je n’ai jamais eu de problème de racisme, dans la rue ou dans les stades. En fait, quand tu es bon, ils t’adorent, ils veulent te payer un café, te parler. Et si tu n’es pas bon, ils le font savoir. Ils sont passionnés.

Le Monténégro fait partie des pays où les suspicions de matches truqués sont fréquentes. Avez-vous déjà observé des comportements suspects ?

Non, jamais. Je n’ai jamais eu de doutes sur la régularité d’un match d’une de mes équipes. Par contre, il arrive que les salaires des joueurs soient versés en retard, ou pas versés du tout.

Vous avez quitté le Monténégro en janvier dernier…

Oui. Je jouais à Zeta, où je gagnais un peu plus d’argent. Mais j’étais en fin de contrat, et je voulais évoluer dans un autre championnat. J’ai eu des contacts à Malte, à Chypre, en Géorgie, en Ligue 2 tchèque et donc en Albanie, avec Vllaznia, qui est un des meilleurs du pays. J’ai demandé des conseils à pas mal de gens avant de prendre ma décision. Et l’Albanie me semblait être le meilleur choix, d’autant plus que Vllaznia, à ce moment, était très bien placé en championnat. Le contrat était également plus intéressant financièrement.

 

«Je ne pense pas rester en Albanie. J’ai besoin de jouer davantage.»

 

Shkodër a la particularité d’être très proche du Monténégro. Cela a-t-il facilité votre adaptation ?

Oui, même si ce n’était pas évident au niveau de la communication. La ville de Shköder est assez agréable. Les supporters sont comme au Monténégro, il vaut mieux être bon (rires). Mais je n’ai jamais eu à subir d’insultes racistes.  Le problème, pour moi, c’est que je suis arrivé en cours de saison. L’équipe marchait bien, et ce n’était pas facile pour le coach (l’Allemand Thomas Brdaric, Ndlr) de changer quelque chose. J’ai compris ses choix, même si j’aurais aimé avoir plus de temps de jeu. Je donnais beaucoup à l’entraînement. J’ai aussi appris à me confronter à un football assez physique, mais je me suis bien adapté, grâce à ma vivacité. On a aussi gagné la Coupe d’Albanie, et l’équipe s’est qualifiée pour la Ligue Europa Conférence.

Allez-vous rester en Albanie ?

J’avais signé un contrat de six mois, avec une option pour une année supplémentaire. Mais sincèrement, je ne pense pas que je vais rejouer à Vllaznia. J’ai 23 ans, je suis à un tournant de ma carrière. J’ai besoin de jouer davantage, et je souhaite évoluer dans un championnat plus relevé, pour continuer à progresser. Je n’ai plus de temps à perdre.

Vous pensez à quelle destination par exemple ?

La Grèce, par exemple, ce serait intéressant pour moi. Ou un bon club à Chypre. Je vais en discuter avec mon agent. Je suis international, et si je veux être appelé régulièrement en sélection, je dois jouer en club. Un nouveau sélectionneur a été nommé (le Portugais Paulo Duarte, Ndlr), ce n’est pas lui qui dirige le stage (la tâche revient à Jonas Komla, Ndlr), puisqu’il ne sera là qu’en août prochain, mais je pense qu’il voudra que ses joueurs aient du temps de jeu en clubs.

Alexis BILLEBAULT

Ablie Jallow-Gambie : « Ma meilleure saison depuis que je suis en Europe»

Un peu plus de deux mois après la qualification pour la CAN 2021 au Cameroun, les internationaux gambiens se sont retrouvés pour ce stage en Turquie…

Oui, nous sommes très heureux de nous retrouver. Il y a eu cette qualification pour la CAN, qui a apporté beaucoup de joie dans l’équipe mais aussi aux gambiens. Comme nous sommes éliminés des qualifications pour la Coupe du Monde 2022, on ne va disputer que des matches amicaux pour la phase finale. Et il faudra jouer ses rencontres avec beaucoup de sérieux, pour bien nous préparer, et être prêts pour la phase finale (la Gambie, outre le Niger, affrontera également le Togo le 8 juin et le Kosovo le 11, ndlr).

Cette qualification, acquise aux dépens de la RD Congo, est-elle le fruit d’une progression amorcée il y a trois ans, avec l’arrivée du belge Tom Saintfiet au poste de sélectionneur ?

Je crois que depuis quelques années, l’équipe s’est améliorée. Et le coach a su nous faire bien travailler. On fait de très bons entraînements, et on fait de bons matches, face à des sélections de bon niveau. On a éliminé la RD Congo, mais on a su également, depuis deux ou trois ans, obtenir des résultats contre le Maroc, la Guinée, l’Algérie. Il y a de bons joueurs gambiens en Europe. Le sélectionneur nous donne de la confiance. C’est quelqu’un qui connaît bien son travail, il connaît aussi très bien l’Afrique. Et il est sympa…

Personnellement, vous avez également connu une satisfaction avec le club belge de FC Seraing, qui a décroché son accession en Ligue 1. Quel bilan faites-vous de votre saison ?

