Hockey sur glace – Algérie : Litim, «nous avons du potentiel»

Sport News Africa : L’équipe nationale d’Algérie de Hockey sur glace vient de prendre part à son premier tournoi officiel lors de la Development Cup. Compétition organisée par la Fédération internationale de hockey sur glace, qui se déroule actuellement à Füssen en Allemagne. Comment avez-vous préparé ce grand rendez-vous ?

Harond LITIM : On se connait déjà depuis un moment mais certains jours n’ont jamais évolué ensemble. Nous sommes sur le projet depuis une dizaine d’années. Et il y a donc des joueurs qui ne sont plus dans l’équipe. D’autres ont rejoint le groupe. Vu que nous sommes tous sur de l’autofinancement, on s’est donné rendez-vous sur Paris.

Personnellement je suis joueur-entraineur à Champigny-sur-Marne dans la banlieue parisienne. J’ai eu la possibilité de faire deux matchs amicaux contre Champigny-sur-Marne et Vitry-sur-Seine. On a été invité aussi. On les remercie car sans ces deux matchs de préparation, nous n’aurions pas pu savoir le niveau de notre équipe avant de partir en Allemagne.

Pour résumer notre préparation, les joueurs se sont retrouvés en France où nous avons eu la chance de faire ces deux matchs amicaux. Ça s’est bien passé. Cette double confrontation nous a mis en jambe et le lendemain nous avons pris l’avion en direction de Füssen.

Vous avez remporté votre premier match officiel contre Andorre (14-5). Comment jugez-vous ce premier succès ?

Nous avons joué contre une équipe qui est connue dans les tournois internationaux. Comme nous, l’équipe d’Andorre est membre de l’IIHF depuis peu. On était très contents. Il y a eu beaucoup d’envie chez les joueurs. On est allé cherché cette première victoire. Il a eu un tremplin d’envie qui a fait qu’on ait tout donné sur ce match-là.

On s’est ressaisi tout de suite derrière face à l’Irlande où on a commencé à perdre. À ce moment-là, tous les joueurs se sont regroupés, on s’est posé beaucoup de questions et nous avons analysé la chose. À cinq minutes de la fin, on perdait (7-2) et nous avons remonté le score à (7-6). En cinq minutes, nous avons mis cinq buts. C’est là la force des Algériens, on ne lâche jamais rien.

Vous avez aussi battu le Portugal. Vous êtes satisfaits du déroulement de la compétition ?

Oui, nous avons eu la chance de jouer et gagner le même jour contre le Portugal qui est une jeune nation elle aussi. Il faut préciser que la Development Cup est un tournoi de développement avec six nouvelles nations de Hockey sur glace. On était vraiment contents de cette deuxième victoire. Les joueurs ont retrouvé de la confiance.

Physiquement, on a commencé un peu à fléchir car nous n’avons pas eu assez de temps pour s’entrainer. On s’est entrainé qu’un weekend. La moitié des joueurs arrivaientt de Canada, un quart de la région parisienne. On a été rejoint aussi par un joueur de Suisse et de Toronto en Allemagne directement, nous n’avons pas eu la chance de s’entrainer avec ces derniers. Mais, on connaissait un peu leur niveau. Sur le plan athlétique, c’était un peu dur. On s’est entrainé avec les moyens qu’on avait. Encore aujourd’hui, on est autofinancé. Nous sommes à la recherche de sponsors donc c’est un peu difficile. On ne peut pas faire comme on veut. Personnellement, je pense qu’on aurait pu faire mieux et terminer sur le podium.

Classement Development Cup 2022

Vous êtes joueur mais aussi entraineur de cette équipe. Comment arrivez-vous à jongler avec ces deux casquettes ?

J’ai acquis de l’expérience dans ce domaine. Je fais la même chose à Champigny-sur-Marne en troisième division française. J’attends qu’il y ait un peu plus de jeunes joueurs algériens pour passer définitivement sur le banc. Et pouvoir amener mon expérience au sein du groupe avec un peu plus de facilité. Ce n’est pas facile de faire les deux mais on fait avec les moyens du bord.

Quel a été votre discours avant le premier match officiel des Verts

Ma première prise de parole du tournoi a visé à motiver tous les joueurs. C'était pour leur faire comprendre que ce n’est pas juste un maillot qu’on porte sur les épaules. C’est bien plus important de représenter un peuple. Il fallait montrer que l’Algérie est aussi forte dans les autres sports collectifs que le football, le rugby ou encore le basket. Qu’on pouvait faire quelque chose dans le Hockey sur glace. La preuve, nous avons fini au pied du podium, quatrième ex-aequo derrière les Irlandais car ils nous ont battu d’un but. Et d’avoir mis ce discours en avant n’est pas du tout une pression pour les joueurs. Mais un encouragement parce qu’on on a tout le « DZ» en nous. L’Algérie, c’est l’Algérie. Et les autres pays qui nous entourent ne peuvent pas comprendre ça.

Ce discours était celui de l’encouragement et de la fierté. J’étais d’avoir mes joueurs en face de moi et de porter ce maillot et patiner. Et ayant tout le même objectif celui de jouer pour le pays et non pas que pour nous. Ce n’est pas la même chose de jouer pour un club ou une nation. Seuls ceux qui représentent leur pays peuvent comprendre.