C’est ma meilleure saison depuis que je suis en Europe. J’ai beaucoup joué, j’ai marqué 5 buts, fait 6 passes décisives. Je suis vraiment très content. Mais j’étais prêté par le FC Metz à Seraing (Seraing est un club satellite du FC Metz, ndlr). Après le stage en Turquie, je vais partir en vacances en Gambie, pour voir ma famille, et je reviendrai à Metz, où je suis sous contrat jusqu’au 30 juin 2022. Ce serait peut-être intéressant que je retourne à Seraing, pour jouer en Ligue 1 belge. On verra avec mon agent et les dirigeants de Metz. Et si je reste en France, je ferai tout pour gagner ma place.

 

« Si je veux disputer la CAN, je dois jouer en club »

 

Depuis votre arrivée en France, en 2017, vous n’avez pas eu un temps de jeu important…

C’est vrai. Je venais de Génération Foot, au Sénégal. J’ai eu la chance de passer par ce centre de formation. En Gambie, il n’y a pas d’académie comme celle-ci. A Génération Foot, j’ai joué en L2, puis en L1, j’ai beaucoup progressé. J’ai aussi appris le français. Quand je suis arrivé à Metz, c’est devenu compliqué. Surtout la première année. J’ai peu joué, je me suis blessé deux fois, des blessures assez longues. Et j’ai dû m’habituer au climat. A Metz, l’hiver, il fait très froid. Je n’avais jamais connu ça. Heureusement, je parlais un peu le français, j’ai continué à prendre des cours. Et dans l’équipe, il y avait pas mal de sénégalais, on pouvait aussi parler en wolof.

En 2019-2020, vous avez été prêté à l’AC Ajaccio, en Ligue 2, où vous avez-eu un temps de jeu un peu plus important ?

Surtout au début, car je me suis blessé, et quand je suis revenu, il y avait la concurrence. Mais au moins, j’ai pu jouer un peu plus de matches à Metz. Et l’avantage, en Corse, c’est qu’il fait très souvent beau. C’était un peu plus facile pour moi. Quand je suis rentré à Metz, il y a eu cette possibilité d’aller à Seraing, et je n’ai pas hésité. Je suis très content d’avoir fait cette saison en Belgique. Je pense que je suis à un tournant de ma carrière. J’ai besoin de jouer plus souvent. Je sais qu’en Europe, c’est difficile, mais j’ai envie de m’imposer. Et si je veux disputer la CAN au Cameroun, je  dois jouer en club…

Alexis BILLEBAULT

Michel Dussuyer-coach du Bénin : «On se prépare à jouer en Sierra Leone»

Le TAS devrait rendre son verdict dans les prochains jours, et la Confédération Africaine de Football (CAF) devrait se ranger à cet avis. Que vous inspire cette situation ubuesque, plus de deux mois après les faits ?

C’est effectivement une situation très compliquée. Cela fait plus de deux mois que cette affaire traîne. Il me semble qu’il y a eu une tentative de fraude avérée de la part de la Sierra Leone. A Freetown, on nous a dit que cinq joueurs (Khaled Adenon, Steve Mounié, Jodel Dossou, Saturnin Allagbé et Yohan Roche, ndlr) étaient positifs à la Covid-19. Sur la simple présentation d’une feuille blanche, avec cinq noms inscrits dessus ! Nous n’avons jamais reçu les documents officiels d’un laboratoire de Freetown.

D’ailleurs, les cinq joueurs ont été testés négatifs quand nous sommes rentrés au Bénin, puis à leur retour en France. La CAF avait décidé de reprogrammer ce match entre le 12 et le 14 juin. Elle a répondu à la plainte de la Sierra Leone, qui avait demandé notre défaite par forfait. Mais pas à celle du Bénin, qui avançait des éléments pourtant solides. C’est pour cela que la fédération a saisi le TAS…

C’est une commission de la CAF, composée majoritairement d’anglophone, qui a estimé que les arguments sierra léonais étaient recevables pour que le match ait lieu au mois de juin…

Oui. Et cela laisse la porte ouverte à toutes les supputations. Des histoires de réseaux, de relations entre certaines personnes, etc… En fait, la CAF préfère visiblement que ce soit un autre organe, en l’occurrence le TAS, qui tranche. Mais la CAF a envoyé un très mauvais message aux fédérations. En clair, c’est «tentez de tricher, on ne sait jamais, ça peut passer ! »

A ce jour, vous ne savez pas si le match aura lieu, ni la date éventuelle, ni même le lieu, car le président de la fédération béninoise, Mathurin de Chacus, et plusieurs joueurs ne veulent pas remettre les pieds à Freetown…

Il est évident que la façon dont les choses se sont déroulées en Sierra Leone, avec l’accueil que nous avons reçu, ne donnent pas vraiment envie d’y retourner. Mais il faut se préparer comme si ce match allait avoir lieu, à Freetown ou ailleurs. Sincèrement, j’espère que le TAS jugera qu’il y a eu tentative manifeste de fraude, et qu’il décidera que la Sierra Leone est disqualifiée. Mais tant que nous n’avons pas le verdict… Moi, en tant que technicien, cela fait un certain temps que je me suis mis ça dans la tête. Les joueurs aussi.  On doit travailler physiquement, mais aussi mentalement.

Comment  vos joueurs vivent-ils la situation ?

Ils veulent aller au Cameroun l’an prochain. Ce sont des professionnels.  Comme moi, ils estiment qu’il y a eu une tentative de tricherie de la part de la Sierra Leone, qu’elle devrait être sanctionnée. Mais s’il faut aller chercher la qualification sur le terrain, on le fera. Les joueurs sont venus à Cotonou pour ce rassemblement. On travaille sérieusement, avec un premier objectif, le match amical face à la Zambie le 8 juin. D’ici là, on saura normalement si notre stage s’arrête le 9 juin, ou vers le 15 juin…

Alexis BILLEBAULT

BAL-1ère édition : Amadou Gallo Fall fait le bilan

Amadou Gallo Fall, quel bilan tirez-vous de cette 1ère édition de la BAL, disputée dans une bulle à Kigali ?

Le tournoi a bien pris fin. Pour nous, l’opportunité de marquer l’histoire était quelque chose d’extraordinaire. Depuis la chandelle du 16 mai, Dieu nous a accompagnés. Notre première préoccupation, c’était que le tournoi se déroule, qu’on organise et tout le monde puisse rentrer sain et sauf. On est en période de pandémie, nous avons vécu dans une bulle. J’y suis resté près d’une vingtaine de jours. Je suis sorti, juste ce week-end, pour accueillir des invités.

Cela fait des mois qu’on se prépare. Ce n’est pas facile même en temps normal de déplacer 12 équipes de 12 pays différents. La pandémie est venue s’y ajouter. Et puis, il y a plein de paramètres qu’on ne maîtrisait pas. Mais nous avions confiance parce que nous avons la NBA et la FIBA derrière la Basketball Africa League.

Les équipes ont toutes collaboré, coopéré et suivi les mesures que nous avons établies, qui sont très strictes. C’est ce qui nous a valu de passer deux semaines pleines de basketball.

Au final, il n’y a eu qu’un seul cas de Covid-19 dans la bulle pendant deux semaines de compétition ?

Pour la gestion du cas de Covid dans la délégation de Zamalek, il faut dire que nous étions préparés à toute éventualité. C’est-à-dire qu’il faut imaginer différents scénarios. L’essentiel, c’est de ne pas être surpris. C’était juste un cas, on a réagi très rapidement. La personne concernée a été isolée, les dispositions ont été prises.

Ils ont aussi coopéré avec beaucoup de discipline, pour nous permettre de nous réorganiser très rapidement. On a modifié un peu le calendrier des matches, en faisant de petits ajustements, pour repartir. Tout est dans la préparation.

On a un staff de gens très spéciaux et très engagés. Ce sont des professionnels qui aiment servir. Je pense que c’est ce qui fait la marque de la NBA. On engage les meilleurs dans tous les domaines. Ce sont aussi des gens motivés par l’excellence. Cette Ligue va être là pour servir de levier pour une industrie du sport, où le basket va être vraiment le moteur. Les Ligues nationales vont se développer.

Et sportivement, êtes vous satisfait du niveau de la compétition ?

Nous avons assisté à une grosse finale entre Monastir et le Zamalek. C’était du beau basketball. Tous les fans de basket, dans les 215 pays à travers le monde, qui ont diffusé le match, se sont régalés.

Oui, on n’a pas dormi pendant plusieurs nuits. Mais, au bout du compte, l’objectif a été atteint, même dépassé, par le feedback que nous recevons des joueurs, des acteurs et des partenaires. Cela augure d’une bonne deuxième saison et on veut faire même mieux.

Nous voulons que cette expérience devienne une réalité de tous les jours. Notre objectif, à travers cette plateforme, cette Ligue, c’est de montrer qu’il est possible, en Afrique, de faire de gros événements. Avec un très haut standard. Avec le talent que nous avons, la BAL va servir de plateforme pour l’exposer aussi bien sur les terrains de basket qu’en dehors.

           «Nous avons signé 3 ans pour faire la phase finale à Kigali»

 

Les prochaines éditions auront lieu encore à Kigali ?

Nous avons signé pour trois ans pour faire la phase finale à Kigali. Mais l’année prochaine, nous espérons pouvoir jouer les préliminaires et les différents groupes dans d’autres pays. Ce seront des caravanes soit en Luanda, Rabat, Monastir, Lagos, Dakar, évidemment. Et après, on pourra venir à Kigali faire la dernière phase.