«Pendant dix années, nous avons travaillé. On a essayé de faire des matchs amicaux à gauche à droite. »

 

Pouvez-vous nous parler un peu de la création de l’équipe nationale d’Algérie de Hockey sur glace ?

Karim Kerbouche est en effet à l’origine même de la création de cette équipe. Il a été lui-même joueur de Hockey sur glace. Un jour, il a vu à la télévision qu’il y avait un certain Josef Boumedienne qui jouait aux Marlies de Toronto, qui était un joueur pro de Hockey sur glace. Il s’est dit que s’il y a un Boumedienne dans cette équipe, il doit y avoir d’autres algériens qui pratiquent ce sport ailleurs dans le monde. Donc,  il fait le tour et il a beaucoup travaillé pour monter cette équipe.

Il m’a contacté, moi et d’autres joueurs en France, et on s’est fait une sélection il y a douze ans. Nous avons participé au tournoi d’Abou Dabi pour inaugurer justement la nouvelle patinoire de la ville. Il y a eu d’autres nations représentées comme le Maroc, les Émirats arabes unis et le Koweït. Nous avons performé lors de ce tournoi, on a fait de bons matchs et j’ai notamment terminé MVP. C’est là que les gens ont commencé à se dire qu’il y avait du potentiel. Quand le capitaine termine meilleur joueur contre des équipes comme les Émirats arabes unis ou le Koweït, qui étaient renforcées par des Slovaques, des Biélorusses. C’est là qu’on s’est dit qu’il y a des Algériens qui peuvent faire de belles choses dans ce sport.

Pendant dix années, nous avons travaillé. On a essayé de faire des matchs amicaux à gauche à droite. Nous avons travaillé aussi avec d’autres pays comme le Canada, où nous avons affronté le Maroc, le Liban en 2017. On a été reçu par le Consul à Montréal. De fil en aiguille, nous avons été reconnus par la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF). Ce n’est qu’un début. Cette année, nous avons été invités à la Development Cup car nous sommes une jeune nation dans ce sport.

C’est une fierté de terminer au pied du podium même si nous aurions pu faire mieux. On manquait d’entrainements et nous avons un peu lâché sur les deux derniers matchs. Nous sommes tous venus par nos propres moyens, il n’y a aucun joueur pro. Nous sommes d’anciens professionnels. Mais maintenant, on travaille à côté. On a dû poser des journées de vacances et ouvrir nos portes monnaies mais vu que c’est pour notre pays nous ne calculons pas tout ça.

Pouvez-vous nous parler des prochaines échéances de l’équipe nationale d’Algérie de hockey sur glace ?

Beaucoup de personnes nous invitent pour des tournois un peu partout dans le monde. Mais, le problème c’est que nous sommes encore une fois autofinancés. On se limite cependant à une compétition par année. Pour l’instant le plus important et le plus historique, ça été la Development Cup qui a été encadré par l’IIHF.

Nous sommes en train d’étudier les propositions qu’on nous propose. Nous avons réussi à faire deux matchs amicaux à Paris. Notamment grâce à Vitry-sur-Seine qui nous a invité et très bien reçu. Pour le moment, nous n’avons rien de sûr pour la suite pour le moment.

Pensez-vous que votre sport peut se développer en Algérie à l'avenir sachant que le hockey demande des infrastructures budgétaires ?

Avec tous les jeunes qu’il y a en Algérie. Si on arrive à trouver des investisseurs ou le gouvernement afin de faire une patinoire cela débloquerait énormément de choses. Il est vrai que le Hockey sur glace est un sport un peu plus couteux que le football en équipements et en infrastructures mais c’est possible.

On peut faire des patinoires dans des centres commerciaux comme à Dubaï. On peut attirer plus de jeunes dans le sport au lieu de les laisser faire des bêtises dans la rue. On peut d'ailleurs faire plein de choses avec une patinoire si nous avons les infrastructures. Je pense qu’avec la qualité des joueurs algériens dans le monde, je parle des binationaux qui vivent dans des pays où le Hockey sur glace est le sport numéro 1, on peut faire quelque chose de grand. Nous sommes tous algériens et cela même si nous avons deux passeports. On peut habiter dans n’importe quel pays, l’Algérie reste dans notre cœur. Je sais que nous avons du potentiel à en revendre.

Au Canada par exemple, nous avons aussi de vrais pépites mais personne pour les entrainer. Personnellement, je vis en France et je n’ai pas les moyens de me déplacer tous les deux ou trois mois au Canada pour des stages. C’est le manque de budget encore une fois. Avec des moyens, bien sûr que le hockey algérien peut se développer  (avec des jeunes joueurs). Nous sommes prêts à venir en Algérie aider à développer ce sport. C’est juste une histoire de budget.

Un dernier mot

Ma devise ; je ne sais pas jouer, je sais que gagner. C’est ce que j’ai essayé de partager avec cette semaine dans cette équipe dont je suis vraiment fier. One, two, three, viva l’Algérie ! Et merci pour tout.

Touabi Juba Arris