Nous nous attellerons à la tâche, avant la fin du mois pour commencer déjà à préparer la prochaine édition. Il y a de l’intérêt, beaucoup de demandes surtout d’autres équipes qui veulent participer. Il y a une pression énorme pour augmenter le nombre d’équipes à plus de 12. Mais pour le moment, on va rester sur les 12, continuer à essayer de parfaire le modèle avant de parler d’extension.

Ce ne sont pas des équipes qui étaient qualifiées, mais des pays désignés, où tous les champions viennent directement. Il s’agissait du Sénégal, du Nigeria, de l’Angola, de la Tunisie, du Maroc et de l’Egypte. Ces six pays vont avoir le même statut. Les six autres vont venir de tournois qualificatifs que la FIBA va organiser dans différentes zones, entre octobre et décembre.

Entretien réalisé par Victor BAGAYOKO

Kim Bohuny (vice-pdt NBA) : «Je ne serais pas surprise de voir une femme diriger la NBA»

Spornewsafrica : Comment appréciez-vous le niveau de la première édition de la BAL ?

Kim Bohuny : Dans l’ensemble, je crois que jusqu’à présent la première édition du BAL se déroule bien. Beaucoup de nos équipes participantes n'ont pas joué de basket-ball de compétition pendant plusieurs mois, mais on voit que le niveau de jeu s'améliorer chaque jour.  J'attends avec impatience les derniers matches de la compétition.

Que représente l'Afrique pour la NBA ?

Travailler avec la FIBA Afrique pour développer le basket sur le continent africain, est une priorité pour la NBA. En ce qui concerne le développement à la base, nous menons des programmes Junior NBA dans 14 pays et nous ouvrirons notre première école de basket NBA en Egypte dans les mois à venir. Au niveau de l'élite, nous organisons chaque année le camp Basketball without borders-Africa et nous avons une académie au Sénégal. Aujourd’hui, nous avons la Basketball Africa League qui représente pour l’heure le sommet de la pyramide que nous construisons depuis des années.

Les femmes sont de plus en plus nombreuses dans les instances de décision du sport dans le monde. Mais en Afrique cela tarde toujours malgré quelques pionnières. Que doit-on faire pour impliquer et intéresser les femmes ?

Nous nous sommes engagés pour que les femmes jouent un rôle clé dans tous nos programmes sur le continent africain. Au sein de la BAL, le personnel compte 23 femmes, dont la plupart occupent des postes de direction. Sur les 23 femmes présentes à Kigali, 13 sont originaires d'Afrique. Il faut créer plus d’opportunités, tant dans les instances de décision que dans les opérations des matches telles que l’arbitrage.

Quel rôle la NBA pourrait-elle jouer afin que l'on puisse voir un jour une femme à la tête de la NBA ou de la FIBA ?

Je suis senior vice-présidente des opérations internationales de basket-ball et je travaille à la NBA depuis plus de 30 ans. Depuis que j’ai rejoint la ligue, les dirigeants ont toujours été très favorables à l'idée de placer des femmes à des postes de direction. Il y a de plus en plus de femmes qui travaillent comme entraîneurs adjoints et dans les postes de directions des équipes de la NBA, ainsi que dans d'autres départements essentiels. De nombreuses femmes travaillent au niveau exécutif de la NBA, de la WNBA (Ligue féminine, Ndlr) et de la G-League. Je ne serais donc pas du tout surprise si un jour une femme dirigeait la NBA ou la FIBA.

 

«Je demande aux filles de prendre leurs études au sérieux. L'éducation, c'est le pouvoir.»

 

A quand la BAL une version féminine ?

Notre objectif immédiat était de lancer cette saison inaugurale et de nous assurer que nous établissions notre compétition comme une compétition de premier plan sur l’échiquier sportif. Cependant nous demeurons déterminés à développer le jeu féminin en Afrique qui a une longue et riche histoire.

Les joueuses africaines ont eu et continuent d'avoir un impact significatif sur le développement de notre sport, on peut citer notamment les championnes Astou Ndiaye (Sénégal), Mwadi Mabika (République démocratique du Congo), la légende mozambicaine Clarisse Machanguana et les stars actuelles Chiney et Nneka Ogwumike (dont les parents sont originaires du Nigeria, Ndlr).

En 2019, plus de 15 000 personnes ont assisté à la finale de l'Afrobasket féminin de la FIBA entre le Sénégal et le Nigeria à la Dakar Arena au Sénégal, la plus grande audience jamais enregistrée pour un match de basket-ball féminin en Afrique.

En mars dernier, la NBA et le BAL ont annoncé plusieurs initiatives visant à faire progresser l'égalité des sexes et l'inclusion économique à travers l'Afrique, dont une partie consiste à garantir davantage de possibilités pour les femmes dans les rôles opérationnels tels que les arbitres, les commissaires de match et les annonceurs. Nous sommes également très fiers de la façon dont les programmes féminins de Basketball without borders (BWB) Africa et de la NBA Academy Africa se sont développés ces dernières années.

Parlez-nous des programmes de la NBA pour soutenir les filles dans l'éducation et le sport dans le monde ?

La WNBA et la NBA reconnaissent le rôle précieux que le sport peut jouer dans le développement des jeunes filles et des femmes en tant que leaders dans la société.  Je peux citer Her Time To Play est une initiative mondiale qui vise à promouvoir le changement et offrir des opportunités aux filles et aux femmes par le biais du basketball.

Nous voulons aussi développer des programmes STEM (Science, Technologie-Ingénierie-Maths, Ndlr) qui combine le pouvoir du sport et de l'éducation d'une manière qui inspire les filles à explorer des filières et domaines qui leur donneront des opportunités d’emploi.

Au cours des trois prochaines années, nous voulons avoir un impact direct sur plus de 5 000 filles, ainsi que créer des programmes de mentorats, d'ateliers et d'événements qui exposeront les jeunes filles aux femmes pionnières et leaders qui ont brisé les barrières pour s’imposer dans le milieu professionnel.

Comment avez-vous réussi à vous faire une place de premier plan dans un milieu encore très masculin ?

J'ai eu beaucoup de chance, je n'ai jamais eu de problème à travailler avec nos joueurs et entraîneurs de la NBA. Ils respectent le travail que fait mon département pour développer le basketball à l'échelle internationale et ont été d'un soutien incroyable pour tous nos projets.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes filles qui veulent devenir des leaders dans tous les secteurs de la vie ?

Je dirais qu'il faut prendre ses études au sérieux. L'éducation, c'est le pouvoir. Pour réaliser vos rêves, vous devez travailler dur et croire en vous.

Victor BAGAYOKO

Rabab Arafi (Maroc): «Je n’ai pas encore choisi entre le 800 et le 1500 m pour les Jo»

Après plusieurs mois sans compétition, comment se passe votre préparation à Ifrane ?

La longue période de confinement était trop sévère au Maroc. Je suis restée chez moi à Ifrane (Ndlr : ville montagneuse qui sert de lieu de préparation aux coureurs de fond et de demi-fond). Tous mes entraînements ont été faits à domicile. C’était uniquement des courses sur tapis roulant et des exercices multilatéraux. Mais, pour garder un bon niveau et une bonne forme, c'est presque impossible. Mais j’ai essayé.

On imagine donc, toutes les difficultés rencontrées ?

Avec la pandémie de Covid19 et la fermeture des frontières, il est cependant, très difficile de participer à une compétition internationale. Malgré le programme établi au niveau national. Il existe aussi d’autres obstacles. La concurrence reste notamment faible voire inexistante au niveau local. Dans la plupart des cas, je cours presque toute seule. J’ai toutefois réalisé un chrono de 2.00.48 lors de mon premier test fédéral.

Vous avez participé à vos premiers Jeux olympiques à Rio de Janeiro (2016) avec une qualification en finale du 1.500 m. Quels seront les objectifs à Tokyo ?

J'étais très contente pour les résultats de ma première participation à Rio 2016. Même si je n’ai pas remporté la finale (Elle était classée 12e). Mais dès le début de ces Jeux olympiques, je me suis fixé comme objectif de faire une bonne prestation. Ma nouvelle préparation a commencé depuis très longtemps. J’ai bien réfléchi avec mon entourage et mon entraineur pour faire un choix, entre le 800 m et le 1.500m. Toutefois, pour l’instant, il est trop tôt de faire un choix. Nous attendons donc avec mon encadrement l’évolution des autres athlètes. Nous étudions aussi les performances des autres concurrents de chaque discipline. La décision finale sera prise.

 

«L’avenir  de l’athlétisme marocain reste prometteur»

 

Comment jugez-vous le niveau de l’athlétisme marocain. Surtout chez les femmes ?

Actuellement l’athlétisme au Maroc passe par une période transitoire. Il y a un changement radical au niveau de toutes les structures administratives et techniques. Il y a également une mise à niveau de la Fédération royale marocaine d’athlétisme (FRMA) sur plusieurs axes. Cela concerne particulièrement la formation des jeunes, la formation d’entraîneurs, la construction d’infrastructures et ensuite de centres régionaux. Afin de détecter et former des jeunes. Chez les femmes, je dirai que le niveau est encore modeste. Mais l’avenir reste prometteur.

Vous avez aussi réalisé une belle année 2018 avec d'excellents résultats à l’échelle mondiale. Quels ont été les secrets de ces performances ?

L’année 2018 fut exceptionnelle. J’avais un programme bien établi et une grande motivation. Cela a débuté avec les meetings indoor et les compétitions d’été. Et ensuite, les Jeux Méditerranéens. J’ai pu décrocher deux médaille d’or durant ces Jeux, au 800 et au 1500 m. Par la suite, aux Championnats d’Afrique, j’ai obtenu la médaille d’argent et en fin de saison, le bronze à la Coupe continentale. C’est vraiment une belle année ponctuée de plusieurs records personnels.

Quels sont les beaux souvenirs  de votre carrière ?

Je dirai que ce sont les Championnats du monde indoor en 2014. Le niveau était élevé avec les athlètes canadiennes qui y participaient, mais j’ai pu décrocher la 3e place. Il y a aussi les Championnats du monde à Pékin en 2015, conclus par une  4e place et un record personnel. Je citerai également la médaille d’argent par équipe obtenue aux Championnats du monde cross 2019 (cross-mixte).

Comment êtes-vous arrivée dans l’athlétisme…

Mes débuts dans l’athlétisme remontent aux compétitions scolaires. À l’âge de 13 ans. Dès que j’ai commencé à glaner quelques titres au niveau local et national, je me suis focalisée sur l’athlétisme. J’ai ensuite intégré le monde professionnel avec beaucoup plus de sérieux aux entraînements.

Mohamed HADJI

La BAL vue par le consultant de Canal+ Malick Daho  

Sportnewsafrica : La BAL aborde les quarts de finale à partir de ce mercredi. Quel regard portez-vous sur la phase de poules aux plans de l’organisation et du niveau des équipes ?

Malick Daho : L’organisation ne pouvait pas être meilleure que ce qu’elle est. Dans la mesure où, les conditions ne sont pas simples. On a tous bavés avec le confinement, mais on est obligés de passer par là. C’est lourd mais on ne pouvait pas faire autrement. Je pense qu’on va tirer les leçons pour que les choses se passent mieux. On aura des choses meilleures si le Covid-19 disparaît.

Je pense que globalement le niveau est bon. On a une majorité d’équipes qui n’a pas bossé à cause de la Covid-19. Les gens n’ont pas eu de vraies séances de préparation physique. Les joueurs se sont retrouvés et ont travaillé en essayant de mettre un peu de physique dans la tactique. Ce qui n’est pas toujours évident.

Donc si on prend en compte ce manque d’entrainement et le fait que des pays n’ont pas eu de championnat depuis presque deux ans- je pense à l’Algérie et au Maroc-, je trouve que le niveau est intéressant pour une première saison. Cela va monter dans les années et on prie pour que cette pandémie s’arrête.

J’ai été particulièrement déçu par la prestation des Rivers Hoopers (du Nigeria, éliminés au premier tour, Ndlr) dont j’attendais un peu mieux que ce qu’ils ont produit.

«Il n’y a pas de favoris ou d'outsiders dans ces quarts de finale. On remet les compteurs à zéro.»

Quels sont vos favoris pour les quarts et le titre ?

Ce sont des affiches intéressantes. Certains pensent qu’elles sont déséquilibrées, mais je pense que non. Ce sont des matches à élimination directe, tout peut arriver sur un match. Il ne faut pas penser que le premier va taper le huitième. Je donne l’exemple de US Monastir-AS Douanes (ce jeudi à partir de 16 h 30, Ndlr), et dire que c’est l’équipe tunisienne qui gagne à tous les coups. Les Gabelous, ce sont des shooters : dans un bon jour, si tout rentre, Monastir peut tomber. Ce sont des quarts de finale assez relevés. Il n’y a pas de favoris ou d'outsiders. On remet les compteurs à zéro et chaque équipe tentera de tirer son épingle du jeu.

Il y a des favoris sur le papier : on a parlé de l’US Monastir, de Zamalek et de Petro Luanda. Il y a un gros outsider qui est le Ferroviario qui peut mettre tout le monde d’accord. Il faut faire attention à cette équipe mozambicaine et à Patriots BC, qui joue à domicile. C’est mon petit carré.  Mais une surprise n’est pas aussi à exclure.

«Il faut qu’on arrête de penser que les Américains sont venus nous arracher quelques choses.»

Cette ligue peut-elle réellement être la locomotive du basket africain ?

Absolument. Il faut qu’on arrête de penser que les Américains sont venus nous arracher quelques choses. Tant qu’on ne m’a pas dit le contraire. Je pense que c’est un partenariat entre la NBA et FIBA pour le développement du basket.

L’objectif, pour avoir parlé avec Amadou Gallo Fall, le président de la BAL, est que les jeunes Africains puissent vivre de leur talent sur le continent grâce à la BAL. Cela va apporter au niveau de l’organisation car l’argent remis aux clubs doit être justifié. On ne peut pas donner de l’argent à un club qui n’a pas un ordinateur et quatre chaises. Ce sont des choses qui vont s’améliorer sur le plan structurel grâce à la BAL.

Je crois que le Bénin est en train de lancer une ligue professionnelle de basket. L’objectif du président de la fédération (béninoise) est de participer à la BAL dans quelques années. Ça va susciter quelque chose au niveau continental. Il faut qu’on tire tous dans le même sens.

Victor BAGAYOKO

Nabil Neghiz (entraîneur MC Alger) : «Un match très ouvert contre le Wydad»

Le match nul concédé à Alger vous laisse-t-il un goût amer ?

On aurait préféré gagner 1-0, ou faire match nul 0-0, un résultat plus favorable que ce 1-1. Mais ce score est relativement logique. Chaque équipe a eu sa mi-temps, le Wydad la première, nous la deuxième. Nous avions plusieurs absents, ce qui sera encore le cas pour le match retour, même si nous allons enregistrer quelques retours. Surtout, on a réussi à égaliser, ce qui nous laisse toutes nos chances.

Le Wydad, impressionnant à domicile lors de la phase de groupes (3 victoires), est légitimement considéré comme le favori de ce quart de finale retour…

Bien sûr. C’est une des meilleures équipes d’Afrique. Elle a gagné la Ligue des Champions en 2017, a été finaliste en 2019, demi-finaliste l’année dernière. Elle va jouer à domicile, où elle est très difficile à battre. Mais nous avons aussi des arguments. Lors de la phase de groupes, nous avons réussi à faire de très bons résultats à l’extérieur, contre Zamalek (0-0), l’Espérance Tunis (1-1) et Teungueth (1-0). De toute manière, nous savons qu’il faudra marquer au moins un but.

Vous attendez-vous à un match fermé ?

Non. Comme je vous l’ai dit, on va devoir attaquer, pour marquer. Et de la part du Wydad, une équipe qui joue un football offensif, je ne m’attends pas à une attitude prudente. Les Marocains vont vouloir sans doute marquer rapidement, pour nous mettre la pression. Il faudra que nous sachions gérer nos moments faibles, et profiter de nos moments forts. A mon avis, ce sera très ouvert.

« Aller le plus loin possible »

Après le match aller, les Wydadis s’étaient beaucoup épanchés sur l’arbitrage de l’Ethiopien Bamlak Weyesa…

Oui, ils ont parlé de ce but refusé. Mais nous aurions pu aussi bénéficier d’un penalty en première période… A ce stade de la compétition, il n’est pas rare que les grands clubs africains mettent un peu la pression sur la CAF, sur les arbitres. En ce qui me concerne, je préfère me concentrer sur le match.

Quoi qu’il arrive samedi, le parcours du MC Alger en Ligue des Champions sera-t-il une réussite ?

On a éliminé Sfax en tour préliminaire (2-0, 0-1), on a devancé Zamalek en phase de groupes. Oui, je peux dire que notre parcours est satisfaisant. Notre objectif, avant le début de cette Ligue des Champions, était d’aller le plus loin possible. Nous sommes en quarts de finale, je sais que cela peut s’arrêter samedi, que cela peut aussi se poursuivre. On a envie de continuer, pour faire honneur à ce club, à ses extraordinaires supporters, et au football algérien.

Vous êtes revenu au Mouloudia en avril dernier, deux mois et demi après en être parti…

J’avais été limogé car j’avais fait des déclarations qui visaient l’ancienne administration du club, alors  que nous traversions une période un peu difficile. Je suis revenu car il y avait un goût d’inachevé. J‘étais arrivé en février 2020, on avait bien travaillé en se qualifiant pour la Ligue des Champions. Quand on m’a proposé de revenir, on m’a donné la garantie qu’une nouvelle administration serait là. Ce qui a été le cas. J’ai été très heureux de retrouver les joueurs, les supporters. J’ai signé un contrat de 18 mois, et j’espère que nous allons vivre encore de belles choses.

Alexis BILLEBAULT

Jeu d'échecs-Alexis Arnal-Bass : « Ma devise est les échecs contre l'échec»

A quel âge avez-vous commencé à jouer aux échecs ?

J'ai commencé à jouer aux échecs à l’âge de 6 ans à Pezens, du côté de Carcassonne (Commune en France), avec le regretté directeur de notre école primaire, Michel Bernardini. Quatre ans après, j'ai réussi (avec 3 autres camarades) à me qualifier pour le championnat scolaire de France. Il se déroulait dans la magnifique ville d'Angers. À l'époque, je n'étais pas avec mes parents et, j'étais le seul enfant noir d'un village de moins de mille habitants.

J'ai continué à jouer régulièrement jusqu'à ce que je fasse le choix du rugby (champion de France et trois fois vainqueurs de la Coupe de France juniors et espoirs) très tôt dans mon adolescence. Ce choix a été au détriment de mon assiduité échiquéenne. Et, ce n'est qu'après un accident de vie que je me suis remis au jeu d'échecs. J’avais 23 ans à l’époque. Puis, quand j'ai déménagé à Toulouse à l’âge de 30 ans, j’ai commencé à donner des cours sur le jeu pour partager mon virus.

Que représente ce jeu pour vous ?

La pratique des échecs m'a permis à moi, l'ancien pupille de l'État de France, de retrouver ma famille paternelle africaine. Et de venir m'installer au Sénégal où, j'ai le bonheur et la motivation de partager ma passion. Ma devise est d’ailleurs : "les échecs contre l'échec".

Toutefois, ma plus grande fierté, c'est d'avoir pu expliquer tout cela à Gary Kasparov (le grand maitre russe, considéré comme le meilleur joueur d’échecs de tout les temps), lors de sa visite au Sénégal, il y a quelques années (janvier 2014). Ce dernier a même accepté de poser avec un ballon de rugby avec les élèves de la Maison de rugby du Sénégal. Je peux ainsi dire que les échecs m'ont apporté la force mentale et la confiance en soi nécessaire pour la vie.

                       ''Le vainqueur du tournoi U14 est une fille''

Vous initiez des enfants au jeu d’échecs. Comment les parents apprécient le fait de voir leurs enfants s’intéresser à ce jeu ?

Ils apprécient beaucoup ces cours d’échecs pour leurs enfants et sont assez surpris de la capacité de concentration de leurs gamins. Ils apprécient également la façon dont j’organise mes séances, en responsabilisant mes élèves. Mais également, les comptes rendus que je leur fais sur le niveau intellectuel, mais aussi le comportement de ces derniers.

Alexis Arnal-Bass

Alexis Arnal-Bass lors du tournoi d'échecs avec les enfants le 9 mai 2021

Vous avez récemment organisé (le 9 mai) un tournoi de jeu d'échecs pour enfants. Avez-vous compté des filles parmi les participants ?

Oui ! Le tournoi a enregistré la participation de cinq filles. Toutefois, deux d’entre elles étaient absentes lors des joutes. Le vainqueur du tournoi U14 est d’ailleurs une fille. Elle s’appelle Salomé.

Il faut dire que d’habitude, on compte moins de filles que de garçons dans nos tournois. Mais quand même, depuis 15 ans que j’enseigne à Dakar, elles réussissent à se classer dans le trio de tête et à même remporter souvent des trophées.

                  ''J’ai initié des jeunes talibés du SAMU social de Ouakam''

 

Est-ce que le jeu d'échecs attire les sponsors ?

Je suis chanceux d’avoir des parents d’élèves qui sponsorisent parfois mes tournois. Il y a aussi quelques restaurants et boutiques de la place qui parrainent nos tournois.

Combien d’élèves comptez-vous ?

Je compte 22 élèves en cours particuliers à domicile, et presque 24 en cours collectif. D’habitude, ces derniers débutent à l’âge de 4 ou 5 ans. En grandissant certains d’entre eux continuent à pratiquer même étant collégiens, lycéens ou étudiants. Cela, quel que soit l’endroit où ils se trouvent dans le monde : Washington, Porto, Paris, Montréal ou ailleurs.

Salomé qui a remporté les deux derniers tournois que j’ai organisés à Dakar, a, par exemple, participé au tournoi en ligne de Paris. Elle a obtenu la quatrième place parmi les filles, ce qui lui a ouvert les portes de la qualification pour les championnats de France.

Pour beaucoup de personnes, les échecs sont réservés aux intellectuels ou aux plus nantis. Cette perception est loin de la réalité. La preuve : récemment, j’ai initié des jeunes talibés du SAMU social de Ouakam, mais aussi des enfants qui ne savent ni lire ni écrire. J’ai aussi encadré des enfants autistes pour qui, l’initiation au jeu d’échecs renforçait leur confiance en soi. Chacun d’entre eux a pu exprimer sa capacité à réfléchir et à trouver des solutions.

Quel est l’avenir de ces enfants dans les jeu d'échecs ?

Leur avenir dans le jeu dépend de plusieurs facteurs : leur volonté, leur régularité, mais aussi des outils supplémentaires et indispensables aux échecs. Comme par exemple leur accès aux livres sur le jeu d’échecs et leur participation régulière à des tournois.

Aujourd’hui beaucoup de gens s’adonnent au jeu d’échecs en ligne. Comment appréciez-vous cela ?

J’ai toujours utilisé l’outil informatique pour continuer à développer mes cours d’échecs pour enfants ou adultes, à distance. Mais n’empêche, nous utilisons toujours de vrais échiquiers et jouons en vidéo pour garder le côté humain de chacun d’entre nous.

Avec les écrans multiples et diverses, nos enfants sont devenus très exposés. Nous devons les protéger des insomnies, des troubles psychiques et des risques épileptiques que peuvent causer les écrans. J’ai été formé en synergologie, et croyez-moi, nous devons utiliser les écrans avec parcimonie.

Entretien réalisé par Jules DIA